Le Professeur Placide Moudoudou a présenté et dédicacé « Droit constitutionnel congolais » le 8 septembre à l’Université Marien Ngouabi. Un volume de quelque 660 pages qui relit sept décennies d’histoire institutionnelle et place le citoyen au cœur de la norme fondamentale.
Une salle comble à l’Université Marien Ngouabi
L’auditorium de la présidence de l’Université Marien Ngouabi était plein, le 8 septembre. Étudiants, universitaires et praticiens du droit s’étaient déplacés en nombre pour la présentation du dernier ouvrage du Professeur Placide Moudoudou, agrégé de droit public, enseignant-chercheur et juge constitutionnel.
La rencontre, à la fois académique et solennelle, s’est prolongée par une séance de dédicaces. Le titre du livre, « Droit constitutionnel congolais », annonce d’emblée son programme : l’État, la souveraineté, la Constitution, les droits et libertés fondamentaux, enfin la justice constitutionnelle au Congo.
Sept décennies de fragilité et de recommencements
La démonstration de l’auteur remonte loin. La République du Congo est entrée dans l’histoire du constitutionnalisme par une porte étroite : sa première Constitution, adoptée en 1958, n’a tenu que deux mois. Le contexte politique était difficile, la fragilité, immédiate.
Ont suivi plusieurs textes fondamentaux, plusieurs architectures institutionnelles et autant de séquences politiques. Près de sept décennies plus tard, l’accumulation impressionne. Le Professeur Moudoudou refuse pourtant de réduire cette trajectoire à une simple chronologie de Constitutions successives.
« Innovation et sédimentation », la thèse qui structure l’ouvrage
Sa formule est plus exigeante : le droit constitutionnel se construit par « innovation et sédimentation ». Chaque période dépose ses traces, chaque crise produit ses enseignements, chaque décision juridictionnelle façonne peu à peu un édifice juridique dont la cohérence n’apparaît qu’avec le temps.
Le déplacement compte. Le Congo ne serait plus seulement dans l’histoire de ses Constitutions, mais dans celle de la construction d’un droit constitutionnel qui lui est propre. La nuance sépare l’inventaire des textes de l’émergence d’une matière vivante.
Un droit « situé », pensé depuis Brazzaville
L’adjectif « congolais » du titre n’est donc pas décoratif. Pour l’auteur, le droit ne flotte pas au-dessus des sociétés : il s’enracine dans une histoire, une culture institutionnelle, une expérience collective partagée par ceux qui en dépendent.
« Tout droit doit être situé. Tout droit doit être identitaire. C’est le droit d’un peuple », explique le Professeur Moudoudou (Les Échos du Congo Brazzaville). L’affirmation pourrait sonner comme un repli juridique. Elle vise pourtant l’inverse.
L’ouvrage confronte en effet la jurisprudence congolaise aux expériences constitutionnelles africaines et européennes. Penser le Congo depuis le Congo, sans cesser de regarder ce qui se pratique ailleurs : la méthode assume la comparaison plutôt que l’isolement académique.
Trois décennies de jurisprudence, de 1996 à 2026
L’autre originalité du livre tient à son matériau. L’auteur s’appuie sur une jurisprudence constitutionnelle congolaise couvrant environ trois décennies, de 1996 à 2026. Un corpus rarement mobilisé avec cette ampleur dans la littérature juridique nationale.
Le message est net. La Constitution n’est plus seulement un texte adopté par le pouvoir constituant. Elle devient une norme dont la portée se précise décision après décision, au fil du travail de la juridiction constitutionnelle.
C’est dans cet espace que s’affirme progressivement la justice constitutionnelle. Contrôle de constitutionnalité, protection de la Constitution, garantie des droits et libertés fondamentaux : le droit constitutionnel quitte les seuls amphithéâtres pour entrer dans la pratique concrète de l’État.
Le citoyen placé au centre de la norme fondamentale
L’auteur place l’homme, le citoyen, au centre de la Constitution. C’est probablement là que se loge l’enjeu politique de sa réflexion, au sens noble du terme, plus que dans le commentaire des équilibres institutionnels.
Une Constitution n’a de sens que si elle organise le pouvoir, mais aussi si elle protège ceux au nom desquels ce pouvoir s’exerce. De cette exigence découle la place réservée aux droits et libertés fondamentaux, à la démocratie électorale et au droit parlementaire.
Interrogé après la séance de dédicaces, l’universitaire a résumé son intention. « Nous voulons consolider l’adaptation du droit de l’homme dans le sens de la protection de la conscience à travers la justice constitutionnelle », a-t-il déclaré en substance.
Il a ajouté vouloir passer « également à travers la protection et la garantie des droits de l’homme », relevant qu’« il y a un aspect nouveau qui apparaît » (Les Échos du Congo Brazzaville). La formule laisse deviner un chantier encore ouvert.
Un volume pour les étudiants comme pour les praticiens
À qui s’adresse ce livre ? Les étudiants de droit y trouveront un outil académique, les chercheurs une matière d’analyse, les praticiens une grille de lecture, les responsables politiques un éclairage institutionnel. Et les citoyens, une clé pour comprendre les règles qui organisent leur République.
Paru à Brazzaville en 2026 aux Presses universitaires de Brazzaville, l’ouvrage compte quelque 660 pages, 659 selon le décompte de L’Horizon Africain. Il s’ajoute à une bibliographie déjà fournie, le Professeur Moudoudou ayant publié plusieurs titres avant celui-ci.
Doyen honoraire de la Faculté de droit de l’Université Marien Ngouabi, professeur titulaire du Cames et juge à la Cour constitutionnelle depuis 2018, Placide Moudoudou, 61 ans, continue d’y dispenser ses enseignements (L’Horizon Africain).
Une matière constitutionnelle qui se cherche encore
Reste le fil que l’auteur tend à ses lecteurs. En dépit du choc des maux, la République du Congo demeure à la recherche de sa voie constitutionnelle, dont la destination annoncée est le bonheur des citoyens.
L’ouvrage se refuse au pessimisme, en écho à l’hymne national et à son soleil définitivement levé. Une manière de rappeler que la matière constitutionnelle congolaise, longtemps instable, dispose désormais d’une histoire à laquelle les juristes peuvent se référer.
