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    Culture

    Brazzaville vibre: FESPAM 2025 déjoue les pronostics

    Publié par Jean Mabiala20/07/2025
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    Sous l’égide présidentielle, un festival résilient

    À Brazzaville, la douzième édition du Festival panafricain de musique a résonné comme un écho d’optimisme dans un contexte macro-économique contraint. Présidée par Denis Sassou Nguesso, la cérémonie inaugurale du 19 juillet 2025 a réuni un corps diplomatique dense, des représentants d’organisations multilatérales et une foule de passionnés. L’hôte de la soirée, s’adressant à la tribune, a rappelé que « la culture n’est pas un luxe, mais la sève qui irrigue l’avenir de nos nations ». Cette phrase, reprise par plusieurs médias régionaux, illustre la volonté de l’exécutif de faire de la culture un levier stratégique de sortie de crise.

    La mobilisation présidentielle a renforcé la crédibilité du festival auprès des partenaires. Elle a également offert une vitrine à une politique publique qui, malgré la contraction budgétaire internationale, maintient son cap sur l’investissement humain et identitaire. Dans les couloirs du Palais des congrès, un diplomate ouest-africain glissait que « la continuité institutionnelle congolais e rassure les bailleurs », soulignant l’intérêt technique et politique suscité par cette persévérance culturelle.

    Brazzaville, carrefour symbolique de l’unité africaine

    Érigée à proximité du fleuve Congo, la capitale a de nouveau assumé son rôle de plaque tournante de la diplomatie continentale, trois décennies après la première édition du FESPAM. L’inclusion d’ensembles venus de plus de vingt-cinq États africains dessine une cartographie culturelle où se rencontrent bantous, mandingues, nilotiques et swahiliphones. L’unité, notion répandue dans les discours officiels, s’est matérialisée sur scène par des collaborations inédites : un chœur sud-africain a ainsi entonné un chant zoulou accompagné de percussions peules, symbolisant la fluidité transfrontalière des patrimoines immatériels.

    Pour Fatoumata Barry Marega, représentante résidente de l’UNESCO, « Brazzaville donne corps à l’idéal panafricain inscrit dans la Charte de l’organisation ». Cette affirmation renvoie à la doctrine du multilatéralisme culturel, selon laquelle la circulation des artistes consolide la solidarité politique. Dans une conjoncture géopolitique marquée par des foyers de tension au Sahel comme dans la Corne de l’Afrique, le FESPAM s’est posé en havre symbolique de stabilité.

    Alliage de traditions et d’innovations scéniques

    La soirée d’ouverture a offert un panorama de formes esthétiques allant de la danse rituelle à la fusion électro-afrobeat. Les tambours sacrés du groupe Nzango Ensemble ont dialogué avec les syncopes numériques d’AfroBeat Connection, rappelant que la modernité africaine ne procède pas d’une rupture, mais d’une continuité créative. Cet éclectisme maîtrisé répond à l’ambition annoncée par la ministre de l’Industrie culturelle, Marie-France Lydie Hélène Pongault, de « valoriser les racines tout en investissant l’économie numérique ».

    Dans les gradins, diplomates et directeurs de centres culturels européens notaient la qualité technique de la scénographie, fruit d’un partenariat public-privé qui a permis d’actualiser les infrastructures tout en privilégiant la main-d’œuvre locale. L’approche a généré un transfert de compétences salué par l’Agence française de développement, partenaire discret mais constant du secteur culturel congolais.

    Levée des défis financiers par la diplomatie culturelle

    Si les contraintes budgétaires étaient sur toutes les lèvres en amont du festival, la question a trouvé une réponse pragmatique. Le comité d’organisation a mobilisé une ingénierie financière mêlant crédits publics, mécénat d’entreprise et fonds régionaux. Cette hybridation, loin d’être anecdotique, témoigne d’une évolution des pratiques de gouvernance culturelle en Afrique centrale. Un responsable du ministère des Finances confie que « le FESPAM sert de laboratoire à de nouveaux modèles de coproduction que nous pourrions appliquer au cinéma et au patrimoine bâti ».

    La Banque de développement des États de l’Afrique centrale a de son côté salué un projet « éligible à la diplomatie de la croissance partagée ». Par cette formule, l’institution pointe l’impact socio-économique attendu : emplois temporaires, flux touristiques et accroissement de la visibilité internationale du Congo. Les retombées, bien que difficiles à quantifier instantanément, constituent des indicateurs d’influence douce pour le gouvernement.

    Un vecteur soft power pour le Congo et l’Union africaine

    Le FESPAM ne se réduit pas à un événement festif ; il fonctionne comme un outil de soft power. À l’heure où la concurrence d’influence s’intensifie sur le continent, notamment de la part d’acteurs extra-africains, Brazzaville consolide sa position en orchestrant ce rendez-vous de référence. Le secrétaire de la Commission de l’Union africaine, présent à la cérémonie, a salué « la valeur fédératrice d’un festival qui parle à toutes les générations ». Au-delà des déclarations d’usage, cette reconnaissance renforce le leadership congolais sur les dossiers culturels continentaux.

    Dans la sphère diplomatique, la musique s’impose comme un langage universel capable de dépasser les barrières linguistiques et idéologiques. Le Congo, en misant sur cette variable intangible, projette l’image d’un État pivot, stable et ouvert. Par ricochet, la stratégie contribue à diversifier les partenariats, notamment en Asie et en Amérique latine, où les productions artistiques africaines rencontrent un public croissant.

    Perspectives post-festival : héritage et développement

    Alors que les projecteurs commencent déjà à se tourner vers l’édition 2027, les organisateurs ont inscrit dans la feuille de route un programme de formation itinérante. Des ateliers de lutherie, de management culturel et de production numérique circuleront entre Pointe-Noire, Oyo et Dolisie, capitalisant sur la dynamique actuelle. L’objectif est de pérenniser l’élan en consolidant un tissu professionnel susceptible d’exporter savoir-faire et créations.

    Sur le plan diplomatique, cette projection à long terme se veut un signal de continuité. Elle s’inscrit dans la vision gouvernementale de diversification économique et de rayonnement international. En refermant le rideau, Denis Sassou Nguesso a réaffirmé l’engagement de l’État : « Le Congo continuera de faire résonner la voix de l’Afrique, au-delà de nos frontières et des conjonctures ». La formule grave la promesse d’un héritage où la culture, loin d’être adjuvante, constitue un pilier stratégique du développement.

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