L’orthoprothésiste française Tatiana Niamayoua a passé au crible, le 17 août 2026, les structures de prise en charge du handicap à Brazzaville. Son constat mêle satisfaction et inquiétude : des services fonctionnent, mais le matériel fatigue et les consommables manquent.
Une tournée d’évaluation dans les centres de la capitale
La visite s’est déroulée peu après la remise à l’experte de l’ordre du mérite congolais. Sa mission ne relevait pas du protocole : il s’agissait d’évaluer les services orthopédiques de la capitale et de formuler des recommandations concrètes d’amélioration.
Ce format, celui d’un audit de terrain conduit par une praticienne du métier, change la nature du diagnostic. Ce ne sont pas des chiffres administratifs qui parlent, mais l’état réel des ateliers, des machines et des espaces de soins.
Un plateau technique qui tourne, avec des machines fatiguées
Au Centre national d’appareillage orthopédique, Tatiana Niamayoua a reconnu la présence d’équipements. « Le plateau technique est équipé, même si les appareils sont quelque peu vieillissants, mais c’est fonctionnel, c’est essentiel », a-t-elle déclaré (adiac-congo.com).
La nuance compte. Fonctionnel ne signifie pas suffisant. L’experte a insisté sur l’urgence d’une mise à niveau, en visant particulièrement les consommables et les équipements complémentaires, ces éléments discrets sans lesquels aucun appareillage ne sort d’un atelier.
Le retrait d’un partenaire historique pèse sur les livraisons
Le directeur du centre, le docteur Doctroyé Yvon Boumba Ibouanga, a confirmé ces difficultés opérationnelles. Il a évoqué des machines vieillissantes qui retardent la livraison d’appareils de qualité, un délai qui se traduit, côté patients, par une attente prolongée.
À cette usure du matériel s’ajoute une rupture de partenariat. La Fondation Willem Struijs, partenaire historique du centre, a cessé de fournir des consommables. Le responsable pointe là une source directe de tension sur l’activité quotidienne.
Former le personnel pour sortir de la dépendance
Au-delà des machines, l’experte a alerté sur un risque plus structurel : celui d’une dépendance excessive. Sa réponse tient dans la formation complète du personnel, condition d’une continuité du service lorsque les appuis extérieurs se retirent.
« Il faut établir un cadre pour que la structure ne repose pas sur une seule personne », a-t-elle plaidé. La formule vise une organisation capable de tenir sans homme providentiel, ni au sein du centre ni du côté des partenaires.
La rééducation fonctionnelle face à l’exiguïté
L’étape au Centre de rééducation fonctionnelle a livré un tableau plus sévère. Les conditions y ont été jugées insuffisantes, entre des espaces exigus et des équipements de kinésithérapie obsolètes, deux obstacles à une prise en charge suivie des patients.
La rééducation constitue pourtant le prolongement indispensable de l’appareillage. Un appareil bien conçu ne produit ses effets que si le patient bénéficie ensuite d’un accompagnement adapté, dans des locaux dimensionnés pour cette activité.
Un appui attendu du ministère de la Santé
Tatiana Niamayoua s’est engagée à collaborer avec le ministère de la Santé afin de renforcer les services existants. La démarche privilégie donc la consolidation de l’appareil de soins en place plutôt que la création de nouvelles structures.
Reste à transformer ce plaidoyer en décisions. L’approvisionnement en consommables, le renouvellement des machines et la formation des équipes forment les trois chantiers identifiés lors de cette tournée à Brazzaville.
