Les trois cimentiers du Congo ont renoncé, pour l’heure, à relever leurs tarifs. Réunis le 19 août à Brazzaville avec la ministre du Commerce, Dangote, Sonocc et Forspak ont accepté de maintenir les prix homologués. Leur demande de hausse reste toutefois sur la table.
Un statu quo scellé le 19 août à Brazzaville
Le sac de ciment de 50 kilos continuera de se vendre 4 900 FCFA à Brazzaville. La décision est tombée à l’issue d’une rencontre organisée le 19 août dans la capitale, sous l’égide du ministère du Commerce, des Approvisionnements et de la Consommation.
Autour de la table, la ministre en charge du portefeuille, également chargée de la Zone de libre-échange continentale africaine, et les trois principaux producteurs installés dans le pays : Dangote, Sonocc et Forspak. Objectif affiché, préserver la grille tarifaire homologuée.
Le résultat tient en une ligne : aucun changement. Les industriels, qui réclamaient une révision à la hausse, ont accepté de s’en tenir aux tarifs en vigueur, au moins jusqu’à un nouvel examen du dossier.
Prix du ciment au Congo, une grille qui varie du sud au nord
Dans le détail, le consommateur paie 4 900 FCFA le sac de 50 kilos à Brazzaville et 4 700 FCFA à Pointe-Noire. L’écart se creuse en remontant vers le nord : à Ouesso, la même quantité atteint 5 500 FCFA.
Cette hiérarchie n’a rien d’arbitraire. Elle s’explique traditionnellement par l’éloignement entre les zones de consommation et les unités de production. Plus la distance à parcourir est grande, plus le sac s’alourdit à l’arrivée.
Le prix à la tonne, autre thermomètre du marché
Le barème en gros suit la même logique. La tonne se négocie 75 956 FCFA à Madingou, dans la Bouenza, et grimpe jusqu’à 105 956 FCFA à Ouesso, soit une trentaine de milliers de francs d’écart d’un bout à l’autre du pays.
Ces montants restent eux aussi figés. Pour les entreprises de construction, qui achètent rarement au sac, c’est cette ligne budgétaire qui compte vraiment dans le chiffrage d’un chantier.
Coûts de revient, l’argument avancé par les cimentiers
Les producteurs n’ont pas saisi le ministère sans motif. Ils invoquent l’évolution de leurs coûts de revient, c’est-à-dire l’ensemble des dépenses engagées pour sortir une tonne de ciment de l’usine et la livrer au distributeur.
L’homologation, elle, fixe un plafond que les industriels ne peuvent franchir librement. Le mécanisme protège le pouvoir d’achat, mais il suppose que l’administration réévalue périodiquement la grille au regard des conditions réelles d’exploitation.
D’où une tension récurrente entre deux logiques : celle d’un marché intérieur où le ciment reste un produit sensible, et celle d’opérateurs qui défendent leurs marges dans un secteur très capitalistique.
Une demande de hausse renvoyée au comité interministériel
La porte n’est pas fermée. Les cimentiers ont été invités à transmettre leurs justificatifs au ministère, pièces à l’appui, afin que leur requête soit instruite sur des bases chiffrées plutôt que sur une simple déclaration d’intention.
Ces éléments seront examinés lors d’un prochain comité interministériel. C’est cette instance, et non la seule réunion du 19 août, qui tranchera in fine sur une éventuelle révision des prix homologués.
Aucun calendrier n’a été communiqué à ce stade. Le statu quo doit donc se lire comme une pause dans la négociation, et non comme un verrou définitif posé sur les tarifs du ciment.
Ce que le maintien des prix change pour les chantiers
Pour les ménages qui construisent par étapes, méthode répandue à Brazzaville comme à Pointe-Noire, la stabilité du sac évite de revoir un budget déjà tendu. Le ciment pèse lourd dans la facture d’une dalle ou d’un mur.
Les artisans maçons et les petites entreprises du bâtiment y trouvent aussi une visibilité à court terme. Un devis établi cette semaine ne se retrouvera pas caduc au premier chargement livré sur le chantier.
Dans les localités du nord, en revanche, le maintien ne gomme pas le différentiel géographique. Ouesso continue de payer son éloignement, et c’est là que la question du transport demeure la plus vive.
Un dossier économique à suivre dans les prochaines semaines
La séquence dit quelque chose du mode de régulation retenu au Congo : la concertation directe entre l’État et les industriels, préférée à un ajustement automatique laissé aux seules forces du marché.
Reste à savoir ce que contiendront les justificatifs déposés par Dangote, Sonocc et Forspak, et quel arbitrage rendra le comité interministériel. Le résultat conditionnera le prix du sac dans les mois à venir.
En attendant, la règle demeure inchangée pour l’acheteur : le prix applicable est celui de la grille homologuée, telle qu’elle était pratiquée avant la rencontre du 19 août.
