L’Alliance francophone des médias et journalistes contre le paludisme en Afrique a été lancée le mercredi 9 septembre à Brazzaville. Le ministre congolais de la Santé et de la Population, Jean-Rosaire Ibara, y a appelé la presse à devenir un partenaire à part entière de la santé publique.
Brazzaville, ville hôte d’un lancement continental
C’est dans la capitale congolaise que l’Alliance francophone des médias et journalistes contre le paludisme en Afrique, l’AFRIMPA, a vu le jour. La cérémonie officielle s’est tenue le mercredi 9 septembre, portée par l’organisation Impact Santé Afrique, qui en assure le secrétariat.
Autour de la table, des délégués venus de la République démocratique du Congo, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Gabon et du Congo-Brazzaville (La Prospérité). Journalistes, rédacteurs en chef et responsables d’organisations médiatiques composaient l’essentiel de l’assistance.
Le rendez-vous s’inscrit dans le cadre de la Conférence des journalistes africains sur le paludisme. Les durées annoncées varient selon les sources : trois jours, du 9 au 11 septembre, pour La Semaine Africaine ; des travaux courant jusqu’au 12 septembre pour La Prospérité.
Jean-Rosaire Ibara place les médias au cœur de la riposte
Le professeur Jean-Rosaire Ibara, ministre de la Santé et de la Population, a ouvert les travaux. Sa formule a donné le ton de la journée et vaut feuille de route pour les rédactions du pays.
« La lutte contre le paludisme ne se gagne pas uniquement dans les formations sanitaires, les laboratoires et les programmes de santé. Elle se gagne également dans l’espace public, dans les familles, dans les communautés et dans les médias. La qualité de l’information peut sauver des vies », a-t-il déclaré.
Le ministre a insisté sur un risque précis, celui de l’information fausse. Une rumeur sur un médicament, une donnée épidémiologique mal interprétée ou une annonce non vérifiée sur un vaccin peuvent, selon lui, détourner les populations des interventions utiles.
Sa recommandation aux confrères tient en trois mots : rigueur, vérification, pédagogie. Il a aussi rappelé que le paludisme n’est pas seulement une maladie infectieuse, mais un problème de développement, de productivité et de justice sanitaire.
Ce que pèse réellement le paludisme au Congo
Les chiffres cités par le ministre donnent la mesure du fardeau national. Le profil de l’Organisation mondiale de la santé fondé sur les données 2023 estimait environ 1,3 million de cas et 2 200 décès en République du Congo.
Surtout, 100 % de la population vivait alors en zone de transmission supérieure à un cas pour mille habitants, avec une prédominance de Plasmodium falciparum, l’espèce la plus redoutée du parasite.
À l’échelle mondiale, le rapport 2025 de l’OMS recensait 282 millions de cas et 610 000 décès pour l’année 2024. Le continent africain concentrait 94 % des infections et 95 % de la mortalité, touchant principalement les enfants de moins de cinq ans.
Olivia Ngou veut « briser l’invisibilité » de la maladie
Directrice exécutive d’Impact Santé Afrique, Olivia Ngou a livré le diagnostic médiatique qui justifie l’alliance. Elle reproche à la presse une couverture trop ponctuelle, resserrée autour de la Journée mondiale, d’une flambée épidémique ou du lancement d’une campagne.
« J’appelle les médias à briser l’invisibilité du paludisme, à traquer les financements et à donner les paroles aux communautés affectées », a-t-elle déclaré, rappelant que la maladie ne disparaît pas entre deux journées mondiales que l’on célèbre.
Trois menaces justifient à ses yeux l’urgence : l’émergence de résistances aux médicaments et aux insecticides, la pression sur des financements internationaux qui ne suffiront plus seuls, et la désinformation qui circule sur les plateformes numériques.
Ce que l’alliance change pour les rédactions congolaises
Pour les médias de Brazzaville, de Pointe-Noire et des départements, l’AFRIMPA ne se présente pas comme un séminaire de plus. C’est une plateforme permanente réunissant journalistes, rédacteurs en chef et organisations de presse, avec un secrétariat assuré par Impact Santé Afrique.
Concrètement, l’alliance promet des banques de données scientifiques, un accès facilité aux experts de santé publique et un appui aux travaux d’investigation transfrontaliers. De quoi outiller des rédactions qui manquent souvent d’interlocuteurs identifiés sur les sujets sanitaires.
« Nous voulons que le journaliste qui cherche à comprendre un budget consacré au paludisme sache qui appeler. Que celle qui découvre une histoire importante au Cameroun puisse échanger avec un confrère en RD-Congo », a expliqué Olivia Ngou.
Le réseau s’appuiera d’abord sur les collectifs déjà actifs au Cameroun et en République démocratique du Congo, présentés comme premiers points d’ancrage. « Nous ne partons pas de zéro », a insisté la directrice exécutive : l’idée est de connecter ce qui fonctionne déjà.
Suivre l’argent, vérifier l’information sanitaire
Un volet des travaux porte sur le suivi citoyen des engagements financiers annoncés par les bailleurs de fonds et les États. Les journalistes sont invités à s’intéresser aux budgets, aux politiques publiques et aux résultats des programmes de lutte.
Les difficultés vécues par les populations figurent également au programme, au même titre que la déontologie du journalisme de santé, les méthodes d’analyse des données sanitaires et la vérification scientifique des contenus avant diffusion.
Radio, télévision, presse écrite, sites d’information et réseaux sociaux sont autant de canaux mobilisables jusque dans les localités éloignées des structures de santé (Le Journal de Brazza). Le message de fond reste simple : prévention, moustiquaires imprégnées, consultation dès les premiers signes.
Un réseau à faire vivre après la conférence
Les participants devaient définir les priorités de l’alliance, ses règles de fonctionnement et ses conditions d’adhésion. Le patronage du ministère de la Santé traduit l’intérêt des pouvoirs publics congolais pour une mobilisation qui dépasse le seul secteur sanitaire.
Reste l’épreuve du quotidien. « Un journaliste bien informé est un partenaire de santé publique », a résumé Jean-Rosaire Ibara. Pour les rédactions congolaises, la conférence de Brazzaville se jugera à la régularité de leur traitement du paludisme dans les mois à venir.
