Brazzaville s’apprête à voir son front fluvial changer de visage. Le gouvernement congolais a scellé, le 28 mai 2026, un accord de financement avec la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (Badea), promettant de relier enfin la corniche sud au quartier de Madibou.
Un accord à 47 milliards de FCFA pour désenclaver le sud de la capitale
Le document a été paraphé par le ministre de l’Économie, Christian Yoka, et le président de la Badea, Abdullah KH Almusaibeeh, sous la supervision du Vice-Premier ministre Jean Jacques Bouya. Au cœur du dispositif figure une enveloppe de 47 milliards de FCFA.
Ce montant servira d’abord à prolonger la route de la corniche. L’axe partira du rond-point Matour, à Makélékélé, pour rejoindre Madibou, secteur encore mal relié au reste de l’agglomération. Une couture urbaine attendue par les riverains comme par les automobilistes.
L’opération ne se limite pas à une simple bande d’asphalte. Elle ambitionne de fluidifier des déplacements souvent éprouvants, dans une capitale où les heures de pointe transforment chaque trajet vers le sud en exercice de patience.
Des ouvrages d’art le long du fleuve Congo
Le tracé épousera le fleuve grâce à un viaduc courbe de vingt-deux mètres de large. Cette structure, pensée pour suivre la rive, doit offrir un point de passage continu là où le relief et l’eau compliquent toute traversée routière classique.
Le franchissement du Djoué constitue l’autre défi technique. Le projet prévoit un nouveau pont accompagné d’un giratoire de cent dix mètres, tandis que l’ancien pont Djoué, long de 92,65 mètres et large de 11,60 mètres, fera l’objet d’une réhabilitation complète.
Pour absorber les flux entre grands axes, un mini-échangeur prendra place à la jonction de l’avenue de l’OUA et de la route de Madibou. Des bretelles d’accès viendront compléter ce nœud, censé limiter les engorgements aux entrées et sorties du quartier.
Mobilité, sécurité et confort des piétons
Au-delà des structures lourdes, le chantier intègre des aménagements paysagers et un éclairage public sur l’ensemble du parcours. Ces détails, parfois relégués au second plan, conditionnent pourtant la sécurité nocturne et l’attractivité de la nouvelle voie.
Les marcheurs n’ont pas été oubliés. La passerelle piétonne du Djoué sera rénovée, signe que le projet cherche à conjuguer circulation automobile et déplacements doux dans un même geste d’aménagement.
L’enjeu dépasse la seule technique routière. Selon les termes de l’accord, l’objectif affiché reste d’améliorer la mobilité des citoyens et de faciliter les échanges urbains dans la capitale. Une promesse que les Brazzavillois jugeront sur le terrain.
Une cité gouvernementale au cœur du centre-ville
Le financement ne couvre pas que la route. Il englobe aussi la construction d’une cité gouvernementale, destinée à regrouper des services de l’État dans un même périmètre administratif au centre de Brazzaville.
Le futur ensemble s’élèvera sur le site des anciens ministères de la Santé et de la Fonction Publique. Ce terrain, voisin du ministère de la Justice, place le projet au sein d’un quartier déjà identifié comme pôle des institutions nationales.
Regrouper plusieurs administrations sur un site unique répond à une logique de rationalisation. Pour les usagers comme pour les agents, la perspective d’un guichet géographique resserré laisse espérer des démarches moins dispersées à travers la ville.
Brazzaville face à ses ambitions urbaines
L’opération illustre la place prise par la Badea parmi les partenaires financiers du Congo en matière d’infrastructures. L’institution, spécialisée dans le développement économique sur le continent, intervient ici sur un programme à la fois routier et immobilier.
Reste l’épreuve du calendrier. Comme tout grand chantier urbain, l’extension de la corniche et la cité gouvernementale devront composer avec les contraintes de réalisation, du foncier aux travaux d’ouvrages d’art le long du fleuve.
Pour l’heure, l’accord du 28 mai marque une étape concrète. En liant Makélékélé à Madibou et en regroupant des ministères, Brazzaville dessine une trajectoire d’aménagement dont les habitants mesureront, kilomètre après kilomètre, la portée réelle.
