Du 10 au 12 septembre, la Grande Rentrée littéraire de Kinshasa fait de la République du Congo son invitée d’honneur. Une délégation brazzavilloise conduite par l’écrivain Henri Djombo traverse le fleuve pour trois jours de rencontres, de débats et de vente de livres.
Brazzaville invitée d’honneur sur l’autre rive du fleuve
La Grande Rentrée littéraire de Kinshasa ouvre jeudi 10 septembre et se referme le samedi 12. Le rendez-vous se tient au Centre Wallonie-Bruxelles et sur l’avenue de la Nation, à Kinshasa-Gombe, en République démocratique du Congo. La République du Congo en est l’invitée d’honneur.
La distinction n’a rien d’un geste protocolaire. Elle place des auteurs et des éditeurs venus de Brazzaville au cœur d’une manifestation qui sert chaque année de vitrine à la production littéraire congolaise et aux voix qui émergent.
Quelques kilomètres seulement séparent les deux capitales. C’est pourtant l’un des rares moments de l’année où la scène littéraire brazzavilloise dispose d’une tribune installée de l’autre côté du fleuve, avec un public, des libraires et des éditeurs à portée immédiate.
Henri Djombo conduit la délégation congolaise
L’écrivain et homme politique Henri Djombo, président de l’Union nationale des écrivains et artistes congolais, a répondu favorablement à l’invitation que lui a adressée le Centre Wallonie-Bruxelles. Il conduit la participation venue de la rive droite.
Sa double appartenance, littéraire et institutionnelle, donne à ce déplacement une portée qui dépasse la simple présence d’auteurs. L’organisation professionnelle qu’il préside fédère écrivains et artistes du pays, dont la visibilité au-delà des frontières nationales reste un enjeu constant.
Une mémoire commune que le fleuve ne découpe pas
L’édition s’articule autour d’une idée directrice : la littérature comme gardienne des mémoires et comme outil de développement. Le thème paraît vaste, mais il renvoie à des questions très concrètes de circulation des textes, de conservation et de transmission.
Derrière l’intitulé se loge une préoccupation bien identifiée en République démocratique du Congo : la capacité des ouvrages à nourrir une mémoire collective qui ne s’arrête pas aux frontières politiques du continent.
Pour Brazzaville, cette entrée en matière est loin d’être neutre. Les deux capitales partagent une proximité géographique exceptionnelle, une histoire entremêlée et des espaces linguistiques communs, tout en gardant des scènes éditoriales bien distinctes.
Faire circuler auteurs et ouvrages entre les deux rives revient à rappeler une évidence rarement organisée : les frontières politiques ne recouvrent pas celles des imaginaires, et les lecteurs des deux capitales partagent souvent les mêmes langues de lecture.
Un essai sur l’agriculture pour ouvrir les débats
L’ouverture du 10 septembre donne d’emblée un tour politique à la manifestation. Elle est marquée par la présentation de Militariser l’agriculture, nouvel ouvrage de Didier Mumengi, ancien ministre et essayiste, publié par les Éditions Elembo.
L’auteur y plaide pour une mobilisation beaucoup plus structurée de l’appareil productif congolais face à l’insécurité alimentaire. Mécanisation, financement, infrastructures, formation et transformation locale figurent parmi les axes qu’il avance dans le livre.
La rencontre avec l’auteur se tient au Centre Wallonie-Bruxelles, en entrée libre, l’éditeur proposant aux visiteurs de confirmer leur présence. Ce choix d’ouverture indique que le salon ne réduit pas le livre à la seule fiction.
L’essai, le débat d’idées et les sujets de société y occupent une place assumée. La littérature est envisagée au sens large : un espace où s’écrivent des récits, mais aussi des propositions et des controverses sur le temps présent.
Un marché du livre installé sur l’avenue de la Nation
L’ambition affichée est de faire sortir la littérature des cercles spécialisés. Rencontres d’auteurs, présentations d’ouvrages, conférences et ventes se succèdent durant trois jours, avec une partie du dispositif installée directement sur la voie publique.
Le changement le plus visible se joue donc dehors. Pendant toute la durée de la manifestation, un marché du livre occupe l’avenue de la Nation et se prolonge sur le parvis de la bibliothèque, hors des murs des institutions culturelles.
Le détail compte plus qu’il n’y paraît. Dans un secteur où la distribution demeure un obstacle majeur, exposer les ouvrages dans l’espace public revient à aller chercher les lecteurs qui ne pousseraient pas la porte d’une bibliothèque.
Éditeurs et auteurs y gagnent une vitrine. Les visiteurs, eux, peuvent feuilleter, acheter et rencontrer directement ceux qui écrivent ou publient. C’est une réponse pratique à une difficulté ancienne du secteur.
Un axe Kinshasa-Brazzaville-Bruxelles pour quarante ans
La Belgique figure également parmi les présences annoncées, notamment avec l’écrivain Marc Zewenski. Le triangle Kinshasa-Brazzaville-Bruxelles ainsi dessiné correspond à l’histoire même du lieu qui accueille la manifestation.
Le Centre Wallonie-Bruxelles et sa bibliothèque célèbrent cette année leurs quarante ans. L’anniversaire donne à la question de la transmission, centrale dans le thème retenu, une résonance supplémentaire pour les publics des deux Congo.
Le Prix Zamenga en clôture d’un rendez-vous régional
Le programme mêle rencontres d’auteurs, présentations d’ouvrages, panels, conférences et expos-ventes. La manifestation poursuit la fonction qu’elle s’est donnée depuis sa création : rapprocher écrivains, éditeurs et lecteurs, et exposer les nouvelles voix congolaises.
La clôture du 12 septembre accueille la cérémonie du Prix littéraire Zamenga, dont l’édition 2026 avait lancé plus tôt dans l’année un appel aux auteurs de nouvelles. Une façon de refermer ces trois journées sur la création elle-même.
Pour la rive droite, le rendez-vous vaut moins comme sortie culturelle que comme test de circulation. Ce qui se jouera sur l’avenue de la Nation dira si un espace littéraire commun aux deux Congo tient debout en dehors des discours.
