Le Conseil supérieur de la liberté de communication a réuni ses membres à Brazzaville du 31 août au 1er septembre 2026. Au programme de cette deuxième session ordinaire : les dossiers courants de la régulation et le bilan à mi-parcours de son président, Médard Milandou Nsonga.
Deux jours de travaux ouverts au ministère de la Justice
C’est la salle des conférences du ministère de la Justice qui a accueilli, le 31 août, l’ouverture officielle des travaux. Médard Milandou, président du CSLC, a présidé la cérémonie devant un parterre d’acteurs institutionnels et de professionnels du secteur.
L’assistance réunissait des responsables d’institutions constitutionnelles, des dirigeants d’organes de presse et des représentants d’associations actives dans l’information et la communication. Journalistes, hauts conseillers et collaborateurs de l’institution complétaient une salle inhabituellement fournie pour une session de travail.
Deux jours durant, les conseillers devaient examiner les dossiers inscrits à l’ordre du jour, puis dégager des orientations. L’objectif affiché tient en une formule : un secteur de la communication mieux organisé et plus responsable.
Un paysage médiatique bousculé par le numérique
La session s’ouvre dans un contexte que personne, au Congo, ne songe à minimiser. L’essor du numérique redessine les usages, multiplie les canaux de diffusion et brouille la frontière entre information vérifiée et contenu spontané.
D’où l’insistance du CSLC sur le renforcement des mécanismes d’encadrement. L’exercice reste délicat : encadrer sans étouffer, puisque l’institution tire précisément sa légitimité de la protection de la liberté de communication.
Médard Milandou a rappelé l’engagement du Conseil à traiter les affaires médiatiques dans le strict respect des cadres législatifs et réglementaires en vigueur. Une manière de border par avance les décisions à venir.
Un an de mandat du CSLC passé au crible
Le président du CSLC a profité de la session pour livrer un bilan à mi-parcours, décompté depuis sa prise de fonction le 13 août 2025. Un exercice assez rare pour une autorité de régulation, souvent avare de comptes rendus publics.
Premier volet : le contact direct avec les rédactions. Le Conseil s’est déplacé dans des organes de presse à Pointe-Noire et à Brazzaville, et a installé un dialogue suivi avec les associations du secteur de la communication.
Cette proximité sert d’abord, selon l’institution, la protection de la liberté de la presse. Elle offre aussi aux régulateurs un contact direct avec les réalités des rédactions, loin des seuls échanges institutionnels de couloir.
L’intelligence artificielle invitée dans les formations
Le volet formation a mobilisé des partenaires extérieurs. Avec l’UNESCO, le Centre des Nations unies pour les droits de l’homme en Afrique centrale et l’ARPCE, le CSLC a organisé des séminaires professionnels dans les deux principales villes du pays.
L’un des thèmes retenus dit assez l’époque : « l’importance de l’intelligence artificielle dans le journalisme ». Le sujet entre ainsi dans l’agenda de la régulation congolaise par la voie de la formation, plutôt que par celle de la sanction.
Une médiation politique avant la présidentielle
Le chapitre le plus sensible du bilan concerne la séquence préélectorale du début d’année. Des représentants du Conseil ont rencontré les principales plateformes politiques, celles de la majorité comme celles de l’opposition.
Ces échanges visaient à évaluer le climat politique autour du scrutin présidentiel, à la mi-mars. Médard Milandou estime que ce travail a permis d’« influencer positivement… la décrispation du climat politique ».
La formule est prudente, et le président du CSLC ne revendique pas davantage. Elle situe néanmoins l’institution au-delà de son cœur de métier, dans un rôle de facilitateur entre acteurs politiques et espace médiatique.
Des missions à l’étranger contre la désinformation
La coopération régionale et internationale a occupé une part notable de l’année écoulée. Médard Milandou Nsonga a conduit des missions au Tchad, au Maroc, en France, en Côte d’Ivoire et à Kinshasa.
Objectif annoncé : établir des cadres réglementaires face à des dérives qui ignorent les frontières, en particulier « la désinformation, la diffamation, les outrages » qui prospèrent sur les réseaux sociaux.
Le choix des destinations n’est pas anodin. Il associe un voisin d’Afrique centrale, des partenaires francophones du continent et l’Europe, autour d’une même interrogation : que peut encore réguler une autorité nationale sur des plateformes mondiales ?
Le fonds de soutien à la presse en chantier
Dernier volet, plus concret pour les rédactions : le fonds de soutien à la presse. Le CSLC a pris part à la définition des critères d’éligibilité et des mécanismes de répartition de cette enveloppe.
Ce travail s’est mené aux côtés des responsables du Parlement et du ministère de la Communication. Le sujet est attendu par les professionnels, les règles d’attribution déterminant qui pourra prétendre à ce soutien public.
Des orientations attendues à l’issue des travaux
À la clôture, le 1er septembre, les conseillers devaient avoir examiné les dossiers inscrits et arrêté leurs orientations. La cérémonie d’ouverture n’avait pas détaillé la liste des points soumis à leur appréciation.
Reste l’essentiel, pour un régulateur : la portée réelle de ses décisions. Entre visites de terrain, formations et diplomatie institutionnelle, le CSLC a posé des jalons dont la traduction dans le quotidien des rédactions congolaises se jugera sur la durée.
