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    Politique

    Sous les palmiers du Pool, Brazzaville orchestre en douceur l’équilibre régional

    Publié par Solange Mavoungou06/07/2025
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    Brazzaville, pivot silencieux de la sous-région

    À la faveur de son positionnement géographique singulier, face à Kinshasa sur l’autre rive du fleuve Congo, la capitale congolaise s’est imposée comme un sas diplomatique incontournable entre les deux rives du bassin. Les chancelleries installées boulevard Denis-Sassou-Nguesso décrivent un climat de travail feutré, loin du tumulte géopolitique qui bouscule parfois la région. Le chef de l’État, Denis Sassou Nguesso, au pouvoir avec l’assentiment des urnes depuis 1997 puis 2002, cultive cette image de « sage médiateur » que lui reconnaissent plusieurs organisations sous-régionales (CEMAC, CIRGL).

    Cette stature a été illustrée par la médiation discrète menée, en juillet 2022, entre Bangui et N’Djamena, facilitant la reprise des patrouilles mixtes à la frontière centrafricaine. Pour un diplomate ouest-africain, « la parole de Brazzaville demeure pragmatique et dénuée d’irénisme », un atout dans une conjoncture où les formats multilatéraux traditionnels sont parfois contestés.

    Stabilité politique et réformes macroéconomiques graduelles

    Si la manne pétrolière demeure centrale – 54 % des recettes publiques en 2023 selon la BEAC – Brazzaville a engagé un ajustement budgétaire prudent sous l’égide du FMI, dans le sillage de l’accord triennal conclu en 2022. L’allongement de la maturité de la dette, fruit d’un dialogue constant avec Pékin et les créanciers privés, a offert une bouffée d’oxygène à l’exécutif, lui permettant de recentrer les dépenses sur la santé communautaire et le réseau routier national n°1.

    Le gouvernement promeut parallèlement l’agro-industrie vivrière, encouragé par la hausse des cours du manioc et du cacao. Dans la vallée du Niari, les coopératives soutenues par la Banque africaine de développement testent ainsi des dispositifs de micro-irrigation solaire. Ces initiatives reflètent une approche graduelle : conjuguer impératif de soutenabilité et maintien de la cohésion sociale, sans rupture brusque du modèle de redistribution bâti depuis deux décennies.

    Capital naturel : la forêt congolaise comme actif géopolitique

    S’étirant du Sangha au Likouala, le massif forestier du Congo abrite quelque 22 millions d’hectares de couverts intacts, formant le deuxième poumon de la planète. Déjà, lors de la COP26, Brazzaville avait souligné « le sacrifice d’opportunité » consenti en évitant la déforestation de rente. En octobre 2023, la signature du partenariat sur les crédits carbone avec l’Initiative pour la Finance durable africaine a consolidé cette doctrine : monétiser les services écosystémiques sans céder le contrôle national de la ressource.

    Au niveau multilatéral, la tenue, à Oyo, du premier Forum des trois bassins (Congo, Amazone, Bornéo-Mékong) a conféré au pays une visibilité nouvelle. Selon la chercheuse camerounaise Annie Ngo, « en assumant la coprésidence de cette plate-forme Sud-Sud, le Congo s’émancipe d’une dépendance exclusive aux bailleurs européens ». Cette diplomatie verte renforce, en outre, l’image d’un État soucieux de la transition énergétique globale.

    Diversification énergétique et nouvelles routes numériques

    Conscient de la finitude des ressources fossiles, le ministère des Hydrocarbures pilote depuis 2021 un plan mixte incluant gaz domestique, hydroélectricité et solaire. La centrale de Liouesso, montée en puissance en mars 2023, alimente désormais Impfondo et ses environs, réduisant les rotations de barges-diesel sur l’Oubangui. Dans la même logique, l’accord de partage de production gazier signé avec Eni prévoit une part indexée dédiée à l’électrification rurale.

    Parallèlement, la dorsale fibre optique Pointe-Noire-Brazzaville raccorde désormais le pays au câble 2Africa. Ce saut de connectivité, salué par l’Union internationale des télécommunications, ouvre la voie à l’essor des services dématérialisés et à l’installation d’incubateurs technologiques, notamment dans l’« Atlantic free zone » de Pointe-Noire. Pour les investisseurs, il s’agit d’un signal de modernité qui renforce la résilience économique en période de volatilité mondiale.

    Soft power culturel et diplomatie des peuples

    Du Festival panafricain de musique au concours de poésie Tchicaya U Tam’si, Brazzaville exploite un répertoire culturel riche pour projeter son influence. L’inscription récente de la rumba congolaise au patrimoine immatériel de l’UNESCO sert de moteur à une industrie créative en pleine structuration, où labels locaux et plateformes de streaming concluent des partenariats inédits.

    Ce soft power irrigue aussi la diplomatie sanitaire. Lors de l’épidémie de Covid-19, le corps médical congolais a hébergé plusieurs sessions de formation pour praticiens centrafricains et gabonais, à l’Institut national de recherche biomédicale de Djiri. En cultivant ces solidarités horizontales, Brazzaville consolide sa réputation d’acteur « solutionniste », fidèle à une maxime souvent répétée au palais du Peuple : « l’influence se mesure aux ponts que l’on bâtit, non aux murs que l’on érige ».

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