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    Accueil»Culture»Fespam: Brazzaville fait danser la géopolitique
    Culture

    Fespam: Brazzaville fait danser la géopolitique

    Publié par Jean Mabiala20/07/2025
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    Brazzaville, carrefour culturel panafricain

    Il est un peu plus de vingt heures dans la douce chaleur de juillet lorsque le président Denis Sassou Nguesso, d’un geste à la fois solennel et affable, déclare ouverte la douzième édition du Festival panafricain de musique. Ce simple énoncé, « Que la fête commence et qu’elle soit belle », résonne comme une note inaugurale qui dépasse les frontières de la capitale congolaise. À cet instant, Brazzaville se projette en véritable carrefour culturel, nouant un dialogue symbolique entre la tradition millénaire des tambours bantous et les exigences d’une scène mondiale toujours plus connectée.

    Une diplomatie douce au rythme des tambours

    Depuis sa création en 1995, le Fespam s’est imposé comme l’un des outils les plus affûtés de la diplomatie culturelle congolaise. Le gouvernement le conçoit désormais comme un relais de sa politique d’influence, articulé autour d’une “soft power” musicale capable de fédérer quatorze délégations africaines et latino-américaines. Sous les ors du Palais des congrès, les voix wolof côtoient les guitares mandingues et les polyphonies kongo, créant un espace de négociation informelle où artistes, décideurs publics et partenaires privés échangent partitions et cartes de visite avec la même ardeur.

    La jeunesse congolaise au cœur de la stratégie

    « Le renouveau passe par la jeunesse », martèle la ministre Marie-France Lydie Hélène Pongault, qui voit dans le Fespam un laboratoire d’émancipation pour une génération avide de reconnaissance artistique et professionnelle. Sur les scènes de Mayanga et de Kintélé, les slameurs urbains succèdent aux ensembles de rumba patrimoniale, illustrant la capacité de la République du Congo à conjuguer héritage et modernité. La programmation privilégie les talents locaux, soutenus par un réseau d’incubateurs culturels qui mise sur la formation, l’accès au financement et la structuration d’un marché intérieur encore friable mais prometteur.

    Industries créatives et opportunités économiques

    Choisi pour thème « Musique et enjeux économiques en Afrique à l’ère du numérique », le festival inscrit ses concerts dans une réflexion plus large sur la monétisation des contenus culturels. Les panels du symposium s’attachent à démontrer que la musique exportée peut devenir un vecteur significatif de diversification économique. Selon des données préliminaires présentées par le commissariat général, la précédente édition a généré plus de trois milliards de francs CFA de retombées directes, un chiffre que les organisateurs espèrent dépasser grâce aux nouveaux partenariats signés avec des plateformes de streaming et des sponsors bancaires.

    Le numérique, nouvel instrument de souveraineté

    Les débats ont souligné combien la généralisation de la consommation dématérialisée pouvait repositionner les artistes congolais dans les chaînes de valeur internationales. Des start-up locales dévoilent des solutions de traçabilité des œuvres fondées sur la blockchain, tandis que le ministère des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique encourage la création d’un entrepôt national de données culturelles. L’ambition est claire : garantir aux créateurs une rémunération équitable tout en conservant, sur le territoire, les métadonnées stratégiques qui définissent l’identité sonore congolaise.

    Regard régional et participation internationale

    Le voisinage diplomatique n’a pas été en reste. La présence de délégations venues de République démocratique du Congo, du Sénégal ou encore du Mali illustre la volonté de Brazzaville d’entretenir des liens de confiance dans une Afrique centrale soucieuse de stabilité. Dans les couloirs feutrés du festival, on a notamment vu de hauts fonctionnaires échanger sur la création d’un passeport culturel commun, projet cher à l’Union africaine et porteur d’une mobilité accrue pour les artistes du continent. Cette dynamique d’intégration trouve un relais inattendu avec la participation du Venezuela, signe que le Fespam s’accommode d’un tropisme Sud-Sud durable.

    Perspectives post-festival

    Alors que les dernières notes s’élèveront d’ici quelques jours au-dessus du fleuve Congo, la question de l’héritage retient déjà l’attention. Le gouvernement entend capitaliser sur la visibilité offerte par le Fespam pour accélérer la mise en œuvre du Fonds national pour la culture et les arts, instrument financier appelé à pérenniser l’élan créatif observé cette semaine. Dans les travées du Palais des congrès, les discussions convergent vers l’idée qu’une politique culturelle ambitieuse ne peut se concevoir sans infrastructures de qualité : salles de spectacle modernisées, écoles de musique spécialisées et plateformes numériques résilientes. Le pari est audacieux, mais la ferveur qui anime cette douzième édition laisse entrevoir un horizon où la République du Congo consolide son rôle de chef d’orchestre d’une Afrique qui revendique, haut et fort, le droit de fixer elle-même le tempo de sa modernité.

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