Depuis le début du mois de septembre 2026, les stations-service de Brazzaville sont de nouveau prises d’assaut. Le gasoil, puis le super, ont manqué tour à tour. Une syncope de plus, qui ramène au premier plan le monopole d’importation détenu par la Société nationale des pétroles du Congo.
Brazzaville renoue avec les longues files à la pompe
La scène est redevenue familière aux automobilistes de la capitale congolaise. Depuis le début de la semaine, la pénurie de carburant à la pompe sévit de nouveau à Brazzaville. Devant les stations-service, les files de véhicules s’allongent, comme à chaque épisode de tension.
Au samedi 5 septembre, l’attente restait la règle. La plupart des stations de la capitale patientaient encore avant d’être livrées, condition indispensable pour reprendre la vente. Une situation qui immobilise, de fait, une partie du parc automobile de la ville.
La crise n’a pas surgi du jour au lendemain. Elle s’est installée progressivement depuis les premiers jours de septembre, jusqu’à concerner la plupart des stations de la capitale, désormais suspendues au calendrier des livraisons.
Du gasoil au super, une pénurie qui se déplace
La séquence a suivi un enchaînement précis. La tension a d’abord frappé le gasoil. Un léger soulagement est intervenu de ce côté, avant que le super ne prenne le relais, déplaçant la pénurie d’un produit vers l’autre sans retour à la normale.
Ce glissement en dit long sur la nature du problème. Il ne s’agit pas d’un incident isolé sur un seul carburant, mais d’une chaîne d’approvisionnement dont les à-coups se répercutent successivement sur chaque produit vendu en station.
« Récurrente, la crise de carburant va et vient », observe le journaliste Jean-Clotaire Diatou dans L’Horizon africain. La formule résume un mal ancien : chaque accalmie est suivie d’une rechute, sans que le mécanisme de fond soit corrigé.
Un marché national de 60 millions de litres par mois
Le Congo consomme à peine 60 millions de litres de produits pétroliers par mois. Un volume modeste, qui n’immunise pourtant pas le pays contre les ruptures. La taille réduite du marché rend chaque retard de livraison immédiatement visible.
Selon le Premier ministre Anatole Collinet Makosso, la Congolaise de raffinerie (Coraf) couvre 60 % de ce besoin. Les 40 % restants sont importés, soit, rapporté au volume mensuel cité, de l’ordre de 24 millions de litres.
Cette dépendance à l’importation constitue le point faible du dispositif. Dès que les achats extérieurs se grippent, la production nationale ne suffit pas à absorber le choc, et les stations de Brazzaville se retrouvent en première ligne.
Le monopole d’importation de la SNPC en question
C’est sur cette part importée que se concentre le débat. La Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) conserve, de fait, le monopole de l’importation des produits pétroliers raffinés. Les crises cycliques ramènent donc invariablement la même interrogation.
Pour combler le déficit de la Coraf sur le marché national, qu’il s’agisse d’essence, de gasoil ou de kérosène, la SNPC recourt à des traders privés. Ces opérateurs sont mandatés pour réaliser les importations, sans agir librement sur le marché.
Un agrément à 45 millions de francs CFA
L’accès à l’importation reste étroitement encadré. Pour être autorisé, un trader privé doit obtenir un agrément d’une valeur de 45 millions de francs CFA et l’aval du ministère des Hydrocarbures. S’y ajoutent les taxes et redevances appliquées.
Cette barrière à l’entrée pèse sur l’équation économique des opérateurs. Le coût administratif s’additionne au coût d’achat du produit, bien avant que le carburant n’atteigne les cuves des stations de la capitale congolaise.
Des marketeurs privés perdants face au prix à la pompe
Le blocage se situe au bout de la chaîne. Rapportés au prix du carburant à la pompe, les marketeurs privés sont perdants. Importer leur coûte davantage que ce que la vente au détail leur permet de récupérer.
C’est précisément ce déséquilibre qui justifie l’intervention de l’État évoquée par Anatole Collinet Makosso dans son entretien accordé à Tsieleka TV. Sans mécanisme correcteur, les opérateurs privés n’ont guère d’intérêt économique à alimenter le marché national.
Une régulation de l’aval pétrolier appelée à lever le pied
La piste avancée tient en une formule. La régulation de l’aval pétrolier est appelée à lever le pied, pour permettre aux marketeurs privés de procéder aux importations et de rentrer dans leurs coûts, afin de soulager le marché national.
À ce prix seulement la crise de carburant pourrait être résorbée, avance le commentaire publié par L’Horizon africain. Un diagnostic qui déplace le débat de la seule logistique vers l’organisation même du secteur pétrolier aval.
Le précédent Hydro-Congo et les appels du FMI
L’argument n’est pas neuf. Le Fonds monétaire international appelle régulièrement à briser le monopole d’État pour libéraliser le secteur de la distribution. La recommandation revient avec une constance qui en dit long sur la difficulté du chantier.
Le pays dispose pourtant d’un précédent. Le monopole détenu autrefois par Hydro-Congo sur la distribution des produits pétroliers raffinés a été brisé. Cette ouverture est aujourd’hui citée comme le modèle d’une libéralisation possible, cette fois en amont.
En attendant, le quotidien des Brazzavillois reste rythmé par les livraisons. Tant que les stations patientent, la file d’attente demeure, pour l’automobiliste, l’indicateur le plus tangible de l’état réel de l’approvisionnement dans la capitale.
