Christian Yoka face aux deux chambres
Le budget de l’État pour 2027 est désormais entre les mains des parlementaires. Le ministre des Finances, du Budget et du Portefeuille public, Christian Yoka, est venu en exposer les choix stratégiques à l’Assemblée nationale comme au Sénat.
Les grandes masses sont connues : 3 120,8 milliards FCFA de recettes attendues pour 2 638,4 milliards de dépenses.
Un excédent de 482,4 milliards FCFA à nuancer
Recettes et dépenses mises face à face, le projet dégage un excédent budgétaire global prévisionnel de 482,4 milliards FCFA. Le chiffre a de quoi rassurer. Il ne dit pourtant pas tout de la situation financière de l’État, comme le révèlent les prévisions de trésorerie du même texte.
Les ressources de trésorerie sont évaluées à 1 324,6 milliards FCFA, pour des charges de 1 757 milliards. Il en ressort un besoin net de financement de 432,4 milliards FCFA (Journal de Brazza). L’excédent prévisionnel devient dès lors une pièce centrale de l’équation financière de l’État.
670 milliards FCFA pour l’investissement public
Devant les sénateurs, Christian Yoka a détaillé l’effort d’investissement : 670 milliards FCFA inscrits pour les investissements publics. Selon l’Agence congolaise d’information, cette enveloppe progresse de plus de 100 milliards FCFA par rapport à 2026.
Ces crédits viseront notamment les infrastructures économiques et sociales, l’énergie, les transports et l’agriculture. L’éducation, la santé, la protection sociale, l’eau potable et l’électricité figurent aussi parmi les secteurs prioritaires, des domaines que le ministre a placés au cœur de l’action publique.
Le gouvernement promet également d’améliorer la qualité de ses investissements et de renforcer la transparence dans la gestion des finances publiques, en veillant à l’adéquation entre les ressources disponibles et les dépenses programmées.
Le premier budget du nouveau mandat présidentiel
Le texte n’est pas anodin. Il s’agit de la première loi de finances du nouveau mandat présidentiel. Il s’inscrit dans le projet de société du chef de l’État, « L’accélération de la marche vers le développement », cadre de référence de l’action gouvernementale pour la période 2026-2031.
Une croissance de 6,2 % attendue en 2027
Les projections macroéconomiques présentées aux sénateurs tranchent avec l’année en cours. Le gouvernement table sur une croissance de 6,2 % en 2027, contre 3,3 % en 2026. La production pétrolière atteindrait 112 millions de barils, après 105 millions en 2026.
Hors pétrole, l’activité progresserait de 5,1 %, et l’inflation serait contenue autour de 3 %. Le ratio de la dette publique rapportée au PIB reculerait, lui, de 88,6 % en 2026 à 80,9 % en 2027, selon les projections présentées.
Le document de cadrage retient, lui, une croissance mondiale plus modeste : 3,2 % en 2027, contre 3,1 % en 2026.
Dette et arriérés, les fragilités assumées
Christian Yoka n’a pas éludé les points faibles. Il a cité un endettement élevé, une mobilisation encore trop faible des ressources intérieures et une accumulation d’arriérés de paiement à contenir. Ces contraintes structurelles réduisent, selon lui, les marges de manœuvre budgétaires de l’État.
« La croissance économique ne peut produire tous ses effets sur le bien-être de la population que si elle s’accompagne d’une gestion rigoureuse des ressources publiques, d’une meilleure mobilisation des ressources intérieures et d’une allocation plus efficiente des dépenses », a-t-il insisté.
D’où l’insistance du ministre sur le réalisme des prévisions, la sincérité des inscriptions budgétaires et la maîtrise des engagements financiers de l’État.
Élargir l’assiette fiscale sans surestimer les recettes
Le ministre a aussi mis en garde contre des recettes surestimées. Elles peuvent, a-t-il averti, entraîner des tensions de trésorerie, de nouveaux arriérés et, en fin de compte, un alourdissement de la dette.
« En matière de mobilisation des ressources, le gouvernement poursuivra les réformes destinées à élargir l’assiette fiscale, à rationaliser les dépenses fiscales, à renforcer la digitalisation des administrations fiscales et douanières et à améliorer le recouvrement des recettes non fiscales », a-t-il annoncé.
Masse salariale et fonctionnement sous surveillance
Côté dépenses, la démarche privilégie la prudence et la rationalisation. « La masse salariale, les transferts et subventions, ainsi que les dépenses de fonctionnement, feront l’objet d’une vigilance renforcée », a prévenu Christian Yoka.
L’idée est de freiner la progression des charges courantes pour garder de quoi financer les investissements prioritaires. Le gouvernement veut aussi mieux gérer la trésorerie publique.
Un texte soumis à l’examen des parlementaires
Au terme de sa présentation, Christian Yoka a défendu un texte qui concilie les ambitions de développement du pays et le redressement durable de ses finances publiques. Il doit soutenir la transformation économique, les services sociaux essentiels, les infrastructures structurantes et la modernisation de l’administration.
Le projet traduit aussi, selon lui, la volonté de maîtriser les dépenses, d’améliorer la collecte des recettes et de réduire progressivement les risques liés à l’endettement. Il est désormais soumis à l’examen des parlementaires, avant son adoption conformément à la procédure législative.
