Commerçantes, artisanes, productrices ou cheffes de petites entreprises : la conférence régionale « Sa Zlécaf pour l’Afrique centrale », ouverte mercredi 21 octobre à Brazzaville pour trois jours, vous concerne directement. Formalités, interlocuteurs, calendrier : voici ce qu’il faut retenir des annonces faites à l’ouverture.
Un rendez-vous régional de trois jours à Brazzaville
Le thème donne le ton : « Libérer le potentiel économique des femmes d’Afrique centrale pour accélérer la mise en œuvre inclusive de la Zlécaf ». Ministres, institutions régionales, partenaires au développement et entrepreneures de la sous-région y cherchent des réponses concrètes aux obstacles du commerce transfrontalier.
Représentant le président Denis Sassou Nguesso, le vice-Premier ministre Jean-Jacques Bouya a ouvert les travaux devant des délégations ministérielles venues notamment de République démocratique du Congo, d’Angola et de Guinée équatoriale.
Pour lui, libérer ce potentiel est « un choix stratégique, une condition essentielle à la réussite de l’intégration économique africaine ».
Formalités et règles d’origine : une clinique pour vos questions
C’est le volet le plus pratique de la rencontre. Selon la ministre du Commerce, des Approvisionnements et de la Consommation, chargée de la Zlécaf, Jacqueline Lydia Mikolo, une clinique d’information doit répondre aux questions sur les formalités, les règles d’origine et les exigences de qualité.
« Cette conférence régionale a pour objectif d’apporter des réponses précises sur les formalités à remplir, les exigences relatives aux règles d’origine à produire, les exigences de qualité à respecter et les interlocuteurs à contacter », a-t-elle indiqué.
Les comptes rendus de l’ouverture ne détaillent pas encore le contenu de ces règles. La ministre souhaite justement que chaque participant expose ses difficultés et reparte avec des indications claires, utilisables dans son activité.
Avant d’exporter, trois préalables
Jacqueline Lydia Mikolo a résumé la démarche de base. Une entreprise qui veut exporter doit pouvoir identifier un acheteur, calculer ses coûts et comprendre les conditions d’entrée sur le marché visé. Ce sont les trois points de départ qu’elle met en avant.
Exposants et rencontres d’affaires
Plus d’une soixantaine d’exposants venus de plusieurs pays d’Afrique centrale présentent leurs produits pendant la conférence. Des rencontres d’affaires sont également prévues pour favoriser de nouvelles collaborations entre entrepreneurs de la sous-région.
Le ministère signera par ailleurs des accords de partenariat avec des organisations de la société civile engagées auprès des femmes et des jeunes. « Chacun de ces projets mérite d’être écouté et accompagné avec sérieux », a estimé la ministre.
Les interlocuteurs à connaître
Côté congolais, la référence reste le ministère du Commerce, dont le portefeuille inclut la Zlécaf. Jacqueline Lydia Mikolo est aussi deuxième vice-présidente du bureau du Conseil des ministres de la Zlécaf.
À l’échelle continentale, le secrétaire général de la Zlécaf, Wamkele Mene, veut s’assurer que les femmes tirent pleinement profit du marché intra-africain. Le directeur du marché commun de la Communauté économique d’Afrique centrale, Jacob Kotcho, appelle à transformer leur créativité en richesse durable.
Le Pnud, représenté par Adam-Dian Barry, dit renforcer les capacités des institutions à préparer les entreprises, faciliter l’accès à l’information commerciale et aux financements, et rapprocher les acteurs. Il revendique plus de 65 000 PME soutenues depuis 2022, notamment celles dirigées par des femmes et des jeunes.
La CEEAC, de son côté, s’est dotée en 2024 d’une stratégie régionale de mise en œuvre de la Zlécaf. Celle-ci place les femmes et les jeunes au cœur de ses priorités, en lien avec le protocole continental consacré à ces deux catégories d’acteurs.
Calendrier : fin des visas pour les Africains au 1er janvier 2027
C’est l’annonce la plus concrète du calendrier. Jean-Jacques Bouya a confirmé qu’à compter du 1er janvier 2027, l’entrée en République du Congo ne sera plus soumise à l’obligation de visa pour les ressortissants africains. La mesure découle d’une décision du président Denis Sassou Nguesso.
« Cette ouverture facilitera les rencontres entre entrepreneurs, la prospection commerciale et le développement de nouveaux partenariats », a-t-il soutenu.
Le vice-Premier ministre a aussi rappelé que l’intégration commerciale suppose une intégration physique des territoires. Il a cité la modernisation du port de Pointe-Noire, la réhabilitation du Chemin de fer Congo-Océan, le corridor vers la frontière centrafricaine et le projet de pont route-rail entre Brazzaville et Kinshasa.
Pourquoi les femmes sont au centre du commerce régional
Les chiffres avancés au nom de la Commission de la CEEAC éclairent l’enjeu. L’Afrique centrale compte environ 220 millions d’habitants, dont 60 % ont moins de 25 ans. Plus de 90 % des entreprises y sont des micro-entreprises, et l’économie informelle absorbe jusqu’à 80 % de l’emploi.
Les femmes détiennent près de 70 % des activités informelles et un tiers des entreprises formelles. Elles restent pourtant confrontées à des difficultés d’accès au financement, aux marchés et aux dispositifs d’accompagnement.
Citant la Banque mondiale, le Pnud chiffre l’enjeu : jusqu’à 9 % de revenus supplémentaires pour le continent d’ici 2035, près de 771 milliards de dollars de recettes additionnelles, près de 18 millions d’emplois et jusqu’à 50 millions de personnes sorties de l’extrême pauvreté.
« Il n’y aura pas de marché inclusif sans les femmes », a résumé Adam-Dian Barry. L’institution souhaite que les entrepreneures deviennent le moteur de cette dynamique, et non de simples bénéficiaires.
Déclaration de Brazzaville : ce que doit fixer la feuille de route
Les travaux doivent déboucher sur une Déclaration de Brazzaville, une feuille de route régionale et le lancement d’un réseau dédié. La feuille de route doit identifier les actions à mener, les responsabilités à assumer et les financements à mobiliser.
Jean-Jacques Bouya a demandé que la déclaration porte des engagements précis et vérifiables, assortis d’un dispositif de suivi. Pour les entrepreneures, l’utilité de la rencontre se jugera sur un point simple : pouvoir vendre concrètement au-delà des frontières de leur pays.
