À Brazzaville, le retrait des anciennes pièces de monnaie émises entre 1958 et 1985 suscite incompréhension et inquiétude. À l’approche du 1er novembre 2026, commerçants et agents de transfert réclament davantage d’information à la BEAC, alors que l’échange restera possible pendant un an.
Des pièces de 1958 à 1985 bientôt sans cours légal
À un peu plus d’une semaine de l’échéance, une partie de la population brazzavilloise dit encore mal saisir ce qui l’attend. Les pièces mises en circulation entre 1958 et 1985 perdront leur cours légal à compter du 1er novembre 2026.
La décision est récente. Elle a été arrêtée le 7 octobre, à l’issue de la session ordinaire du Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac), l’instance chargée de définir les grandes orientations monétaires dans l’espace communautaire.
Perdre son cours légal, c’est cesser d’être un moyen de paiement que chacun est tenu d’accepter. Après la date fixée, ces anciennes gammes n’auront donc plus vocation à circuler dans les achats du quotidien, au marché comme dans les boutiques.
Sur le terrain, des refus qui coûtent cher
Le malaise est déjà perceptible. Lors d’un micro-trottoir réalisé le 21 octobre dans la capitale par l’Agence congolaise d’information (ACI), des commerçants ont déploré le manque d’information sur ces pièces. Certains disent essuyer des refus de clients, avec à la clé des pertes financières.
Briand Kombo, agent de Mobile Money, le constate dans son activité. « Quand des clients ignorants viennent pour faire des opérations, surtout quand il s’agit des retraits d’argent, quand tu leur remets des anciennes pièces de 500 francs, ils refusent sous prétexte qu’on ne les utilise plus », explique-t-il (ACI).
Pour lui, ces refus représentent « un manque à gagner ». La scène résume un paradoxe : les pièces concernées ont encore cours aujourd’hui, mais une partie du public les rejette déjà, comme si le retrait était effectif avant l’heure.
Un délai jugé trop court par certains
D’autres voix discutent le calendrier lui-même. Mme Judith, commerçante, estime que la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) devrait accorder davantage de temps avant le retrait définitif de ces pièces.
« Pour moi, ces pièces devraient perdre de la valeur en novembre de l’année prochaine. Le délai fixé est trop court », a-t-elle déclaré (ACI). Son souhait renvoie à une échéance située un an après celle retenue par les autorités monétaires.
Échanger ses pièces jusqu’au 31 octobre 2027
Pour les détenteurs, la fin du cours légal ne signifie pas que ces pièces deviennent aussitôt inutilisables. Dans un communiqué, la BEAC a fixé une période d’échange qui s’étend du 1er novembre 2026 au 31 octobre 2027.
Durant cette année, les anciennes pièces pourront être échangées contre celles des gammes de 2006 et de 2024. Les opérations se feront aux guichets de la BEAC, mais aussi dans les établissements de crédit et les institutions de microfinance.
Ce calendrier éclaire d’ailleurs la remarque de Mme Judith. Le mois de novembre 2027 qu’elle évoque coïncide, à quelques heures près, avec la fin de la période d’échange. Toute la nuance tient à la différence entre payer avec une pièce et pouvoir encore l’échanger.
Banques : pas toujours d’échange pièce contre pièce
Les modalités pratiques peuvent varier d’un établissement à l’autre. Le chef d’agence d’une banque de la place a ainsi précisé que son établissement ne procédera pas à des échanges pièce contre pièce.
Cette banque acceptera plutôt les versements effectués par ses clients avec les pièces des gammes concernées, pendant la période prévue. Pour un titulaire de compte, cela revient à déposer ses anciennes pièces sur son compte, plutôt qu’à repartir avec de la monnaie neuve en main.
Ce que les Brazzavillois peuvent faire dès maintenant
Jusqu’au 31 octobre, les pièces concernées conservent leur cours légal. À partir du 1er novembre, il faudra passer par les guichets habilités, pendant un an. Avant de se déplacer, mieux vaut demander à sa banque ou à son institution de microfinance comment elle traite ces pièces.
Le témoignage du chef d’agence montre en effet que tous les guichets ne fonctionneront pas forcément selon le même schéma. Pour les commerçants, la difficulté décrite par Briand Kombo tient, selon eux, d’abord au déficit d’information du public.
Une demande de pédagogie adressée à la BEAC
Le message porté par les personnes interrogées est sans ambiguïté : elles appellent la BEAC à renforcer la sensibilisation sur ce retrait. Aucune ne conteste ouvertement la démonétisation ; les critiques visent l’information et, pour certains, la brièveté du délai.
Entre la décision du 7 octobre et la perte du cours légal le 1er novembre, moins d’un mois se sera écoulé. La période d’échange d’un an laisse toutefois une marge à ceux qui n’auraient pas encore pris leurs dispositions.
