Le Salon de l’information, de la communication et des médias a distingué Jean-Paul Pigasse à titre posthume. Au-delà de l’hommage, un panel a posé la question de l’avenir des Dépêches de Brazzaville, quotidien fondé en 1998.
Une attestation d’icône remise à l’ouverture du Sicom
L’ouverture du Salon de l’information, de la communication et des médias s’est tenue le 17 septembre à Brazzaville, en présence du Premier ministre Anatole Collinet Makosso. Parmi les figures distinguées ce jour-là figurait Jean-Paul Pigasse, feu président directeur général de l’Agence d’information d’Afrique centrale.
L’attestation d’icône de la presse lui a été décernée à titre posthume. Les organisateurs ont salué une carrière exemplaire, un parcours exceptionnel, un engagement constant au service de l’information et un apport remarquable au rayonnement de la profession journalistique en République du Congo.
Le fondateur des Dépêches de Brazzaville est mort le 11 juillet 2026. Deux mois plus tard, la profession inscrit son nom parmi les références de la presse nationale.
Une révolution de la presse saluée par Émile Gankama
« Jean-Paul Pigasse, en tant que journaliste de renom, est celui qui a révolutionné dans une certaine manière la presse chez nous, avec le quotidien Les Dépêches de Brazzaville », a reconnu Émile Gankama, directeur des rédactions du journal.
Le même responsable a rappelé la dimension culturelle de ce parcours. Homme de culture, Jean-Paul Pigasse a fait la promotion de plusieurs écrivains congolais avec la librairie Les Manguiers, où chacun peut présenter son livre.
Il a également cité la galerie musée du Bassin du Congo, qui continue de recevoir des visiteurs. « De ce point de vue sur la presse en général, Jean-Paul a été un acteur majeur et le salon a bien fait de le récompenser », a-t-il ajouté.
Des voix des années 1980 à 2000 également primées
Le salon n’a pas distingué qu’un seul nom. Plusieurs journalistes et personnalités ayant marqué la presse congolaise entre les années 1980, 1990 et 2000 ont été primés au cours de la même cérémonie.
Parmi eux figurent Joseph Bitala-Bitemo, Marie-Jeanne Kouloumbou, Jean-Claude Kakou et Jean Obambi, de Télé Congo. Radio Congo était représentée par Adrien Wayi, Rose Toyo et Joseph Pambou, tandis que Joseph Gabio a servi la radio comme la télévision.
La presse écrite n’a pas été oubliée, avec Bernard Mackiza, de la Semaine africaine, et Asie Dominique de Marseille, du Choc. Cette liste dessine en creux la mémoire d’un secteur qui se raconte rarement lui-même.
Les Dépêches de Brazzaville, un titre né de l’après-guerre de 1997
Un panel du salon a été consacré au parcours de Jean-Paul Pigasse et à son apport au secteur des médias. Pour les intervenants, comprendre les Dépêches de Brazzaville suppose de revenir au contexte de l’après-guerre de 1997.
Le pays sortait alors d’une période de crise et son paysage médiatique était fortement fragilisé. Jean-Paul Pigasse arrive avec l’ambition de renforcer la diffusion de l’information sur le Congo à l’international.
Le dispositif devait mieux faire connaître la situation du pays et rassurer les investisseurs. Créées en 1998, les Dépêches de Brazzaville ont ensuite accompagné plusieurs étapes de l’histoire récente et se sont durablement installées dans le paysage national.
Un héritage qui dépasse les pages du quotidien
Pour les panélistes, cet héritage ne se limite pas à la création d’un journal. Il comprend aussi des professionnels formés au sein de ses rédactions, une culture du métier et plusieurs décennies de production journalistique.
« L’équipe que Jean-Paul Pigasse a formée et laissée est toujours là. Son souhait était de transmettre un savoir-faire et une vision du métier », a relevé Émile Gankama.
« Aujourd’hui, l’enjeu est de faire perdurer cette œuvre et cet héritage. Cela nécessite l’engagement et l’accompagnement de tous afin que ce qui a été construit puisse continuer à vivre et à se développer », a-t-il poursuivi.
Vers une reconnaissance comme patrimoine national
Au cours des échanges, l’idée de considérer les Dépêches de Brazzaville comme un patrimoine national a été avancée. Elle s’accompagne d’un appel à l’implication des pouvoirs publics pour accompagner le quotidien et contribuer à sa pérennité.
La proposition intervient dans un contexte tendu. La presse congolaise reste confrontée à des difficultés économiques et structurelles, les coûts de production, d’impression et de distribution constituant des défis importants pour les entreprises du secteur.
L’imprimerie fermée, symbole des fragilités du secteur
Le modérateur du panel, Joachim Mbanza, journaliste et fondateur de L’Horizon Africain, a évoqué la fermeture de l’imprimerie des Dépêches de Brazzaville. L’exemple rappelle les difficultés auxquelles peuvent être confrontés les organes de presse et leurs outils de production.
Il a aussi souligné la nécessité de préserver les titres qui ont marqué l’histoire médiatique du pays.
Le souvenir d’un patron exigeant et à l’écoute
Les témoignages ont permis de revenir sur la personnalité du fondateur et sa conception du journalisme. Émile Gankama a évoqué son engagement, son expérience et son rôle dans la construction d’une entreprise de presse devenue un acteur majeur du paysage congolais.
Adrien Wayi garde, lui, le souvenir d’un patron exigeant, attaché à la rigueur professionnelle, mais aussi à l’écoute de ses collaborateurs. « C’était quelqu’un qui avait le sens de l’écoute, qui avait aussi le respect des autres », a-t-il témoigné.
Une question d’avenir posée à toute la profession
L’hommage du Sicom aura ainsi dépassé le seul registre de la mémoire. Il pose une question d’avenir : comment garantir la continuité d’une œuvre médiatique construite sur près de trois décennies ?
La réflexion sur la reconnaissance des Dépêches de Brazzaville comme patrimoine national ouvre une piste pour préserver cet héritage et le transmettre aux générations futures. Reste à savoir quel écho elle trouvera auprès des pouvoirs publics.
