Salle multimédia dernier cri pour le lycée d’Abala
Abala, petite ville du département de la Nkéni-Alima, vient d’entrer dans la cartographie des écoles connectées. Le 15 décembre, une salle multimédia flambant neuve a été remise aux élèves du lycée Denis Sassou N’Guesso, au terme d’une cérémonie officielle très attendue.
Le Fonds pour l’accès et le service universels des communications électroniques, plus connu sous l’acronyme Fasuce, pilote le projet, tandis que l’Agence de régulation des postes et des communications électroniques assure la réalisation technique et la maintenance initiale.
Derrière l’écran géant installé au fond de la salle, un panneau lumineux rappelle la priorité gouvernementale : doter chaque établissement stratégique d’outils numériques afin de conjuguer l’égalité des chances avec les impératifs de compétitivité nationale.
Un outil pour booster la réussite des élèves
La nouvelle infrastructure dispose de vingt-cinq ordinateurs connectés à haut débit, d’un serveur local, d’un routeur Wi-Fi sécurisé et d’une solution de vidéosurveillance pour protéger le matériel.
Selon l’administration, près de 90 lycéens, dont une majorité de candidates en série scientifique, pourront s’exercer chaque semaine à la recherche documentaire, aux simulations de laboratoire et à l’apprentissage assisté par ordinateur.
Pour le ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, Léon Juste Ibombo, le lycée d’Abala représente « les ambitions éducatives et la vision de progrès pour la jeunesse », car il accueillera cette année la première cohorte de bacheliers du district.
Devant le tableau interactif, Sametone Atipo, élève de terminale, a promis un taux de réussite de 100 % à la session 2026. « Cette salle va nous donner les clés pour apprendre et réussir », a-t-il lancé sous les applaudissements de ses camarades.
Au-delà de l’usage scolaire, la salle sera ouverte deux soirs par semaine aux jeunes du quartier. Ce créneau communautaire, encadré par un animateur volontaire, permettra d’initier les non-scolarisés aux rudiments de la bureautique et à la recherche d’emploi en ligne.
Le Fasuce et l’Arpce, duo anti-fracture numérique
Créé par la loi 9-2009, le Fasuce finance des projets qui améliorent la connectivité des zones sous-desservies. L’Arpce, bras technique, sélectionne fournisseurs et équipements, assure la formation des enseignants et supervise les audits de performance.
Selon Yves Ickonga, vice-président du comité Fasuce, l’objectif fixé par le chef de l’État est clair : placer le Congo parmi les cinq premières nations africaines en matière de service universel, un classement où l’accès scolaire au numérique pèse lourd.
En chiffres, le programme totalise désormais 30 salles multimédias dans les lycées, 211 points d’accès équipés dans 203 localités et environ 385 000 bénéficiaires directs, dont les trois quarts ont moins de vingt-cinq ans.
En parallèle, un programme de formation continue destiné aux professeurs de mathématiques, de physique et de français est prévu. Il couvrira la conception de cours interactifs, l’utilisation de plates-formes éducatives nationales et la cybersécurité de base, compétence jugée indispensable par l’Arpce.
Ambitions nationales pour le service universel
Le ministère prévoit d’étendre l’initiative aux collèges et aux centres de formation professionnelle, en s’appuyant sur un partenariat public-privé qui mobilise opérateurs télécoms, équipementiers et collectivités.
Dans son allocution, M. Ibombo a insisté sur l’importance de la maintenance locale. Des jeunes techniciens issus du lycée seront formés pour assurer les mises à jour, limitant ainsi les ruptures de service fréquentes en milieu rural.
L’administrateur-maire d’Abala, Albert Itoua, voit déjà l’effet d’entraînement : « Une école connectée attire des enseignants qualifiés, stimule l’ouverture d’activités de photocopie, de cybers et même l’installation de bornes Mobile Money ».
Du côté des parents, la satisfaction est palpable. Ils soulignent que l’accès à Internet dans l’enceinte scolaire réduit les dépenses liées aux trajets vers Brazzaville pour imprimer des devoirs ou remplir les dossiers d’inscription en ligne.
Le ministère anticipe également la croissance de la demande énergétique. Les plans incluent l’installation de panneaux solaires hybrides qui sécuriseront l’alimentation en électricité et réduiront les coûts récurrents, assurant la pérennité des séances d’apprentissage même lors d’éventuelles coupures de réseau.
Vers un futur numérique inclusif
Les partenaires du projet envisagent déjà l’introduction de contenus pédagogiques locaux en langues nationales, afin de valoriser la culture congolaise et de renforcer la compréhension des matières scientifiques.
À moyen terme, un module d’intelligence artificielle simplifiée pourrait aider les professeurs à personnaliser les exercices. Testé à Brazzaville, ce système d’analyse des réponses devrait être installé à Abala avant la fin de l’année scolaire prochaine.
En attendant, les 25 machines alignées dans la nouvelle salle résonnent déjà des clics des premiers utilisateurs. Pour beaucoup, c’est le premier contact avec un ordinateur récent, un pas concret vers l’économie numérique prônée par les autorités.
Des retombées économiques indirectes sont déjà mesurées. Les fournisseurs de contenu local envisagent de proposer des abonnements éducatifs à prix réduits, tandis que les développeurs congolais testent des applications ludo-éducatives alignées sur le curriculum national et téléchargeables hors-ligne pour limiter la consommation de data.
Les promoteurs espèrent ainsi créer un écosystème numérique rural inspirant, capable de retenir les talents et de dynamiser l’économie locale.
