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    Économie

    Portefeuille public: pourquoi les chiffres doivent parler

    Publié par Jean Dupont22/09/2025
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    Des chiffres fiables pour un pilotage national

    Réuni à Brazzaville autour d’un atelier inédit, le ministère des Finances a rappelé aux sociétés d’État qu’aucune stratégie économique solide ne peut s’établir sans chiffres fiables. L’événement, clos le week-end dernier, a réuni directeurs généraux, experts et régulateurs.

    Sous le thème « Importance des données financières des EEPS dans la gestion de la dette et du portefeuille public », la rencontre a posé les bases d’une vaste opération d’harmonisation statistique, attendue depuis plusieurs exercices par la communauté financière nationale.

    La directrice générale du Portefeuille public, Karine Emma N’Guesso Mouandé, résume l’enjeu : connecter l’ensemble des flux comptables des entreprises étatiques afin d’obtenir une image consolidée et exploitable en temps quasi réel.

    Jusqu’ici, les bilans parvenaient souvent tardivement, sous des formats hétérogènes, rendant complexe toute lecture agrégée de la dette para-publique. L’atelier souhaite inverser cette tendance et instaurer une culture de reporting rigoureux et mensuel.

    Anticiper les risques budgétaires

    Selon le directeur général de la Caisse congolaise d’amortissement, Marie-Ghislain Yebas Mandelo, disposer de statistiques normalisées permettra d’identifier précocement les dettes implicites portant sur les entreprises publiques et, partant, de calibrer leur prise en charge dans le budget de l’État.

    Nous devons anticiper le remboursement de ces engagements au même titre que celui de la dette souveraine, a-t-il insisté, soulignant que la fiabilité de l’information financière influence directement la signature du Trésor sur les marchés régionaux.

    Les économistes présents rappellent que la dette des établissements et entreprises publics pouvait constituer jusqu’à un quart des risques budgétaires cachés en Afrique centrale, lorsque les flux ne sont pas retracés systématiquement dans la statistique officielle.

    Le Congo veut ainsi rejoindre les standards internationaux promus par le FMI et la Banque mondiale, qui recommandent la publication ouverte d’indicateurs couvrant l’ensemble du secteur public élargi.

    Une plateforme numérique annoncée

    Pour fluidifier la remontée des états financiers, le ministère prépare une plateforme numérique d’enregistrement. L’outil permettra aux sociétés d’importer bilans, comptes, annexes et plans de trésorerie via un formulaire unique, sécurisé et interfacé avec le Trésor.

    Les tests techniques menés ces dernières semaines ont montré une réduction de moitié des délais de transmission, selon la cellule informatique du ministère des Finances. L’ouverture officielle est évoquée pour le troisième trimestre, sous réserve de validation réglementaire.

    Chaque entreprise recevra un identifiant unique. Une fois les pièces versées, un algorithme vérifiera la cohérence des totaux et générera un tableau de bord dynamique, accessible aux administrations partenaires et aux dirigeants eux-mêmes pour un suivi quotidien.

    Cette modernisation s’inscrit dans la stratégie Congo Digital 2025, destinée à accélérer la dématérialisation des services publics, réduire les coûts administratifs et renforcer la transparence perçue par les investisseurs institutionnels.

    Réactions des acteurs clés

    Présidant les travaux, le directeur de cabinet du ministre des Finances, Paul Malié, a salué une démarche qui, dit-il, répond au besoin « d’une vision claire et précise des finances publiques ». Il annonce une réunion privée imminente avec le comité scientifique.

    Ce groupe d’experts aura pour mission d’élaborer un calendrier serré de reporting, de suivre la formation des référents comptables et d’émettre des recommandations sur la qualité des données avant leur intégration finale.

    Les dirigeants d’entreprises publiques présents ont exprimé leur adhésion de principe, soulignant toutefois la nécessité d’un accompagnement technique, notamment pour celles situées hors de Brazzaville et de Pointe-Noire où la connectivité reste parfois instable.

    La Fédération des télécoms assure travailler avec l’Agence nationale des infrastructures numériques pour sécuriser des liens dédiés sur fibre optique, capables de soutenir les transmissions comptables volumineuses exigées par la nouvelle procédure.

    Feuille de route et impacts attendus

    À court terme, les données agrégées serviront à mettre à jour le cadrage macroéconomique annexé à la loi de finances 2025, garantissant une meilleure prévisibilité des charges d’intérêt et des besoins de trésorerie.

    Plus largement, l’initiative devrait renforcer la notation financière du pays et encourager les partenariats public-privé, rassurés par la visibilité nouvelle sur la santé des entreprises avec lesquelles ils co-investissent.

    D’ici là, les responsables d’établissements publics sont invités à actualiser leurs procédures internes afin d’aligner leurs systèmes comptables sur les normes Syscohada révisées, condition préalable à une transmission fluide vers la plateforme.

    En créant un pont numérique direct entre entreprises, régulateurs et trésor public, le Congo entérine une étape supplémentaire vers une gouvernance économique modernisée, où la décision politique se nourrira de chiffres consolidés et non d’estimations partielles.

    Un premier état des lieux est attendu début novembre, date à laquelle chaque société devra avoir transmis au moins trois années d’historique et un plan de trésorerie actualisé, permettant d’éclairer l’élaboration du budget 2026.

    La réussite du projet reposera enfin sur la volonté de chaque dirigeant de bâtir une culture de reddition de comptes. Comme le rappelle Paul Malié, « la transparence dépend avant tout de la qualité de l’information ».

    données financières entreprises publiques Karine Emma N’Guesso Mouandé Marie-Ghislain Yebas Mandelo Paul Malié
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