Brazzaville applaudit l’avant-première
Samedi 13 décembre, le grand hall du Mémorial Pierre Savorgnan vibrait d’enthousiasme. Plusieurs centaines de spectateurs, officiels, étudiants et entrepreneurs y découvraient en avant-première « Jeunes 242. Une génération, un combat », documentaire soutenu par la Fondation Horizon et projeté après un passage remarqué à Pointe-Noire.
L’événement, placé sous le haut patronage du Premier ministre Anatole Collinet Makosso, s’est tenu en présence de plusieurs membres du gouvernement, dont la ministre Irène Marie Cécile Mboukou Kimbatsa représentant sa collègue Marie-France Lydie Hélène Pongault, confirmant ainsi l’attention portée au potentiel de la jeunesse.
Dans une salle plongée dans la pénombre, la réalisatrice Katia Mounthault Tatu a rappelé sa motivation : « Nos jeunes ne sont pas un problème ; ils sont notre chance. Ce film démontre qu’ils créent déjà des emplois et des solutions adaptées aux réalités congolaises », a-t-elle déclaré sous les applaudissements.
Un récit filmique centré sur l’action locale
Réalisé par le documentariste franco-congolais Dan Scott, le film d’une heure suit une vingtaine de protagonistes à Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie mais aussi Paris, Dakar et Shanghai. Le montage alterne séquences immersives et témoignages, illustrant une jeunesse déterminée à innover plutôt qu’à rêver d’exil.
Cette narration dynamique casse l’image d’une génération figée, décrite trop souvent comme spectatrice du développement. À l’écran, agriculteurs, menuisiers, chefs cuisiniers, designers ou maraîchers se lèvent à l’aube, gèrent des équipes et négocient leurs produits sur les marchés urbains ou via le numérique.
Des parcours inspirants aux quatre coins du pays
Parmi les visages marquants, Nathalie, 27 ans, cultive le manioc bio sur trois hectares près de Dolisie. Devant la caméra, elle explique transformer ses racines sur place pour accroître la valeur ajoutée, réduisant ainsi les importations d’amidon et créant cinq emplois stables dans son village.
À Brazzaville, Arnaud, menuisier autodidacte, sculpte des meubles modernes en bois local. Il confie que ses ventes en ligne dépassent désormais ses commandes physiques, preuve que le digital ouvre des débouchés internationaux à l’artisanat congolais sans que l’artisan n’ait besoin d’émigrer.
Dans la capitale économique, la cheffe Fanie Fayar revisite le saka-saka avec des techniques acquises lors d’un stage à Dakar. Sa table d’hôtes reçoit touristes, travailleurs expatriés et Congolais curieux de redécouvrir leur patrimoine gustatif, générant un bouche-à-oreille qui attire déjà des investisseurs.
Une ambition pédagogique affirmée
Katia Mounthault Tatu souhaite que le documentaire circule dans les collèges et lycées. « Montrer des pairs qui réussissent au pays réactive l’espoir », assure-t-elle. La Fondation Horizon travaille ainsi avec le ministère de l’Éducation pour établir un circuit de projections-débats dès la prochaine rentrée.
Le film servira également d’outil de plaidoyer auprès des décideurs. Les producteurs préparent une fiche pédagogique soulignant l’importance des infrastructures rurales, du crédit agricole et de l’accompagnement des start-ups, autant de leviers cités par les jeunes interviewés pour consolider leur impact.
Panel d’acteurs créatifs, échos de terrain
Après la projection, un panel modéré par la journaliste Sonia Jaquet a réuni la chanteuse Jenny Mouandzi, le rappeur Paterne Maestro et plusieurs porteurs de projets numériques. Tous ont insisté sur la nécessité de mutualiser les réseaux professionnels et de faire circuler l’information sur les financements disponibles.
« L’entraide reste notre meilleur capital », a résumé Paterne Maestro, rappelant que des plateformes locales de crowdfunding ont financé dix-sept micro-entreprises en 2024. Ces succès, relayés par le documentaire, illustrent la capacité des jeunes à contourner la rareté du crédit bancaire classique.
Mobilité choisie et retour gagnant
Tourné partiellement à Paris et Shanghai, « Jeunes 242 » ne diabolise pas le départ. Il souligne au contraire que l’expérience extérieure peut devenir un atout, à condition de revenir la capitaliser. Plusieurs intervenants racontent comment un stage à l’étranger leur a apporté méthodes et marchés.
Le sociologue invité, Pr Isaac Ngouabi, estime que cette logique circulaire répond aux objectifs du Plan national de développement, qui encourage le transfert de compétences. Pour lui, le film « propose une grille de lecture réaliste, loin des caricatures sur un exode sans retour ».
Perspectives : un outil pour politiques jeunesse
En clôturant la soirée, le ministre Émile Ouosso a salué une œuvre « porteuse de solutions ». Il a évoqué la possibilité d’intégrer des extraits du documentaire aux programmes d’orientation professionnelle, afin de rendre les parcours d’insertion plus concrets pour les élèves des deux cycles secondaires.
De son côté, la ministre des Affaires sociales a promis de mobiliser les Maisons de la jeunesse pour étendre la diffusion. Une tournée est déjà envisagée dans les départements du Pool et de la Sangha. L’objectif affiché est de toucher 20 000 lycéens avant la fin 2026.
Au-delà de sa portée symbolique, « Jeunes 242 » vient rappeler qu’un écosystème encourageant l’initiative, récompensant la persévérance et valorisant les talents locaux peut devenir un puissant moteur de croissance inclusive. Ses images d’énergie et de réussite posent un autre regard sur la jeunesse congolaise, dans tout le pays.
