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    Accueil»Économie»Guinée-Bissau: 5,1 % de croissance, 2 % d’inflation, la sobriété miracle ?
    Économie

    Guinée-Bissau: 5,1 % de croissance, 2 % d’inflation, la sobriété miracle ?

    Publié par Jean Dupont02/07/2025
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    Un nouveau cycle d’optimisme prudent

    Le communiqué diffusé le 1er juillet par le Fonds monétaire international annonce un horizon que bien des capitales d’Afrique de l’Ouest scrutent avec envie : la Guinée-Bissau devrait atteindre 5,1 % de progression de son produit intérieur brut en 2025, tout en contenant la poussée inflationniste à seulement 2 %. L’institution de Bretton Woods qualifie la trajectoire de « robuste, mais dépendante d’efforts constants de consolidation » (FMI, 2024). À Bissau, les acteurs économiques soulignent déjà la portée symbolique de ces chiffres : ils signent le retour à une normalité macroéconomique après les turbulences sanitaires et géopolitiques ayant marqué le précédent quinquennat.

    Le socle des exportations d’anacarde et de bauxite

    La première explication du regain conjoncturel se trouve dans l’excellente tenue des exportations d’anacarde, dont la filière pèse près de 90 % des recettes extérieures. Les contrats négociés avec l’Inde et le Vietnam ont sécurisé des volumes d’achat à prix plancher, atténuant la volatilité des marchés agro-alimentaires. Parallèlement, l’exploitation naissante de bauxite dans le corridor de Boé, financée par un consortium luso-asiatique, doit quadrupler la capacité d’exportation de minerai d’ici à deux ans. Ce duo agro-minier, soigneusement assorti à la politique de diversification préconisée par la Banque mondiale, crée un matelas de devises qui alimente la confiance des bailleurs.

    Investissements publics et partenariats extérieurs

    Sur le plan intérieur, le gouvernement a fait le choix d’un programme d’investissements ciblés de 310 millions USD, prioritairement orientés vers la modernisation du port de Bissau, la réhabilitation d’axes routiers ruraux et l’électrification décentralisée. L’Agence française de développement et la Banque ouest-africaine de développement ont structuré des lignes de crédit concessionnelles afin de réduire la charge de la dette publique, aujourd’hui contenue sous la barre des 60 % du PIB, un seuil salué par le FMI comme « soutenable et propice à la réactivité budgétaire ».

    Stabilité des prix et crédibilité monétaire

    Le taux d’inflation attendu à 2 % s’explique par l’ancrage de la Guinée-Bissau dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine. La parité fixe du franc CFA à l’euro met le pays à l’abri de dépréciations compétitives, mais impose une discipline budgétaire. Le Trésor a ainsi limité les avances statutaires auprès de la Banque centrale, tandis qu’une campagne de communication a encouragé le recours au mobile money pour absorber les poches de surliquidité informelle. Ces mesures, techniquement modestes, renforcent la crédibilité monétaire d’un État longtemps affecté par l’instabilité politique.

    Des risques géopolitiques modérés mais réels

    Le FMI insiste néanmoins sur la fragilité d’un modèle largement tributaire des cours internationaux et des flux d’aide. Tout choc exogène — flambée des prix énergétiques, ralentissement chinois ou recrudescence des tensions dans le Sahel — pourrait éroder la marge de manœuvre fiscale. L’amiral-président Umaro Sissoco Embaló, conscient de cette épée de Damoclès, a récemment confié à la presse vouloir « préserver l’espace budgétaire en freinant les dépenses non prioritaires ». La réussite du pacte social dépendra donc de l’efficacité du filet de sécurité mis en place avec l’UE pour soutenir les revenus des petits producteurs d’anacarde.

    Le regard de Brazzaville : convergences régionales

    Depuis Brazzaville, plusieurs diplomates soulignent que la trajectoire bissau-guinéenne, malgré une base économique plus modeste, offre des parallèles intéressants avec les réformes entreprises par la République du Congo. Les deux pays partagent la conviction que la diversification sectorielle et l’équilibre macroéconomique sont des pivots de souveraineté économique. Dans les cercles économiques congolais, on salue « l’effort de restauration de la crédibilité budgétaire » accompli à Bissau, jugé complémentaire aux initiatives d’intégration sous-régionale auxquelles le président Denis Sassou Nguesso apporte régulièrement son soutien diplomatique. L’essor de corridors logistiques transversaux, allant du golfe de Guinée à l’Atlantique, pourrait renforcer l’interdépendance positive entre les deux rives.

    Cap sur 2025 et au-delà

    Le pari de la Guinée-Bissau est clair : convertir une embellie statistique en transformation structurelle. Si les prévisions du FMI se réalisent, le pays disposerait d’un environnement macroéconomique suffisamment stable pour approfondir les réformes de gouvernance, sécuriser la chaîne des valeurs agricoles et ancrer l’État de droit. L’enjeu consiste désormais à créer un cercle vertueux dans lequel la croissance finance l’inclusion sociale et la stabilité politique attire de nouveaux capitaux, y compris de partenaires africains désireux de mutualiser les atouts logistiques régionaux. La feuille de route reste exigeante mais l’horizon 2025 offre un terrain d’expérimentation où la sobriété budgétaire pourrait, exceptionnellement, rimer avec miracle économique.

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