Une association congolaise a réuni une centaine de jeunes, surtout des étudiantes, pour parler sans détour des avortements à risque. En toile de fond, des freins persistants à la contraception et une loi sur la santé sexuelle et reproductive récemment adoptée par le Parlement.
Une causerie-débat pour briser le silence
Le week-end dernier, l’Association congolaise pour les droits et la santé (ACDS) a organisé à Brazzaville une causerie-débat consacrée aux avortements clandestins. Pour l’organisation, ces pratiques à risque prennent désormais des proportions inquiétantes en République du Congo.
Le public visé était clair : les jeunes filles. Une centaine d’entre elles, pour la plupart étudiantes, ont répondu présentes, accompagnées de quelques garçons. Trois thématiques étaient au programme, avec un objectif commun : mieux faire comprendre la pratique des avortements clandestins et les dangers qu’elle fait courir.
Contraception : des méthodes disponibles mais peu utilisées
Le premier exposé a été présenté par Candide Senso, chargée des programmes de l’ACDS. Son constat de départ : le problème des avortements commence en amont, par le non-recours des jeunes filles à la planification familiale et à la contraception.
L’intervenante a souligné un paradoxe. Les méthodes contraceptives existent et Brazzaville dispose de structures sanitaires. Pourtant, les jeunes se heurtent à plusieurs obstacles avant de pouvoir réellement y accéder.
Pour étayer ce point, une enquête réalisée auprès d’un échantillon de 238 personnes à Brazzaville a été présentée. Elle montre que des filles renoncent à certaines méthodes, comme la pilule ou l’implant, pour des raisons très diverses.
Peurs, pressions et manque de confidentialité
Les freins identifiés relèvent autant de l’intime que du social. Les jeunes femmes redoutent les effets secondaires, subissent la désinformation ou font face à des pressions familiales ou conjugales. Les contraintes économiques pèsent aussi, tout comme des motifs religieux ou culturels.
Un autre facteur touche directement l’offre de soins : le manque de confidentialité dans les services sanitaires. Il figure parmi les raisons qui éloignent ces jeunes des méthodes contraceptives pourtant disponibles.
Des grossesses non désirées aux gestes à risque
La chaîne de conséquences décrite lors de la causerie est sans appel. Faute de contraception, de nombreuses jeunes filles se retrouvent confrontées à des grossesses non désirées, parfois à répétition.
Dans ces situations, beaucoup sont tentées d’y mettre fin par des moyens inappropriés, au péril de leur vie. C’est, selon les intervenants, ce qui explique que les avortements clandestins gagnent du terrain dans le pays.
Une loi sur la santé sexuelle et reproductive adoptée
L’autre exposé marquant a été assuré par le docteur Mikael Djembo, point focal du Centre ODAS au Congo. Il a présenté le texte de loi sur la santé sexuelle et reproductive récemment adopté au Parlement, tout en s’interrogeant sur l’avenir de ces droits dans le pays.
« Pendant plusieurs décennies, le cadre normatif régissant la santé reproductive dans notre pays est resté figé, dominé par des dispositions répressives d’un autre âge, héritées de la période coloniale », a-t-il rappelé.
Pour le médecin, cette rigidité juridique a entretenu « un drame silencieux mais meurtrier » : la prolifération des avortements clandestins et un accès limité des jeunes à une contraception sécurisée.
Le Congo face à ses engagements internationaux
Selon le Dr Djembo, en approuvant ce texte, le Congo a franchi une étape décisive dans la promotion des droits humains. Le pays a en effet ratifié de nombreux textes continentaux et internationaux dans ce domaine, dont le protocole de Maputo.
L’orateur a précisé que l’article 14 de ce protocole oblige les États membres à assurer le respect et la promotion du droit des femmes à contrôler leur fécondité et à exercer un libre choix en matière de procréation.
Il a aussi retracé le parcours du texte, voté par l’Assemblée nationale le 12 août 2025, puis par le Sénat le 12 août 2026. « Une victoire législative et historique indéniable », selon lui, et « un acte de courage politique, de responsabilité sanitaire et de fidélité à nos engagements internationaux ».
Informer pour protéger la santé des jeunes
Entre une loi désormais votée et des pratiques qui persistent, la causerie de l’ACDS a mis en lumière l’écart qui reste à combler. L’enjeu de santé publique se joue autant dans les textes que dans l’accès concret des jeunes filles à une contraception sûre et confidentielle.
