Une pression quotidienne sur les robinets
À Moukondo, Bacongo ou Talangaï, le filet d’eau qui s’échappe des robinets n’est jamais garanti. Les habitants surveillent de petites arrivées nocturnes pour remplir seaux et bidons, avant que le réseau ne perde à nouveau de la pression quelques heures plus tard.
« Nous réglons nos réveils à deux heures du matin, raconte Thérèse, vendeuse de beignets. Sans cela, aucune goutte pour la journée. » Ce rythme, partagé par de nombreux foyers, influence horaires de travail, études et fonctionnement des micro-entreprises.
Causes techniques et croissance urbaine rapide
La Congolaise des Eaux évoque une demande qui a doublé en dix ans, portée par une expansion démographique soutenue. Les conduites de l’ancienne ceinture hydraulique, dimensionnées dans les années 1980, subissent fuites et pertes estimées à près de 30 % du volume pompé.
Les ouvrages de captage situés dans le corridor de Djiri doivent également composer avec l’étiage saisonnier du fleuve et l’envasement. « Un cumul de facteurs techniques et naturels crée un goulot d’étranglement », explique l’ingénieur hydraulique André Mavounga, consultant indépendant.
Programmes publics et investissements en cours
Le gouvernement, via le Plan national de développement 2022-2026, a fléché 95 milliards de francs CFA pour moderniser le réseau d’adduction de Brazzaville. Les travaux d’extension de la station de Djiri devraient porter la capacité de traitement à 240 000 m³ par jour, soit une hausse d’environ 60 %.
Un protocole signé en décembre dernier avec l’Agence française de développement prévoit par ailleurs le remplacement de 120 kilomètres de canalisations prioritaires. « La phase pilote commence sur les tronçons les plus accidentogènes », précise un responsable de LCE, confiant sur une mise en service progressive dès 2025.
Conséquences sanitaires et économiques
L’irrégularité d’approvisionnement entraîne un recours accru aux forages privés et sachets d’eau vendus à la sauvette. Selon la Direction départementale de la santé, près de 18 % des cas de gastro-entérites signalés en 2023 sont liés à une eau douteuse.
Les impacts économiques sont également sensibles. Les salons de coiffure, pâtisseries de proximité et ateliers mécaniques déclarent des pertes d’activité allant jusqu’à 40 % lors des pics de rupture. Les structures de santé, elles, doivent mobiliser des citernes, alourdissant leurs charges d’exploitation.
Adaptations citoyennes et initiatives locales
Des associations de quartier, à l’exemple du collectif Eau-Pour-Tous de Makélé-kélé, mutualisent désormais des cuves de 5 000 litres pour sécuriser un stock commun. L’initiative est soutenue par une subvention municipale couvrant 30 % du coût d’achat des réservoirs.
Parallèlement, plusieurs start-up congolaises testent des capteurs connectés destinés à signaler en temps réel les plages de distribution. « L’idée est de transformer un désagrément en information utile », souligne Emile Mouanga, fondateur de la plateforme WataAlert.
Perspectives et appels à la vigilance
La Commission nationale de régulation des services d’eau préconise un meilleur suivi des branchements clandestins et un audit énergétique des stations pour limiter les coupures liées aux fluctuations électriques. Elle insiste également sur la nécessité de sensibiliser les usagers au paiement régulier des factures afin de garantir la pérennité des investissements.
« L’État a pris la mesure de l’urgence ; il reste à synchroniser travaux, maintenance et éducation citoyenne », estime la sociologue Gisèle Oba. Les habitants, eux, attendent que les promesses se traduisent par un robinet fiable, signe concret d’un progrès partagé.
