Une initiative locale à portée nationale
Sous la vaste tente dressée à l’esplanade d’un hôpital de Brazzaville, rires et chansons ont résonné vendredi autour d’une scène décorée de ballons rouges. Derrière la fête, l’association Enfants à venir de demain (EAD) a présenté un programme inédit de parrainage destiné aux orphelins du VIH.
L’initiative, lancée par la fondatrice Mireille Amona, vise d’abord soixante enfants suivis au Centre hospitalier universitaire de Brazzaville et dans plusieurs structures partenaires. Elle pourrait s’étendre rapidement à d’autres départements, selon les besoins remontés par les services pédiatriques spécialisés.
Le principe du parrainage expliqué
Concrètement, chaque volontaire choisit de soutenir un enfant pour un an, plusieurs années ou toute sa vie. Le donateur s’acquitte d’un montant modulable, formalisé par un contrat numérique transmis via le site et les réseaux sociaux de l’association, garantissant transparence et traçabilité.
Les sommes versées couvrent trois volets essentiels : les frais scolaires, la prise en charge sanitaire et un accompagnement social individualisé. Une fiche d’évaluation, mise à jour trimestriellement avec l’aide des référents médicaux, permet au parrain de suivre concrètement l’évolution de son filleul.
Priorité santé et éducation des enfants
Pour Mme Amona, « les soins antirétroviraux sauvent la vie, mais l’école et la stabilité affective donnent un futur ». EAD assure donc le règlement des fournitures, cantines et frais d’examen, tout en maintenant la distribution régulière de compléments nutritionnels recommandés par le Programme national de lutte contre le sida.
La santé mentale, souvent reléguée au second plan, bénéficie également d’ateliers mensuels animés par des psychologues congolais. Objectif : améliorer l’estime de soi et réduire l’isolement encore subi par de nombreux adolescents dont le statut sérologique reste tabou au sein des quartiers.
Appel à la solidarité congolaise
Dans un contexte mondial où les financements internationaux se raréfient, la présidente d’EAD plaide pour « une mobilisation collective ». Elle encourage entreprises locales, associations religieuses et particuliers à inscrire la chaîne du parrainage dans leur responsabilité sociétale, afin de consolider les efforts publics déjà engagés.
Plusieurs sociétés pétrolières installées à Pointe-Noire ont déjà manifesté leur intérêt, selon le service communication de l’ONG. Des conventions pourraient être signées début 2026 pour prendre en charge des frais universitaires de jeunes majeurs ayant grandi dans le programme pédiatrique.
Soutien institutionnel et partenaires
EAD opère en étroite collaboration avec le ministère de la Santé et de la Population, ainsi qu’avec le Comité national de coordination du Fonds mondial. Cette synergie garantit l’alignement sur les normes thérapeutiques nationales et permet d’éviter les doublons dans la distribution des intrants essentiels.
L’association a également reçu l’appui moral de la Première Dame, Antoinette Sassou-N’Guesso, reconnue pour son engagement de longue date en faveur de l’enfance vulnérable. Sa présence lors du lancement a renforcé la visibilité médiatique et suscité un élan d’adhésion supplémentaire dans l’opinion.
Une distribution de jouets très attendue
Avant la signature des premiers contrats de parrainage, soixante colis ont été offerts : tablettes tactiles, consoles portatives, ballons, poupées et petites voitures télécommandées. Le choix des cadeaux a été validé avec l’équipe de pédiatres pour concilier utilité éducative et plaisir ludique.
La remise, effectuée par des officiels en blouse blanche, a suscité cris de joie et chants improvisés. « Je rêvais d’une tablette pour suivre mes cours de maths sur vidéo, c’est désormais possible », s’est enthousiasmé Roland, 16 ans, avant de poser pour une photo souvenir.
Témoignages d’enfants et de soignants
Selon le docteur Grâce Tchicaya, pédiatre au Centre de traitement ambulatoire, le parrainage va « au-delà du médicament ». Il offre un dialogue régulier entre familles d’accueil et professionnels, réduisant les ruptures de traitement encore observées lorsque les tuteurs manquent de ressources stables.
Claudia, 14 ans, a perdu ses parents il y a quatre ans ; elle espère déjà l’entrée au lycée grâce à la prise en charge annoncée. Sa voix timide a trouvé écho parmi les bénévoles, certains promettant de la suivre « jusqu’au baccalauréat et plus si besoin ».
L’association EAD en chiffres
Créée en 2017 puis officiellement lancée en 2023, EAD compte aujourd’hui 24 membres actifs et 80 bénévoles occasionnels. Elle intervient auprès de 300 enfants vulnérables, dont 120 drépanocytaires et 90 porteurs de handicap, répartis dans trois départements du pays.
Son budget annuel avoisinait 45 millions de francs CFA en 2025 ; 60 % provenaient de dons privés et 40 % de subventions publiques ou internationales. Avec le nouveau mécanisme de parrainage, l’association espère doubler ses recettes d’ici deux ans pour sécuriser ses actions.
Vers une pérennisation du dispositif
Prochaine étape : la création d’un fonds d’investissement social géré par un comité mixte d’experts, destiné à couvrir les études supérieures et la formation professionnelle des bénéficiaires. Des négociations sont en cours avec des institutions financières implantées à Brazzaville.
Mme Amona reste confiante : « Chaque acte de générosité trace une route vers l’autonomie. Le jour où ces enfants deviendront à leur tour des acteurs de développement, notre pari sera gagné ». D’ici là, EAD continuera de toquer aux cœurs et aux portes disponibles.
