Coupures d’électricité à répétition, nuit de mobilisation puis pneus brûlés au petit matin : l’incident du campus de l’École normale supérieure a conduit la ministre de l’Enseignement supérieur à réunir étudiants, université, gestionnaires et parents autour d’une même table.
Une rencontre élargie après l’incident de l’ENS
La ministre de l’Enseignement supérieur, Delphine Édith Emmanuel, a échangé récemment à Brazzaville avec l’ensemble des acteurs concernés par la manifestation d’étudiants de l’École normale supérieure (ENS), selon l’Agence congolaise d’information, qui a rendu compte de la rencontre le 29 septembre.
Autour d’elle se trouvaient des étudiants, des responsables de l’Université Marien-Ngouabi (UMNG), les gestionnaires des campus, des représentants des parents d’étudiants ainsi que les services concernés. Une configuration large, qui place chacun face aux explications des autres plutôt que de laisser les versions circuler séparément.
L’objectif tenait en deux temps : comprendre d’abord les circonstances qui ont conduit à la manifestation, puis explorer des pistes de sortie de crise. En toile de fond, une préoccupation clairement affichée : maintenir un climat apaisé au sein des établissements universitaires.
Des coupures d’électricité à répétition sur le campus
Les étudiants ont été les premiers à exposer leur version. Selon eux, le campus fait face depuis plusieurs jours à des difficultés récurrentes d’alimentation électrique, liées à des problèmes affectant le transformateur.
Ils ont tenu à rappeler que la situation n’avait pas été ignorée. Plusieurs interventions techniques ont eu lieu, avec l’installation successive de transformateurs, puis des opérations de raccordement et de mise en service. Des tentatives qui, à leurs yeux, n’ont pas réglé le problème de façon durable.
Sur un campus dont la ministre elle-même a évoqué les conditions d’hébergement, ces interruptions répétées ne relèvent pas du détail. C’est dans ce contexte d’usure, davantage que sous l’angle d’un incident isolé, qu’il faut lire la suite des événements.
Une nuit de mobilisation, des pneus brûlés au matin
D’après le récit des étudiants, l’électricité avait été rétablie de manière temporaire. Mais une nouvelle coupure est intervenue la veille de l’incident. Ils ont alors constaté la présence de deux agents de la société chargée de l’électricité à proximité du transformateur.
Faute d’explications immédiates sur cette nouvelle interruption, quelques étudiants se sont mobilisés au cours de la nuit. Aux premières heures de la matinée, une manifestation a été organisée, marquée notamment par des pneus brûlés sur la voie publique.
La séquence est révélatrice. Ce n’est pas seulement l’absence de courant qui a déclenché la mobilisation, mais l’absence de réponse au moment précis où des techniciens intervenaient sous les yeux des étudiants.
Côté université : une panne plus large et un « malentendu »
Le gestionnaire du campus, Damien Somboko, a apporté une précision de taille : la panne du transformateur ne concernait pas uniquement l’ENS, mais plusieurs installations du secteur. Une manière de rappeler que le problème dépassait le seul établissement.
Le président de l’Université Marien-Ngouabi, le Pr Parisse Akouango, a pour sa part estimé que l’incident résultait d’un « malentendu ». Il l’a relié à un problème de communication autour de l’intervention des agents techniques.
Les deux responsables mettent ainsi l’accent sur la circulation de l’information plutôt que sur une défaillance propre à l’ENS. Aucun calendrier de rétablissement durable du courant n’a toutefois été rapporté à l’issue des échanges.
Les parents plaident pour un canal permanent
Président de l’Association des parents d’étudiants et élèves du Congo (APEEC), Christian Grégoire Epouma a appelé les étudiants à privilégier le dialogue et à éviter tout acte susceptible de compromettre leur sécurité ou leurs études.
Il a surtout plaidé pour une passerelle permanente entre les campus, les organisations estudiantines et les autorités universitaires. L’idée répond au diagnostic posé pendant la rencontre : si le malentendu est né d’un défaut de communication, un canal stable pourrait éviter qu’il se reproduise.
Hébergement et sécurité au cœur du message ministériel
De son côté, Delphine Édith Emmanuel a insisté sur la nécessité d’améliorer les conditions d’hébergement et de sécurité des étudiants.
La ministre les a également invités à emprunter les voies du dialogue, dans le respect des personnes, des biens et de l’ordre public. Un message qui prend acte des difficultés matérielles tout en fixant une limite nette aux formes de protestation.
Le compte rendu de la rencontre ne mentionne ni mesures chiffrées ni échéancier. Reste à voir comment ces orientations se traduiront concrètement sur le campus, à commencer par la question de l’électricité.
Ce que l’épisode dit de la vie universitaire
Au-delà de l’incident, la rencontre met en lumière un enjeu central de la vie universitaire : la qualité du lien entre étudiants, gestionnaires et autorités. Panne technique, information tardive, réaction dans la rue : chaque maillon a pesé dans l’enchaînement.
Pour les étudiants de l’ENS, l’attente est concrète : un courant stable et des réponses rapides lorsqu’une coupure survient. Pour l’université et le ministère, l’enjeu consiste à préserver le climat apaisé recherché, sans que chaque panne ne devienne un nouveau point de tension.
