Faute de réponse du gouvernement à son préavis, le collège intersyndical de l’Université Marien-Ngouabi a lancé le 9 octobre une grève générale et illimitée. En cause : sept mois de salaires impayés. Le mouvement suspend les cours et l’organisation des concours.
Grève illimitée à l’Université Marien-Ngouabi depuis le 9 octobre
La décision a été prise le jeudi 8 octobre 2026, au Complexe universitaire Bayardelle, à Brazzaville. Réunies en assemblée générale, les principales formations syndicales de l’université ont acté un mouvement général et illimité, effectif dès le lendemain, vendredi 9 octobre, à 7 heures.
Le mot d’ordre couvre l’ensemble des facultés et instituts de l’établissement. Il entraîne l’arrêt de toutes les activités académiques, mais aussi du processus d’organisation des concours, un point sur lequel le président du collège intersyndical, Ferdinand Owonda, a insisté.
Un service minimum doit toutefois être assuré dans les différents établissements de l’université afin de garantir la continuité administrative, a précisé le responsable syndical (Agence congolaise d’information).
Sept mois de salaires impayés au cœur du conflit
Le chiffre résume la colère du personnel : sept mois de salaires en souffrance. Selon La Semaine africaine, il s’agit des mois d’août et septembre 2024, puis de toute la période allant de mai à septembre 2026.
Ferdinand Owonda juge la situation difficile à supporter, d’autant qu’elle coïncide avec la rentrée scolaire. Les agents, a-t-il rappelé, doivent en ce moment faire face aux dépenses liées à la scolarisation de leurs enfants.
« Nous invitons le gouvernement à trouver d’autres solutions pour aller vers la résolution de ce problème éternel du non-paiement des salaires à l’université », a déclaré le président du collège intersyndical.
Ce que réclament les syndicats de l’université
La plateforme syndicale avance trois exigences principales. D’abord, le paiement de l’ensemble des salaires dus. Ensuite, l’alignement du calendrier de paie de l’université sur celui des agents de la Fonction publique. Enfin, le règlement des heures diverses restées impayées.
Sur le deuxième point, les syndicats dénoncent le non-respect de la concomitance des paiements entre le personnel universitaire et les fonctionnaires. À leurs yeux, les agents de l’université doivent être traités sur un pied d’égalité avec les autres travailleurs de la Fonction publique.
L’ACI mentionne aussi le règlement des autres engagements pris par l’État, sans en détailler le contenu. Plus largement, le collège intersyndical réclame la régularisation de la situation financière.
Un préavis de 72 heures resté sans réponse
La grève n’est pas tombée du ciel. Le lundi 5 octobre, le collège intersyndical avait déposé un préavis de 72 heures, présenté comme un ultimatum laissé au gouvernement pour répondre à ses revendications.
À l’expiration du délai, aucune réponse concrète n’est venue des autorités ministérielles, rapporte La Semaine africaine. « Pour l’essentiel, rien n’a été observé. Et c’est ce qui justifie la réunion d’aujourd’hui », a résumé Ferdinand Owonda le 8 octobre.
Les syndicats conditionnent désormais la reprise des activités administratives et pédagogiques à la satisfaction de leurs demandes. Aucune date de fin n’a été annoncée.
Une mobilisation qui se veut strictement syndicale
Les représentants syndicaux ont pris soin d’écarter toute lecture politique de leur action. Ils affirment agir uniquement pour défendre les droits et les revendications légitimes des travailleurs de l’université.
Le collège intersyndical a appelé à maintenir la mobilisation et mis en garde contre « toute tentative de récupération de sa déclaration à des fins inavouées ».
L’Université Marien-Ngouabi, de crise sociale en crise sociale
Ce débrayage constitue l’étape actuelle d’une tension sociale que notre rédaction suit depuis plusieurs semaines, notamment à travers la situation des vacataires, évoquée dans nos colonnes en septembre. Cette fois, c’est l’intersyndicale qui passe à l’arrêt de travail.
La presse locale ne cache pas sa lassitude. L’Horizon africain décrit une université « de nouveau » en grève, comme sous l’effet d’une fatalité. Vox estime que la répétition des mouvements sociaux perturbe profondément la formation des cadres nationaux.
Pour les étudiants, l’enjeu immédiat concerne les cours et les concours, dont l’organisation est suspendue. Pour le personnel, la sortie de crise passe par le versement des arriérés et par un calendrier de paie identique à celui de la Fonction publique.
