Du 29 août au 4 septembre, une délégation congolaise conduite par le ministre de la Santé et de la Population, Jean-Rosaire Ibara, a étudié au Bénin l’organisation des agents de santé communautaires. Outil numérique, rôle des communes, financement local : voici ce que le Congo en retient.
Une mission Sud-Sud entre Cotonou et Ouidah
L’enjeu tenait en une question : comment assurer durablement la présence des agents de santé communautaires (ASC) auprès des populations ? Pour y répondre, le Congo-Brazzaville et le Bénin ont confronté leurs expériences à Cotonou et à Ouidah, du 29 août au 4 septembre 2026.
Arrivée le 29 août, la délégation congolaise comptait treize membres : dix représentants du ministère de la Santé et de la Population et trois de Catholic Relief Services (CRS), sous le leadership de Gladys Muhire, directrice des projets du Fonds mondial de CRS au Congo.
Les travaux se sont ouverts le 31 août par une audience entre Jean-Rosaire Ibara et son homologue béninois, le professeur Benjamin Hounkpatin. Les échanges ont ensuite porté sur le financement de la santé communautaire, la gouvernance locale, l’organisation et la pérennisation du travail des ASC.
De 2 366 à 5 118 agents : le cap fixé pour 2030
Le Congo n’arrivait pas les mains vides. Son Plan stratégique national de santé communautaire 2025-2030 prévoit notamment de faire passer le nombre d’ASC actifs de 2 366 à 5 118 d’ici 2030. Soit 2 752 agents de plus, un effectif multiplié par plus de deux.
Grossir les rangs n’est toutefois qu’une partie de l’équation. Selon le communiqué, l’enjeu consiste désormais à renforcer l’institutionnalisation de ces agents et à bâtir des mécanismes de financement durables.
Concrètement, que peuvent en attendre les familles ? Le document ne chiffre pas l’effet attendu par localité ni par ménage. Il fixe en revanche un cap clair : garantir, dans la durée, la présence et l’action de ces agents au plus près des populations.
Ce que le modèle béninois met sur la table
Qu’est-ce qui a nourri la réflexion congolaise ? D’après CRS, l’expérience béninoise se distingue notamment par un engagement politique fort, l’implication des collectivités territoriales, le financement domestique et la numérisation de certains processus.
L’organisation prend soin de le préciser : il ne s’agissait pas de reproduire un modèle. Le but était de faire dialoguer deux parcours pour repérer les pratiques adaptables aux réalités du Congo.
À Ouidah, les communes au centre du dispositif
Le mercredi 2 septembre, la délégation s’est rendue à Ouidah, commune située à près de 42 kilomètres de Cotonou, la capitale économique du Bénin. Place à l’observation de terrain, avec des échanges menés auprès des autorités communales et sanitaires.
Ces discussions ont éclairé trois questions très pratiques : comment les acteurs communautaires sont organisés, comment ils sont supervisés et comment fonctionne le financement local.
Pour CRS, cette immersion a illustré le rôle que les collectivités locales peuvent tenir dans la gouvernance et la pérennisation de la santé communautaire. Un point qui rejoint directement l’enjeu de financement durable mis en avant côté congolais.
CommCare, l’outil numérique vu en visite à domicile
Sur place, la délégation a aussi assisté à une causerie éducative et suivi une visite à domicile. Lors de cette visite, l’outil numérique CommCare était utilisé pour collecter les données et les faire remonter.
Le communiqué n’indique pas que le Congo adoptera CommCare. Il mentionne en revanche, parmi les suites de la mission, une réflexion sur la digitalisation de l’ensemble du parcours de collecte et de remontée des données.
Les partenaires du Bénin consultés
Le jeudi 3 septembre, une séquence a réuni les partenaires techniques et financiers de la santé communautaire au Bénin : l’OMS, présentée comme chef de file des partenaires de la santé, l’UNICEF, l’ambassade des États-Unis et le Comité de coordination national des projets du Fonds mondial (CCN), entre autres.
Au retour, quatre chantiers engagés au Congo
Selon CRS, les enseignements de la mission commencent à se traduire en actions. Dès le retour de la délégation, plusieurs chantiers ont été engagés, à commencer par la revue de certains outils utilisés par les ASC, en particulier lors des visites à domicile.
S’y ajoutent la réflexion sur la digitalisation des données, le réexamen de l’arrêté qui encadre le travail des ASC à la lumière des pratiques observées, et un examen de leurs besoins en équipements. Ce dernier s’accompagne d’un plaidoyer pour améliorer leurs conditions de travail.
À ce stade, il s’agit de revues et de réflexions, sans calendrier précisé dans le communiqué. Pour les familles, leur portée dépendra de ce qui en sortira concrètement.
Le rôle revendiqué par CRS
CRS indique avoir accompagné, financé et coordonné la mission via ses bureaux du Congo et du Bénin, dans le cadre de son partenariat avec le gouvernement congolais. L’organisation dit avoir facilité le dialogue technique et la mise en relation des institutions des deux pays.
Elle salue l’implication du ministre Jean-Rosaire Ibara, qui a personnellement conduit les travaux, et remercie le gouvernement béninois pour son accueil et le partage de son expérience.
Une coopération qui reste à concrétiser
Pour CRS, la mission a dépassé le cadre d’une simple visite d’étude. Elle ouvre une nouvelle étape, « celle de la capitalisation, de l’adaptation et de l’action », et illustre le potentiel de la coopération Sud-Sud.
Côté congolais, reste l’enjeu posé au départ : assurer durablement la présence des ASC auprès des populations, alors que le plan national vise à en compter 5 118 en 2030.
