À Brazzaville, le vert, le jaune et le rouge se sont déployés sur plus de cent mètres. Derrière cette image, une idée : doter la République du Congo d’une journée officielle du drapeau et rapprocher la jeunesse d’un symbole d’État.
Cent mètres de vert, jaune et rouge à Brazzaville
La Ligue des anciens étudiants des universités russes a commémoré récemment, à Brazzaville, la date qui a fait du drapeau national un symbole de l’État. L’initiative a été menée avec les activistes du mouvement Avenir du Congo.
Le geste central de la commémoration tenait en une image : un drapeau de plus de cent mètres, déployé avec ses attributs vert, jaune et rouge. Une mise en scène simple, pensée pour frapper les regards et rappeler ce que ces couleurs portent.
Les organisateurs assument l’inspiration étrangère. À l’exemple de pays comme la Russie, ces diplômés ont voulu rendre hommage à l’un des principaux emblèmes de la fierté nationale née de l’indépendance du Congo.
Une journée du drapeau proposée aux pouvoirs publics
Au-delà du symbole, la démarche porte une demande précise. Les participants ont proposé aux pouvoirs publics d’instaurer une journée du drapeau de la République du Congo, c’est-à-dire un rendez-vous inscrit dans le calendrier national.
L’idée n’est pas neuve dans son principe : d’autres pays réservent une date à leur emblème, et la Russie, citée en exemple par les organisateurs, en fait partie. Le Congo n’en dispose pas encore, d’où la démarche engagée.
La proposition reste, à ce stade, une suggestion adressée aux autorités. Aucune suite officielle n’a été annoncée lors de la cérémonie. Mais l’argument avancé par ses promoteurs est moins institutionnel que pédagogique : transmettre.
Altes Ofoulou : « l’histoire de notre pays figée dans ses couleurs »
Représentant de la Ligue des anciens étudiants formés en Russie, Altes Ofoulou refuse de réduire le drapeau à un assemblage chromatique. Pour lui, chaque teinte raconte un fragment du pays, de sa géographie et de son passé.
« Il est l’histoire de notre pays figée dans ses couleurs : nos forêts et nos fleuves sans fin, le soleil chaleureux et l’or de l’amitié, ainsi que le sang des héros qui se sont battus pour notre liberté », a-t-il indiqué.
Il a appelé à ne pas considérer le drapeau comme un simple morceau de tissu. « Une journée du drapeau permettra à nos enfants de s’en souvenir et de pouvoir dire que le Congo, c’est nous », a souligné Altes Ofoulou.
La formule dit l’enjeu tel que le posent les organisateurs : faire du drapeau un objet d’appartenance plutôt qu’un décor officiel, et confier cette mémoire aux plus jeunes avant qu’elle ne se dilue.
L’étendard du serment, vu par un officier
Bienvenue Okouango, officier militaire formé lui aussi en Russie, a apporté un autre regard. Dans sa profession, a-t-il rappelé, le drapeau dépasse largement le statut de symbole de l’État : il engage physiquement ceux qui le suivent.
« C’est l’étendard sous lequel nous prêtons serment et partons au combat. Ces trois couleurs sont celles de notre sang, notre terre et notre liberté conquise dans la lutte contre l’oppression coloniale », a-t-il dit.
L’officier a promis de défendre la patrie et les citoyens, sans ménager ses forces. Un engagement formulé devant un public jeune, qui donne à la commémoration un accent plus grave que la seule célébration patriotique.
Sa prise de parole complète celle du représentant de la Ligue. Là où Altes Ofoulou parle de mémoire et de transmission, l’officier parle de serment et de devoir : deux façons de dire l’attachement aux trois couleurs.
Septembre 1959, l’acte de naissance du symbole
La date rappelée par les organisateurs renvoie à un moment précis. C’est le 18 août 1959 que l’Assemblée constituante du Congo a approuvé le projet du drapeau national, avant l’étape décisive de la reconnaissance officielle.
Dès septembre 1959, l’emblème a officiellement acquis le statut de symbole de l’État. Ce sont ces quelques semaines de 1959 que la commémoration organisée à Brazzaville a choisi de remettre en lumière.
Ce rappel chronologique n’est pas anodin pour un public majoritairement né bien après. Il replace le drapeau dans une séquence historique, approbation puis officialisation, plutôt que dans une évidence sans origine.
Un quiz d’histoire pour clore la commémoration
La cérémonie s’est achevée par une série de questions-réponses sur l’histoire du Congo. Un format volontairement ludique, qui a transformé l’auditoire en participants et testé, sur le vif, ce que les présents savaient du pays.
Les gagnants sont repartis avec des commémoratifs des drapeaux de la République du Congo. Une récompense cohérente avec le message de la journée : faire circuler l’emblème plutôt que le laisser aux seules façades administratives.
Ce que la proposition engage pour la jeunesse congolaise
Reste la question posée aux autorités. Instaurer une journée du drapeau supposerait une décision publique, un cadre et un calendrier, autant d’éléments qui n’ont pas été détaillés lors de la commémoration brazzavilloise.
En attendant, l’initiative aura au moins produit un précédent : une mobilisation née d’anciens étudiants formés à l’étranger et d’un mouvement citoyen, autour d’un symbole national, sans attendre l’initiative des pouvoirs publics.
Pour ses promoteurs, l’objectif tient en une phrase déjà entendue à Brazzaville : permettre aux enfants du pays de se souvenir, et de dire que le Congo, c’est eux. La suite appartient désormais aux pouvoirs publics.
