Lancée le 14 septembre, la plateforme congolaise Yano permet de gérer sur mobile les cotisations de mariage, de deuil ou d’anniversaire, avec des contributions visibles par tous. Ses créateurs veulent aussi faire reculer le cash dans les échanges du quotidien.
Cotisations familiales : Yano passe par le téléphone
Mariage, deuil, anniversaire : autant d’occasions où l’on met la main à la poche à plusieurs. C’est sur ce terrain que se positionne Yano, une fintech congolaise consacrée à la gestion de l’argent collectif.
La plateforme permet d’organiser des cotisations et de lever des fonds en ligne, sous forme de cagnottes. Elle s’adresse aux particuliers comme aux groupements associatifs ou professionnels et aux commerçants, avec une promesse centrale : collecter, centraliser et tracer les fonds.
Interrogé par l’ACI le 28 septembre à Brazzaville, Elwin Gomo, co-créateur et responsable produit de Yano, a décrit un usage très concret, pensé pour les moments où familles et proches se cotisent.
Des contributions visibles par tous les participants
« Sur Yano, on peut créer une cotisation pour un mariage, un cas de deuil ou un anniversaire par exemple. Quand les gens contribuent, toutes les contributions sont visibles », explique-t-il.
« On sait exactement le montant qu’on a pu collecter et si l’objectif est atteint ou pas. Et à la fin, vous retirez votre argent », poursuit le responsable produit, pour qui cette technologie garantit la transparence des flux de trésorerie.
Concrètement, celui qui lance la collecte peut vérifier à tout moment où en est l’objectif fixé, tandis que chaque participant voit les versements enregistrés. La transparence devient ainsi une fonction de l’outil, plutôt qu’une simple affaire de confiance.
Payer et être payé, quel que soit l’opérateur
Yano ne se limite pas aux cagnottes. L’application permet aussi d’effectuer et de recevoir des paiements mobiles sans tenir compte de l’opérateur de téléphonie de chacun, ce qui évite de devoir partager le même réseau pour échanger de l’argent.
Les vendeurs en ligne sont également concernés. En générant un code QR ou un lien, un e-commerçant peut se faire payer sans exposer son numéro de téléphone, a souligné Elwin Gomo.
Le cash, frein culturel et obstacle au crédit
Reste un frein de taille, selon le co-créateur de la fintech : la manipulation du cash, qu’il décrit comme un obstacle culturel à l’expansion de l’application. Les transactions en espèces, estime-t-il, limitent le suivi et la possibilité de disposer d’un historique financier.
« Si vous n’avez pas d’histoire financière, vous pouvez manquer beaucoup d’opportunités, telle que l’obtention d’un microcrédit », a-t-il renchéri. Autrement dit, une cotisation réglée en liquide ne laisse aucune trace utile à celui qui la verse.
Où va l’argent déposé sur Yano ?
Se pose aussi la question de la garde des fonds. Sur ce point, Elwin Gomo a tenu à préciser que Yano ne stocke pas de cash. La plateforme se présente comme une simple passerelle de paiements unifiée entre les clients et les opérateurs de mobile money.
« Quand les gens mettent leur argent dans Yano, ces fonds ne sont pas gardés dans nos bureaux. Nous offrons juste une passerelle. Ce sont les opérateurs qui détiennent l’argent », a-t-il expliqué.
Inclusion financière : le cap des 49 % à dépasser
L’ambition affichée dépasse le cercle familial. D’après son responsable produit, Yano se veut un complément aux banques et aux microfinances, avec un objectif clair : contribuer à relever le taux d’inclusion financière du pays.
Ce taux était estimé à 49 % en 2024 par la Beac. En d’autres termes, selon cette estimation, un peu moins d’une personne sur deux était alors considérée comme financièrement incluse.
Bantulab et L’Archer derrière la jeune pousse
Yano n’avance pas seule. Présentée comme une plateforme congolaise d’agrégation de services financiers numériques, elle est accompagnée dans le cadre du programme Bantulab et de son partenaire, le groupe L’Archer.
Cet appui prévoit un accompagnement financier, le renforcement de la gouvernance et un accès privilégié à des réseaux d’expertise, de partenaires et d’investisseurs. Il repose sur un véhicule d’investissement de 655 millions de FCFA, co-financé par les deux structures.
La fintech a été co-créée par deux entrepreneurs congolais, Regis Dilou et Elwin Gomo. D’après l’ACI, elle est à ce jour l’unique agrégateur financier au Congo.
Faire entrer les collectes du quotidien dans le mobile
Pour ses créateurs, le défi consiste désormais à faire passer ces collectes du quotidien dans le téléphone, alors que l’usage du cash reste ancré dans les habitudes. Un pari qui concerne autant les familles que les associations et les commerçants.
Lancée il y a un peu plus de deux semaines, la plateforme mise sur un argument simple : savoir qui a donné, combien a été réuni et retirer les fonds à la fin de la collecte.
