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    Politique

    À Brazzaville, le baril sourit-il déjà au climat ? Diplomatie pétro-verte en marche

    Publié par Solange Mavoungou01/07/2025
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    Brazzaville face au nouvel échiquier énergétique mondial

    À l’heure où les grandes puissances affichent des calendriers de neutralité carbone, le Congo-Brazzaville se retrouve au carrefour d’attentes parfois contradictoires. Producteur d’un pétrole à faible teneur en soufre très recherché, le pays sait que cette rente demeure un pilier macro-économique essentiel. Dans le même temps, la Conférence des Parties et les agences multilatérales exhortent les États forestiers à consolider leur rôle de puits de carbone. Selon un conseiller diplomatique congolais joint à Brazzaville, « le défi consiste à monétiser l’or noir sans briser l’élan vert ». L’équation n’est pas simple, mais elle nourrit depuis trois ans une diplomatie énergique orchestrée par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Claude Gakosso, et suivie de près par le président Denis Sassou Nguesso.

    Un pétrole plus propre : argument de poids dans les négociations

    Le brut congolais, souvent qualifié de « Sweet Marine », affiche une teneur en soufre inférieure à 0,3 %. Ce paramètre technique, longtemps relégué aux notes de bas de page des traders, s’est mué en argument diplomatique. À la COP28 de Dubaï, Brazzaville a défendu l’idée qu’un pétrole moins polluant peut contribuer à une transition ordonnée, évitant les pénuries énergétiques qui fragiliseraient les économies africaines émergentes (déclaration officielle du pavillon CEMAC). Plusieurs chancelleries européennes confirment en coulisses apprécier cette approche graduelle, jugée « réaliste » par un diplomate allemand basé à Libreville. La perspective d’approvisionnements stables, combinée à des engagements climatiques crédibles, confère au Congo un avantage comparatif que la diplomatie s’emploie à valoriser jusque dans les forums de l’Organisation des producteurs africains de pétrole.

    Forêt du Bassin du Congo : capital naturel et levier de soft power

    Au-delà des hydrocarbures, la République du Congo dispose d’un deuxième passeport géopolitique : un couvert forestier qui s’étend sur plus de 22 millions d’hectares. Brazzaville a lancé, dès 2021, l’Initiative mondiale pour le Bassin du Congo, saluée par les Nations unies. Les services techniques congolais travaillent désormais avec la Banque mondiale à la création d’un marché national du carbone. D’après la chercheuse française Claire Ripert, « ces crédits, s’ils sont rigoureusement certifiés, pourraient générer jusqu’à 150 millions de dollars par an dès 2028 ». Le président Sassou Nguesso, intervenant au Sommet de Nairobi sur le climat, a insisté sur la complémentarité entre manne pétrolière et valorisation des services écologiques. Cette articulation renforce la position du Congo dans les négociations Sud-Sud, notamment avec l’Indonésie et le Brésil, également détenteurs de forêts stratégiques.

    Coopérations Sud-Sud et ouverture aux nouveaux investisseurs

    Loin de se limiter aux circuits traditionnels, Brazzaville cultive une diplomatie de diversification. Les protocoles d’accord signés avec l’Inde pour le raffinage et avec le Qatar pour le gaz naturel liquéfié illustrent cette volonté. Les autorités misent sur un transfert ciblé de technologies : capture et stockage du carbone, valorisation des gaz associés, électrification hors réseau des zones nord. Selon le think tank panafricain ECDPM, ces partenariats pourraient réduire de 30 % les torchages d’ici 2030, tout en maintenant la courbe de production à un niveau compatible avec les projections budgétaires. Sur le plan interne, le gouvernement mise sur une gouvernance améliorée. L’adhésion, en avril dernier, à la norme ITIE 2023 a été perçue par la Banque africaine de développement comme « un signal de crédibilité renforcée ».

    Vers une diplomatie énergétique intégrée

    La stratégie congolaise apparaît ainsi fondée sur l’intégration, plutôt que sur l’opposition, entre pétrole et climat. Cette approche « dualiste », pour reprendre la formule du professeur Moussa Ayoul, séduit certaines capitales en quête d’approvisionnements sécurisés ne compromettant pas leurs propres objectifs de réduction d’émissions. Brazzaville parie également sur les infrastructures régionales. Le projet d’oléoduc Pointe-Noire/Lobito, conduit avec l’Angola, vise à fluidifier les exportations en contournant les congestions du Golfe de Guinée. Dans un contexte de recomposition géo-énergétique, le Congo s’offre ainsi une stature de pivot logistique, tandis que la récente liaison électrique transfrontalière avec la RDC garantit l’alimentation des futures zones industrielles spéciales.

    Regards internationaux et perspectives

    Les observateurs restent attentifs au calibrage entre promesses vertes et réalités budgétaires. Le FMI, dans sa revue de juin, souligne que « la discipline fiscale autour des investissements bas carbone devra s’accompagner de mécanismes robustes de suivi ». Néanmoins, plusieurs agences de notation ont revu à la hausse la perspective du pays, citant la diversification des recettes et la stabilisation politique. En croisant diplomatie économique, engagement écologique et sécurité énergétique, le Congo-Brazzaville trace une trajectoire que d’aucuns qualifient déjà d’« école pragmatique africaine ». Les mois à venir diront si cette alchimie entre baril et biodiversité transformera l’essai sur le terrain, mais les capitales étrangères reconnaissent d’ores et déjà la cohérence et la constance de la ligne portée par le président Denis Sassou Nguesso.

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