Avant que les bureaux n’ouvrent pour le grand public, ce sont les hommes et femmes en uniforme qui ont inauguré le calendrier électoral congolais. Le 12 mars, militaires, gendarmes et policiers ont glissé leur bulletin par anticipation, trois jours avant le rendez-vous fixé aux civils.
Un scrutin anticipé sur tout le territoire
Sur l’ensemble du territoire national, 235 bureaux ont accueilli les agents de la force publique dès les premières heures de la matinée. La capitale concentrait à elle seule 88 de ces bureaux, signe du poids de Brazzaville dans le dispositif électoral mis en place pour cette présidentielle (ACI).
Le choix d’un vote séparé pour les corps en uniforme répond à une logique de service. Ces agents seront mobilisés le jour du scrutin général afin d’encadrer les opérations. Voter en amont leur permet d’accomplir leur devoir civique sans déserter leur poste lorsque les civils se présenteront.
L’engouement constaté dans les bureaux de Brazzaville
À Brazzaville, l’affluence était au rendez-vous. Le journaliste de l’Agence congolaise d’information a relevé une forte mobilisation, notamment à la mairie de la capitale, à l’école Anne-Marie Javouhey et au complexe Nganga Edouard, où les files se sont formées dès l’ouverture.
À l’école Anne-Marie Javouhey, dans le quartier Poto-Poto du 3e arrondissement, l’ambiance restait sereine. « Tout se passe dans le calme », a assuré le président du bureau de vote n°1, M. Chris Kimpalou. Sur les 500 inscrits, la majorité avait déjà voté à onze heures.
Au Lycée Nganga Edouard, même tempo. Le président du bureau n°2, M. Félicien Bongo, a précisé que l’ouverture s’était faite à sept heures, sans incident. « Avant 12 heures, toutes les urnes étaient presque remplies, et nous attendons les derniers arrivés », a-t-il témoigné, évoquant un taux de participation déjà supérieur à 70 %.
La Francophonie au chevet du processus
La journée a aussi eu une dimension diplomatique. À l’issue du vote, le président de la Commission nationale électorale indépendante, M. Henri Bouka, a reçu en audience une délégation de l’Organisation internationale de la Francophonie, dépêchée à la demande du gouvernement congolais.
Cette mission, envoyée par la secrétaire générale de l’OIF, Mme Louise Mushikiwabo, traduit l’attention portée au déroulement du scrutin. Sa présence vise à observer le climat politique et à dialoguer avec les institutions chargées d’organiser et de superviser l’élection présidentielle.
Le chef de délégation, M. Mohamed Bervogui, a détaillé l’objet du déplacement. Il s’agissait, selon lui, de rencontrer les autorités nationales, les institutions électorales, les acteurs politiques, la société civile ainsi que les partenaires au développement engagés aux côtés du pays.
Cap sur le scrutin du 15 mars
Le vote anticipé n’était que la première étape d’un processus plus vaste. Le rendez-vous décisif reste celui du 15 mars, date à laquelle l’ensemble du corps électoral civil sera appelé aux urnes pour désigner le futur président de la République.
Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu. Trois millions deux cent quatre mille cinquante-quatre électeurs sont attendus à travers le pays. Pour les accueillir, 6 508 bureaux de vote ont été prévus, soit un déploiement sans commune mesure avec celui réservé à la force publique.
L’écart entre les 235 bureaux du 12 mars et les milliers ouverts le 15 illustre le changement d’échelle. Après les corps en uniforme, place aux citoyens ordinaires, dont la mobilisation déterminera le visage de la prochaine présidentielle congolaise.
Une mécanique électorale sous observation
Le sérieux affiché par les présidents de bureau et la sérénité décrite sur le terrain dessinent l’image d’une journée maîtrisée. Reste à savoir si cet ordonnancement se vérifiera lors du scrutin général, autrement plus dense et exposé aux aléas logistiques.
La présence de l’OIF ajoute une garantie d’observation extérieure que les autorités semblent assumer pleinement. En sollicitant elles-mêmes cette mission, elles affichent une volonté de transparence, dont la portée se jugera surtout à l’aune du 15 mars et des jours qui suivront le dépouillement.
Pour l’heure, le pays a franchi sa première marche électorale sans heurts notables. Les regards se tournent désormais vers les civils, appelés à confirmer, par leur participation, l’élan observé dans les bureaux réservés aux agents de l’État.
