Dialogue stratégique ministère-CSLC
Autour d’une même table, le ministre de la Communication et des Médias, Thierry Lézin Moungalla, et le président du Conseil supérieur de la liberté de communication, Médard Milandou Nsonga, ont passé en revue les défis que rencontrent les rédactions congolaises, du financement jusqu’à la gestion technique des fréquences.
Cette séance de travail, la première depuis la rentrée médiatique, visait à mettre en place une feuille de route concertée afin d’assurer une information pluraliste, sécurisée et économiquement viable, sans compromettre la souveraineté de l’État ni la mission d’intérêt général portée par les journalistes.
Financement durable de la presse congolaise
Le sujet du financement récurrent des rédactions publiques et privées a occupé une large partie des discussions, alors que plusieurs titres de la presse écrite affirment éprouver des difficultés de trésorerie et que certaines radios locales craignent d’interrompre leurs programmes faute de ressources suffisantes.
Selon le ministre, une réflexion est engagée sur un mécanisme de soutien couplé, mêlant ligne budgétaire dédiée, exonérations ciblées et accès facilité aux crédits bancaires, afin de « garantir la survie des médias sans peser durablement sur les finances publiques », a-t-il confié à l’issue de la réunion.
Le CSLC a plaidé pour une contractualisation transparente, prévoyant des contreparties en termes de production de contenus d’intérêt général et de respect des normes déontologiques afin d’éviter toute dépendance excessive ou soupçon d’influence éditoriale sur les rédactions bénéficiaires.
Optimisation du spectre et des fréquences
Autre dossier jugé prioritaire, l’optimisation du spectre radioélectrique concerne autant les chaînes commerciales que les stations communautaires appelées à couvrir l’intérieur du pays, où l’information dépend souvent d’émetteurs vétustes et de fréquences parfois brouillées par des signaux transfrontaliers.
Le ministère a annoncé un audit technique imminent qui devra cartographier l’utilisation actuelle des bandes FM, AM et UHF, identifier les interférences et établir un calendrier de migration numérique, condition indispensable à l’essor de nouvelles offres audiovisuelles et à la sécurisation des communications d’urgence.
Médard Milandou Nsonga a, pour sa part, attiré l’attention sur la nécessité d’harmoniser le cadre réglementaire avec les directives de l’Union africaine des télécommunications afin d’éviter des chevauchements de licences et de garantir la compatibilité des équipements importés par les opérateurs congolais.
Renforcement des capacités du CSLC
La robustesse des outils mis à la disposition du CSLC conditionne l’efficacité de la régulation, notamment le monitoring en temps réel des ondes et la veille des publications en ligne, aujourd’hui rendue plus complexe par la multiplication des plateformes sociales.
Le régulateur réclame un centre de supervision modernisé capable de détecter automatiquement les contenus illicites sans entraver la liberté éditoriale, ainsi qu’un cadre juridique clair pour saisir la justice en cas de récidive, a indiqué une source proche du dossier.
En réponse, le ministre a confirmé l’acquisition prochaine de logiciels de veille issus de partenariats sud-sud et la formation de techniciens congolais à l’analyse de données médiatiques, soulignant l’opportunité de créer des emplois numériques hautement qualifiés sur le marché local.
Calendrier et échanges avec les rédactions
Outre les aspects techniques, les deux parties se sont accordées sur la valeur d’une communication régulière avec les rédactions afin de réduire les incompréhensions et de diffuser rapidement les mises à jour réglementaires, notamment concernant la publicité en période électorale.
Une série d’ateliers de sensibilisation est prévue dès le mois prochain à Brazzaville et à Pointe-Noire, associant patrons de presse, correspondants départementaux et étudiants en journalisme pour vulgariser les nouvelles procédures d’agrément et rappeler les obligations liées à la protection des sources.
Selon les participants, ces rencontres permettront également de recueillir les retours de terrain sur la réforme du code de la communication adoptée en 2019, texte qui ambitionne de responsabiliser les éditeurs face aux fake news et de clarifier le régime des sanctions graduées.
À l’issue de la séance, Thierry Lézin Moungalla et Médard Milandou Nsonga ont signé un communiqué conjoint promettant l’annonce de mesures concrètes dans les jours à venir, notamment la publication d’un calendrier d’appels à projets pour soutenir l’innovation dans les médias locaux.
Les rédactions, qui scrutent désormais les décisions gouvernementales, espèrent que ces engagements posent les bases d’une presse techniquement modernisée, financièrement pérenne et pleinement confiée à sa mission d’informer en toute responsabilité les citoyens du Congo-Brazzaville.
Enjeux économiques et calendrier législatif
Le contexte régional pousse également à l’action : plusieurs pays voisins ont déjà lancé leurs plans de transition numérique et d’aide à la presse, suscitant une concurrence accrue pour l’audience et la publicité. Brazzaville entend donc ne pas rester en marge de cette dynamique continentale.
Des économistes estiment qu’une presse solide pourrait contribuer à hauteur de 1 % du PIB national d’ici cinq ans, grâce à la croissance des industries créatives et à l’exportation de contenus culturels congolais sur les plateformes numériques panafricaines.
Le prochain conseil des ministres devrait examiner un avant-projet de loi consolidant l’ensemble de ces propositions, selon une source gouvernementale.
