Deux militaires congolais tués, deux autres capturés puis libérés : l’accrochage fluvial survenu dans la nuit du 26 au 27 août à Makotipoko a mis les deux Congo sous tension. Brazzaville et Kinshasa ont finalement choisi la voie diplomatique.
Ce qui s’est passé sur l’île de Makoloko
Le décor est un bras du fleuve Congo, dans le département de la Nkéni-Alima. Selon L’Horizon africain, l’incident s’est noué sur l’île de Makoloko, territoire congolais situé à une quarantaine de kilomètres au nord de Makotipoko.
Une patrouille mixte de gendarmes et de marins y effectuait un contrôle des étrangers. Au cours de l’opération, un agent aurait tué par inadvertance un adolescent de 15 ans, ressortissant de la République démocratique du Congo, rapporte le même média.
Cette mort a déclenché l’intervention des forces navales rd-congolaises stationnées à Yumbi, dans la province du Mai-Ndombe. L’affrontement a opposé marins et gendarmes des deux rives, dans la nuit du 26 au 27 août, selon Les Dépêches de Brazzaville.
Un bilan humain lourd et encore partiel
Le décompte reste douloureux. Les Dépêches de Brazzaville évoquent un lieutenant et un adjudant tués côté congolais. L’Horizon africain parle pour sa part d’au moins deux morts, un adjudant de gendarmerie et un autre officier, ainsi que des blessés.
Le bilan côté rd-congolais n’a pas été communiqué. Aucun décompte officiel consolidé n’a été publié par les deux gouvernements à ce stade, les autorités indiquant travailler encore à établir les circonstances exactes des faits.
Deux soldats ramenés de Yumbi à Brazzaville
C’est le développement le plus attendu. Deux agents de la Force publique capturés lors de l’accrochage et emmenés à Yumbi ont été libérés vendredi 28 août, à l’issue de pourparlers entre les deux gouvernements.
Il s’agit du marin Désiré Béfio, maître, et du gendarme Bomengo Ngouelou, maréchal des logis-chef. Ramenés à Brazzaville, les deux hommes ont été admis à l’Hôpital militaire Pierre Mobengo, rapporte L’Horizon africain.
Des informations diffusées la veille faisaient état du décès de l’un des captifs. Leur retour à Brazzaville a levé ce doute. Une tribune publiée par Congopage situe ces libérations sur les journées de vendredi et de samedi.
Brazzaville et Kinshasa activent les mécanismes bilatéraux
La séquence diplomatique a joué à plein. En visite de travail à Brazzaville, la ministre rd-congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, s’est exprimée aux côtés de son homologue congolais Constant-Serge Bounda.
« Je suis à Brazzaville en contact avec mon homologue. Les ministres de la Défense de nos deux pays sont en échange permanent. Nous sommes en train de finaliser la triangulation de l’information », a-t-elle déclaré (Journal de Brazza).
La cheffe de la diplomatie rd-congolaise a appelé à la retenue : « Cet incident ne reflète pas à l’image des relations que nous avons et des relations que nous voulons continuer à entretenir. » Les deux ministres ont demandé l’apaisement.
Ils souhaitent que le dossier soit examiné dans le cadre de la Commission spéciale mixte de défense et de sécurité. La 13e session de la Grande commission mixte de coopération doit également être convoquée (Les Dépêches de Brazzaville).
Makosso privilégie le dialogue face à la colère
Le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a fixé la ligne : « La guerre ou les mesures de rétorsion n’interviennent que lorsque toutes les conditions de dialogue sont épuisées. » Une manière de refroidir les appels à la fermeté.
Car l’émotion a été vive. Des citoyens congolais ont exprimé leur colère après des allégations de mauvais traitements infligés aux militaires capturés, alimentées par des images circulant sur les réseaux sociaux, indique L’Horizon africain.
Ces allégations n’ont pas été confirmées de source indépendante. L’exécutif a préféré la voie diplomatique à toute réponse militaire, une option assumée publiquement pendant que se poursuivaient les échanges entre les deux capitales.
Une frontière fluviale sous surveillance renforcée
Reste la question de fond : éviter la répétition. Les deux gouvernements ont convenu d’« activer les mécanismes communs de veille », note l’éditorialiste Gankama N’Siah dans Les Dépêches de Brazzaville.
Celui-ci plaide pour un contrôle frontalier plus strict et estime que « la justice du pays concerné » doit tenir pour responsables les auteurs de l’incident, afin d’éviter tout précédent le long du fleuve.
Sur place, les riverains vivent depuis longtemps d’échanges quotidiens et d’alliances matrimoniales des deux côtés de l’eau, rappelle la tribune signée Lambert Ekirangandzon dans Congopage, très critique envers les pouvoirs des deux rives.
La visite ministérielle s’inscrivait dans la consolidation des liens portés par les présidents Denis Sassou N’Guesso et Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Les deux capitales ont réaffirmé leur attachement au bon voisinage et au respect mutuel de la souveraineté.
