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    Économie

    Systèmes alimentaires : Brazzaville enclenche le turbo

    Publié par Jean Dupont31/12/2025
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    Brazzaville donne le coup d’envoi

    Le 29 décembre, la salle de conférence du ministère de l’Agriculture de Brazzaville a fait le plein. Représentants des ministères sectoriels, bailleurs, entreprises agroalimentaires et ONG ont assisté au lancement officiel du Projet d’appui à la dynamisation de la coordination nationale des systèmes alimentaires en République du Congo.

    Ce programme, conçu avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, s’inscrit dans la droite ligne de la Déclaration de Rome sur la nutrition. « Il marque une étape stratégique pour notre pays », a affirmé Pascal Robin Ngoka, directeur de cabinet du ministre de l’Agriculture, devant l’assemblée attentive.

    Pourquoi une coordination alimentaire

    Selon le ministère, la mosaïque actuelle de politiques sectorielles et d’initiatives locales fonctionne, mais manque d’un liant solide pour maximiser l’impact. L’idée est donc de créer une architecture de gouvernance unique, capable de faire dialoguer agriculture, santé, commerce, environnement et affaires sociales autour d’une même table.

    L’approche transversale doit permettre d’identifier rapidement les goulots d’étranglement, de répartir les ressources de façon plus rationnelle et d’éviter les doublons. « Nous voulons que chaque franc investi améliore réellement le panier de la ménagère », glisse un haut fonctionnaire du Budget qui participait à la cérémonie.

    Objectifs stratégiques du programme

    Le document-cadre détaille quatre priorités. D’abord, structurer la coordination nationale via un secrétariat technique permanent, doté d’outils de suivi-évaluation cartographiant chaque action dans la filière alimentaire.

    Ensuite, renforcer les capacités des administrations et des collectivités pour qu’elles pilotent des projets intégrés, de la production à la transformation jusqu’à la distribution. Troisièmement, accompagner la mise en œuvre des engagements internationaux, notamment le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine. Enfin, instaurer un dialogue multisectoriel continu, gage de résilience face aux chocs climatiques et économiques.

    Rôle moteur de la FAO

    La FAO assure l’appui technique et méthodologique. « Transformer nos systèmes alimentaires n’est pas une option, c’est une nécessité », a rappelé Techel Ekoungoulou, chargé de programme. L’agence onusienne entend mobiliser son réseau d’experts en nutrition, statistiques et irrigation pour guider les équipes congolaises.

    Elle fournira également un appui financier initial via son Programme de coopération technique, tout en facilitant l’accès à des guichets innovants du Fonds vert, du FIDA ou de la Banque africaine de développement. La durée prévue de la première phase est de deux ans, avec un budget estimé à 3,8 milliards de FCFA, à confirmer lors des prochaines tables rondes.

    Calendrier et financement attendus

    Le chronogramme place la mise en place du secrétariat au premier trimestre. Viendra ensuite la cartographie nationale des projets alimentaires d’ici juillet, puis la validation d’une feuille de route opérationnelle avant la fin de l’année.

    Le financement se veut à la fois national et international. Le Trésor public devrait assurer 40 % de l’enveloppe, complété par des partenaires tels que l’Union européenne et l’Agence française de développement. Les discussions explorent aussi un mécanisme de garanties pour stimuler l’investissement privé dans la transformation agricole.

    Enjeux pour les producteurs locaux

    Dans les couloirs, plusieurs coopératives se disent prêtes à s’impliquer. « Nous espérons que la nouvelle coordination facilitera l’accès aux semences améliorées et au crédit », témoigne Clarisse Mampouya, responsable d’un groupement maraîcher de Dolisie.

    Les producteurs souhaitent également une meilleure visibilité des prix de référence afin de stabiliser leurs revenus. L’unification des bases de données, prévue dans le projet, devrait répondre à cette demande en publiant régulièrement les cours des principales denrées sur une plateforme numérique ouverte.

    Voix de la société civile

    Les ONG nutritionnelles saluent l’accent mis sur la qualité alimentaire. « La faim cachée liée aux carences micronutritionnelles reste sous-estimée », rappelle le Dr Yves Matate, pédiatre membre du Réseau santé et développement. Il plaide pour des indicateurs de suivi spécifiques aux enfants de moins de cinq ans.

    La société civile réclame aussi la promotion des produits locaux dans les cantines scolaires. Une recommandation accueillie favorablement par le ministère de l’Éducation, présent à la réunion, désireux d’intégrer le programme à son initiative “un repas, un élève”.

    Prochaines étapes et attentes

    Dès janvier, des groupes de travail thématiques seront constitués pour affiner les indicateurs de performance. Les premiers rapports devraient être rendus publics au second semestre, promesse faite par le secrétaire général du ministère de l’Agriculture.

    Cette transparence est perçue comme un gage de crédibilité. « Nous devons montrer que chaque action a un résultat concret », souligne Pascal Robin Ngoka. Les partenaires techniques insistent sur la nécessité d’impliquer systématiquement les femmes et les jeunes, piliers du tissu agricole congolais.

    Si les objectifs sont atteints, le Congo pourrait devenir une référence régionale en matière de gouvernance alimentaire intégrée, tout en soutenant l’émergence d’une agro-industrie créatrice d’emplois. Le succès du projet reposera donc sur la coordination sans faille promise par tous les acteurs, convaincus qu’alimentation et développement vont de pair.

    Agriculture Congo FAO Pascal Robin Ngoka Sécurité alimentaire Techel Ekoungoulou
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