Vingt pour cent de la population congolaise reste éloignée de la lecture et de l’écriture. Le Gouvernement a détaillé, le 7 septembre, les centres qui doivent ouvrir à Djambala, en Bouenza, en Lékoumou et à Brazzaville pour l’année pédago-andragogique 2026-2027.
Un taux d’analphabétisme estimé à 20 % au Congo
Le chiffre a été rappelé sans détour dans le message du Gouvernement, lu le 7 septembre par Jean-Luc Mouthou, ministre de l’Enseignement préscolaire, primaire, secondaire et de l’alphabétisation. Le Congo présente un taux d’analphabétisme estimé à 20 %.
Derrière ce pourcentage se trouvent des adultes et des jeunes privés des compétences fondamentales en lecture, en écriture et en calcul. Le message replace cette réalité dans un phénomène mondial, qui touche encore des centaines de millions de personnes.
Six décennies d’engagement célébrées par l’UNESCO
La 60e édition de la Journée internationale de l’alphabétisation a été célébrée le 8 septembre 2026 sous la tutelle de l’UNESCO. Le thème retenu, « Alphabétisation pour les personnes, la planète et la prospérité », dépasse largement le cadre de la salle de classe.
L’agence des Nations unies y voit un investissement dans l’être humain, un instrument de protection de l’environnement et un levier de prospérité collective. Trois registres qui, réunis, déplacent l’alphabétisation du terrain de l’assistance vers celui des politiques publiques structurantes.
Le lien établi entre savoirs et environnement n’a rien d’anecdotique dans un contexte où les mutations technologiques, économiques et environnementales bouleversent les modes de vie et de travail. Aucun développement durable n’est envisageable, souligne le message, si une partie de la population demeure privée des savoirs fondamentaux.
Ce que recouvre l’alphabétisation aujourd’hui
« Notre conception de l’alphabétisation doit désormais s’inscrire dans une logique d’apprentissage tout au long de la vie », a précisé Jean-Luc Mouthou, en y intégrant les compétences numériques, l’éducation aux médias et l’éducation à la citoyenneté.
S’y ajoutent le développement durable et les compétences nécessaires à l’insertion professionnelle. Autrement dit, déchiffrer un texte ne suffit plus : il faut aussi savoir s’orienter dans un environnement numérique et sur un marché du travail en mouvement.
Le ministre a rappelé une exigence de fond, « le droit de chaque femme et chaque homme à apprendre, à se former et à développer ses capacités tout au long de la vie ». Une formulation qui installe l’alphabétisation comme un droit, non comme une faveur.
Trois nouveaux centres pour les peuples autochtones
Le volet le plus concret de l’annonce porte sur l’année pédago-andragogique 2026-2027. Le Gouvernement prévoit l’ouverture de nouveaux centres d’alphabétisation destinés aux peuples autochtones, répartis dans trois départements distincts du pays.
Le centre Ngoulayo s’implantera à Djambala, dans les Plateaux. Le centre de Kifoulou est prévu dans le district de Tsiaki, département de la Bouenza. Le troisième, le centre de Doudou, doit voir le jour dans le district de Mayéyé, en Lékoumou.
Le choix de ces localités éclaire la méthode retenue : aller vers les populations plutôt que d’attendre qu’elles rejoignent les grands centres urbains. Dans ces zones, la proximité géographique devient un paramètre aussi déterminant que le contenu même des apprentissages.
Brazzaville, Ouesso et Loango dans le dispositif
Dans le même mouvement, le Gouvernement a créé le lycée d’alphabétisation de Moukoundzi-Ngouaka, à Brazzaville. L’établissement accueillera dès cette rentrée pédago-andragogique des apprenants désireux de poursuivre et de consolider leurs apprentissages.
Trois centres de post-alphabétisation du premier cycle du secondaire sont par ailleurs envisagés, à Loango marine, au Plateau des 15 ans à Brazzaville, ainsi qu’à Ouesso, dans la Sangha.
Cette articulation entre alphabétisation, rescolarisation et post-alphabétisation dessine un parcours plutôt qu’une action ponctuelle. L’enjeu affiché consiste à éviter que les acquis ne se dissipent une fois le premier cycle d’apprentissage achevé.
Un maillage de 183 centres et 21 929 apprenants
L’existant donne la mesure de l’effort déjà engagé. Le Congo compte 183 centres d’alphabétisation, 109 centres de rescolarisation et 8 centres de post-alphabétisation, auxquels s’ajoutent 64 écoles ORA destinées aux apprenants autochtones.
L’ensemble accueille un effectif global de 21 929 apprenants. Le rapport entre ce total et le nombre de structures suggère des unités de taille réduite, disséminées sur le territoire plutôt que concentrées dans quelques pôles urbains.
Les 64 écoles ORA occupent une place à part, puisqu’elles s’adressent spécifiquement aux apprenants autochtones. Les trois centres annoncés pour la rentrée prolongent cette attention, dans le cadre de la poursuite des efforts en faveur de l’alphabétisation des couches défavorisées.
Le déséquilibre entre les 183 centres d’alphabétisation et les 8 centres de post-alphabétisation éclaire, lui, la priorité des prochaines ouvertures. Trois structures supplémentaires y sont annoncées, soit une progression sensible sur ce segment du dispositif.
Une ambition qui se mesurera sur la durée
« Ces initiatives traduisent la volonté du Gouvernement de rapprocher davantage l’éducation des populations et de faire de notre système éducatif toujours plus inclusif, équitable et adapté aux besoins de notre société », a déclaré Jean-Luc Mouthou.
« Combattre l’analphabétisme et l’illettrisme, c’est investir dans l’avenir de notre pays », a-t-il ajouté, associant l’effort éducatif à une logique d’investissement plutôt qu’à celle d’une dépense sociale ordinaire.
Le message reconnaît toutefois que les défis en matière d’alphabétisation sont encore loin d’être atteints. Entre l’objectif d’une société pleinement alphabétisée et un taux de 20 %, la distance se comptera en plusieurs rentrées pédago-andragogiques.
Les prochains mois diront si les centres de Djambala, de Tsiaki et de Mayéyé ouvrent effectivement leurs portes, et si le lycée de Moukoundzi-Ngouaka trouve son public. La feuille de route, elle, est désormais publique.
