Réunis pour la première fois autour d’une même table, le ministère de l’Enseignement supérieur et le collectif des enseignants vacataires de l’Université Marien-Ngouabi ont ouvert un dossier resté longtemps sans réponse : des années de prestations impayées. Le gouvernement promet un règlement progressif, dossier par dossier.
Une rencontre inédite entre le ministère et le collectif
La ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation technologique, Delphine Édith Emmanuel, a reçu mi-septembre à Brazzaville une délégation des enseignants vacataires de l’Université Marien-Ngouabi (UMNG). Le président de l’université, Parisse Akouango, assistait aux échanges.
La délégation était conduite par Maixent Roland Moboka, secrétaire général du Collectif des enseignants vacataires de l’UMNG. Les représentants ont remis un cahier de charges détaillant les revendications d’une catégorie d’enseignants dont la situation préoccupe les autorités universitaires.
La ministre a souligné le caractère inédit de la séance, précisant qu’il s’agissait de la première fois qu’une telle réunion était organisée. Le format retenu, direct et sans intermédiaire, tranche avec les circuits administratifs habituels.
Des prestations impayées de 2020 à 2026
Au cœur des doléances figure le paiement des prestations. Selon les représentants des vacataires, les années académiques 2020 à 2026 demeurent totalement impayées. S’y ajoute la question du recrutement, autre revendication portée de longue date par ces enseignants.
Ces heures de cours ne relèvent pas d’un appoint marginal. La ministre a elle-même rappelé que les vacataires participent de manière majoritaire au fonctionnement de l’université, une réalité qui donne à l’arriéré une portée dépassant le seul sort de ses bénéficiaires.
Le collectif a également mis en avant les charges concrètes pesant sur ses membres : celles de la rentrée scolaire de leurs enfants et celles des prochaines fêtes. Un rappel que l’attente se mesure aussi en dépenses quotidiennes.
Un traitement individuel, dossier par dossier
La réponse du gouvernement tient en une méthode plutôt qu’en une enveloppe. Les situations seront examinées une à une, à travers l’identification de chaque vacataire, de l’établissement dans lequel il preste et du montant exact qui lui est dû.
« La vacation ne s’opère pas auprès de la présidence de l’université, mais dans les établissements », a indiqué la ministre. La précision n’a rien d’anodin : elle déplace le point d’entrée du recensement vers les établissements eux-mêmes.
Cette identification vise à constituer des données fiables et à permettre une meilleure gestion des paiements. Le règlement des réclamations, lui, interviendra progressivement, en fonction des moyens disponibles — une formule qui borne l’engagement autant qu’elle l’ouvre.
La bancarisation des paiements sur le modèle des bourses
Autre revendication portée par le collectif : la bancarisation intégrale du processus de paiement. La ministre y voit la suite logique du recensement, et l’occasion d’abandonner le système manuel encore en vigueur.
Le dispositif s’appuierait sur un fichier fiable des bénéficiaires, à l’instar de ce qui a été mis en place pour le paiement des bourses des étudiants. Une référence qui sert ici de modèle opérationnel déjà éprouvé dans l’enseignement supérieur congolais.
Deux régimes distincts pour les enseignants de l’UMNG
Les vacataires demandent par ailleurs la séparation définitive de leur fichier d’heures de celui des enseignants permanents. La ministre a rappelé que les deux catégories ne relèvent pas du même régime, ce qui éclaire la distinction réclamée.
Le personnel permanent, enseignant ou non, est régi par un statut. Les vacataires, eux, interviennent sur la base de contrats individuels annuels, conclus au sein des différents établissements de l’université. Deux logiques administratives que les revendications cherchent à ne plus confondre.
Préserver la continuité des cours à Marien-Ngouabi
Derrière la question financière affleure une inquiétude partagée : l’arrêt des enseignements. La ministre a réaffirmé la volonté de l’exécutif d’assurer la continuité du service public de l’enseignement supérieur, avertissant qu’une interruption troublerait le fonctionnement normal de l’institution.
« Désormais, vous et nous, nous allons faire en sorte que l’on n’arrive pas à l’interruption des cours », a-t-elle déclaré. Avant d’ajouter que le pays ne peut pas connaître indéfiniment des perturbations au niveau de l’université, et que des initiatives s’imposent.
Le collectif salue l’ouverture et réclame des priorités
Réagissant à ces engagements, Maixent Roland Moboka a salué la volonté du gouvernement de prendre en compte les préoccupations des vacataires. Le ton, du côté du collectif, est resté celui de l’attente vigilante plutôt que de la satisfaction acquise.
Son plaidoyer porte sur un point précis : la définition de priorités dans le règlement des arriérés. Puisque le paiement sera étalé, l’ordre dans lequel les dossiers seront traités devient, pour les intéressés, une question aussi sensible que le montant.
Rencontres périodiques et protocole d’accord en préparation
Le ministère a annoncé la tenue de rencontres périodiques associant son cabinet, l’université et les représentants des vacataires, afin de faire face progressivement aux préoccupations soulevées. Le suivi des revendications est explicitement inscrit à ce calendrier.
Ces discussions se poursuivront parallèlement aux négociations engagées avec les syndicats du personnel de l’UMNG, en vue de l’adoption d’un protocole d’accord. Deux fronts distincts, mais un même horizon : stabiliser le fonctionnement de l’université.
Reste l’essentiel, que la rencontre n’a pas tranché : le calendrier et les montants. Le gouvernement a posé une méthode et un principe de progressivité. Les vacataires, eux, attendent désormais que le recensement annoncé se traduise en paiements effectifs.
