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    Accueil»Politique»Kribi, baril d’embarras : le terminal SNH qui fait tanguer Yaoundé
    Politique

    Kribi, baril d’embarras : le terminal SNH qui fait tanguer Yaoundé

    Publié par Solange Mavoungou26/06/2025
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    Un chantier stratégique sur fond de rivalités industrielles

    En annonçant officiellement, depuis le boulevard du 20 Mai, l’entrée en phase opérationnelle du terminal de stockage d’hydrocarbures de Kribi, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) a voulu afficher sa maîtrise d’un dossier qualifié en interne de « priorité présidentielle ». Le complexe, confié à sa filiale Cstar, doit porter la capacité de stockage côtière à 200 000 m³ et réduire la dépendance logistique envers le bassin de Douala. Pourtant, derrière les chiffres officiels, la manœuvre ravive les tensions entre majors internationales implantées au golfe de Guinée, sociétés locales de distribution et opérateurs portuaires déjà inquiets d’une concurrence jugée déloyale. Plusieurs cadres de la Chambre de commerce avancent que « l’appel d’offres n’a jamais été publié dans le Journal officiel », alimentant la thèse d’un marché taillé sur mesure (Mutations, 14 avril 2024).

    Les griefs de la société civile et la question du favoritisme

    À Yaoundé, les organisations de transparence pointent l’opacité de la gouvernance pétrolière depuis les révélations du rapport EITI 2022. Le financement du terminal, estimé à 180 millions de dollars, reposerait sur un montage hybride mêlant garanties souveraines, lignes de crédit commerciales et avances clients, sans que le Parlement n’ait été pleinement saisi. « Le projet avance à coup de décrets », déplore un député d’opposition, évoquant une « captation institutionnelle » au profit d’un cercle rapproché du pouvoir. Les propos ont trouvé écho au sein de la délégation de l’Union européenne, qui, lors d’une réunion à huis clos avec le ministère des Finances, a réclamé la publication des contrats de sous-traitance. Le gouvernement, lui, renvoie à « l’impératif de souveraineté énergétique », revendiquant la clause de confidentialité courante dans l’industrie extractive.

    Un casse-tête diplomatique pour la politique énergétique camerounaise

    Le terminal de Kribi intervient à un moment où les partenaires bilatéraux du Cameroun réévaluent leurs engagements climatiques. Washington, par la voix de l’US International Development Finance Corporation, a gelé tout nouveau financement fossile hors technologies de capture de carbone, tandis que Paris lie désormais ses concours à la présentation d’un « scénario 1,5 °C » crédible. Or, Yaoundé mise sur la montée en puissance des ventes de produits pétroliers raffinés pour compenser la baisse des recettes fiscales post-covid. Dans ce contexte, diplomates et bailleurs redoutent que la priorisation de Kribi complique la trajectoire carbone du pays et ralentisse la mise en service du corridor énergétique vert vers le Tchad. « La cohérence entre les discours climatiques et la réalité des investissements est mise à rude épreuve », reconnaît un haut fonctionnaire de la Banque africaine de développement.

    Dimension régionale et impératifs sécuritaires

    Au-delà des frontières, le terminal ambitionne de servir de hub à l’export pour les marchés enclavés d’Afrique centrale. Le Gabon et la Guinée équatoriale, confrontés à l’usure de leurs infrastructures portuaires, observent le projet avec circonspection, craignant un repositionnement stratégique du Cameroun. Dans le même temps, les forces de défense camerounaises doivent sécuriser les 25 kilomètres de pipeline reliant le dépôt aux quais, dans une zone déjà sensible aux actions de groupes criminels spécialisés dans le siphonnage de carburant. Un rapport interne du Conseil national de sécurité chiffre à 12 millions de dollars les pertes annuelles liées aux détournements sur le littoral, un risque qui pourrait s’accroître avec l’augmentation des flux. Le volet sécuritaire devient dès lors indissociable de la valeur diplomatique du projet.

    Entre injonctions climatiques et exigence de redevabilité

    Alors que la COP29 se prépare à Bakou, le Cameroun se retrouve sous les projecteurs d’un double agenda : accélérer la transition énergétique et démontrer la sincérité de ses engagements de gouvernance. Les bailleurs exigent des indicateurs mesurables : publication des contrats, audit environnemental indépendant, mécanismes de reddition de comptes. Dans les couloirs du ministère de l’Eau et de l’Énergie, certains techniciens admettent qu’une suspension du financement extérieur forcerait l’État à accroître la pression fiscale domestique, au risque de heurter la stabilité sociale. Pour une diplomate africaine en poste à Addis-Abeba, « le Cameroun joue sur la ligne de crête : il doit prouver que le terminal de Kribi n’est pas seulement un mégaprojet politique, mais un levier de développement transparent et durable ». Reste à savoir si la SNH saura convaincre au-delà de ses soutiens traditionnels, alors que l’opinion publique, de plus en plus sensible aux questions climatiques, réclame une gouvernance pétrolière débarrassée des zones d’ombre.

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