Le Barreau de Brazzaville a suspendu, le 2 octobre, les activités de ses membres après la détention de trois avocats. Au cœur de sa riposte figure l’article 53 de la loi n° 026/92, qui encadre l’arrestation d’un avocat, et un alignement assumé sur le Barreau de Pointe-Noire.
Une suspension décidée en assemblée générale
C’est en assemblée générale que les avocats de la capitale ont tranché. Le 2 octobre, le Barreau de Brazzaville a décidé de suspendre les activités professionnelles de ses membres. La mesure s’applique à compter de cette date.
Trois confrères sont au centre de la décision : Me Bob Kaben Mboko Massouka, Me Boniface Carle Malalou et Me Admiré Mabondzo, tous trois détenus. Les éléments rendus publics ne précisent pas les motifs de leur détention.
Aucun terme n’a été fixé. La suspension restera applicable jusqu’à une réévaluation de la situation par le Barreau de Pointe-Noire, selon les termes rapportés. Un détail qui en dit long sur la coordination entre les deux barreaux.
L’article 53, socle juridique de la riposte
Le Barreau ne s’est pas contenté de protester. Il a placé sa décision sur un terrain strictement juridique, celui de l’article 53 de la loi n° 026/92 du 20 août 1992 portant organisation de la profession d’avocat en République du Congo.
Ce texte prévoit une protection particulière pour les avocats. Il garantit l’inviolabilité de leur cabinet et encadre les conditions de perquisition. Il fixe surtout une règle précise pour l’arrestation d’un avocat.
Sauf crime ou délit flagrant, une telle arrestation ne peut intervenir qu’en présence du bâtonnier et du procureur général près la cour d’appel. La loi exige ainsi la présence de deux autorités, l’une issue de la profession, l’autre du parquet.
C’est précisément cette garantie que le Barreau de Brazzaville estime bafouée. Il dénonce de « multiples atteintes au statut d’avocat » et une « violation récurrente » des garanties prévues par l’article 53.
Andrée Brigitte Nzingoula, une bâtonnière en première ligne
Porte-voix de l’ordre, la bâtonnière Me Andrée Brigitte Nzingoula a donné le ton lors de l’assemblée générale. « Le Barreau de Brazzaville condamne avec la plus grande fermeté la violation récurrente des garanties prévues par l’article 53 de la loi suscitée », a-t-elle déclaré.
Elle a aussi voulu désamorcer une critique attendue, celle d’une profession qui réclamerait un traitement de faveur. « Cette protection n’est ni un privilège ni une immunité. Elle constitue une garantie de l’indépendance de l’avocat », a-t-elle insisté.
Dans son raisonnement, cette indépendance dépasse la personne de l’avocat. Elle protège, à travers lui, les droits de la défense et ceux du justiciable. L’argument déplace le débat : il ne s’agit plus d’un intérêt corporatiste, mais de l’équilibre même de la procédure.
Sur le cas des trois confrères, le ton se fait plus amer. Le Barreau « constate avec beaucoup d’amertume la violation flagrante délibérée et répétée des lois de la République », a ajouté la bâtonnière.
La session criminelle, levier de pression du barreau
Le principal moyen de pression vise la prochaine session criminelle. Les avocats de la capitale n’y participeront pas. La bâtonnière a toutefois assorti cette décision de deux conditions de sortie.
La première est la « libération immédiate » des confrères détenus. La seconde, l’enrôlement de leurs dossiers à la prochaine session criminelle, autrement dit leur inscription au rôle de l’audience. Le Barreau laisse ainsi à l’autorité judiciaire le choix entre deux issues.
Le message adressé aux autorités de poursuite se veut sans équivoque. Le Barreau les invite à observer scrupuleusement les dispositions de l’article 53 et prévient que de telles violations ne sauraient être tolérées à l’avenir.
Le Barreau de Pointe-Noire avait ouvert la voie
Brazzaville n’agit pas isolément. Le 29 septembre 2026, le Barreau de Pointe-Noire avait tenu sa propre assemblée générale. C’est en s’appuyant sur ses conclusions que la bâtonnière de Brazzaville a développé son propos sur la portée de la protection légale des avocats.
La mesure prise dans la capitale s’aligne sur celle décidée à Pointe-Noire, dont le détail n’a pas été rapporté. Que la durée de la suspension brazzavilloise dépende d’une réévaluation par le barreau ponténégrin traduit une démarche concertée entre les deux villes.
Un bras de fer au nom de l’État de droit
Au-delà du sort des trois avocats, le Barreau de Brazzaville porte le débat sur le terrain institutionnel. Selon lui, le respect par les organes de la République des garanties qu’ils ont eux-mêmes établies demeure une condition essentielle du renforcement de l’État de droit.
Le rapport de force est désormais posé. D’un côté, une profession qui suspend ses activités et retire son concours à une session criminelle. De l’autre, des autorités de poursuite appelées à respecter une loi adoptée il y a plus de trente ans.
La suite dépendra du traitement réservé aux dossiers des trois confrères. À ce stade, les éléments disponibles ne font état d’aucune réaction des autorités judiciaires à la décision du Barreau de Brazzaville.
