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    Patrimoine en péril : le Congo valide son plan climat

    Publié par Sylvie Nkouka18/09/2026
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    Brazzaville a accueilli, du 14 au 18 septembre, un chantier discret mais structurant : doter la République du Congo d’une stratégie nationale de résilience climatique appliquée à son patrimoine culturel et naturel. Deux ateliers successifs, appuyés par l’Unesco, en ont posé l’architecture.

    L’ouverture, le 14 septembre, a été patronnée par Ondélé Dzalala Amboulou, directeur de cabinet du ministre de la Culture, des Arts, du Patrimoine national et de l’Industrie touristique. Le niveau de représentation dit l’attention portée au dossier par le département.

    Deux ateliers enchaînés, une séquence pensée en deux temps

    La séquence n’a rien d’un empilement de réunions. Le premier atelier, du 14 au 16 septembre, a porté sur le renforcement des capacités en gestion des risques de catastrophes. Le second, du 16 au 18, sur la validation de la stratégie elle-même.

    L’ordre compte. Former d’abord, valider ensuite : les participants ont été outillés sur la notion de risque avant d’être appelés à se prononcer sur un document qui engagera leurs administrations. Un avis rendu par des acteurs formés pèse autrement.

    Le Fonds d’urgence pour le patrimoine de l’Unesco en appui

    L’initiative est financée par le Fonds d’urgence pour le patrimoine de l’Unesco. Le nom de l’instrument dit sa vocation : mobiliser des moyens au bénéfice de biens menacés, dans des délais plus courts que ceux des programmes ordinaires de coopération.

    Sa mobilisation ne répond pas ici à un sinistre survenu, mais à une exposition installée. Le Congo s’en sert pour bâtir un dispositif de prévention. Le montant de cet appui, lui, n’a pas été rendu public à l’ouverture des travaux.

    Valider une stratégie, une étape qui n’est pas l’adoption

    Valider et adopter ne se confondent pas. La validation est un acte collectif : les parties prenantes reconnaissent qu’un document est complet, cohérent et applicable. L’adoption, elle, relève d’une décision d’autorité qui lui donne sa force.

    Le texte soumis aux ateliers est une stratégie nationale de gestion des risques climatiques et des catastrophes appliquée aux patrimoines culturels et naturels. Il s’accompagne de procédures opérationnelles, c’est-à-dire du mode d’emploi censé traduire les principes en gestes.

    L’objectif affiché est de doter le pays d’outils d’évaluation stratégique adaptables et d’un mécanisme de protection durable, autrement dit d’un cadre capable de mesurer l’exposition d’un site puis d’en tirer des priorités sans repartir de zéro.

    Les organisateurs décrivent aussi la rencontre comme un cadre d’échanges permettant de transformer les données scientifiques en plans d’action effectifs. Le passage de la mesure à la décision est ainsi posé comme le cœur du dispositif.

    Loi de 2010 et Convention de 1972, le socle juridique

    Le dispositif ne surgit pas d’un vide normatif. Aimé Amedé Moussoungou, directeur général du patrimoine et des archives, a rappelé l’existence d’instruments contraignants, nationaux comme internationaux, qui fondent l’obligation d’agir de l’État congolais.

    « Les instruments normatifs comme la loi n° 8-2010 du 16 juillet 2010 portant protection du patrimoine national culturel et naturel ou des instruments normatifs internationaux (…), obligation nous est faite en tant qu’État d’assurer la protection et la mise en valeur de notre patrimoine », a-t-il souligné.

    L’articulation entre les deux textes s’énonce simplement. La loi de 2010 organise la protection du patrimoine national culturel et naturel. La Convention de 1972, ratifiée par la République du Congo, inscrit cet effort dans un engagement international.

    Un référentiel commun pour clarifier les responsabilités

    Au-delà du texte, les deux ateliers visent à construire un référentiel commun, clarifier des responsabilités et améliorer la coordination entre les institutions. Ces trois objectifs, énoncés ensemble, désignent un même obstacle : l’éparpillement des compétences.

    Un référentiel commun, concrètement, c’est un vocabulaire et des critères partagés. Sans lui, deux administrations qui parlent du même site ne mesurent pas la même chose, ne hiérarchisent pas les mêmes urgences et ne déclenchent pas les mêmes procédures.

    Dernier étage, l’intégration. La protection du patrimoine doit être pleinement inscrite dans les politiques nationales de gestion des risques et d’adaptation climatique, plutôt que traitée comme un secteur à part, consulté une fois les arbitrages rendus.

    Gestionnaires, chercheurs et riverains autour de la table

    Le tour de table éclaire lui aussi le dispositif. Gestionnaires de sites, chercheurs, représentants des ministères, organismes engagés sur le changement climatique et riverains des biens patrimoniaux ont été associés à l’examen de la stratégie et de ses procédures.

    La représentante de l’Unesco au Congo, Fatoumata Barry Marega, a salué l’engagement du gouvernement en faveur de la préservation et de la valorisation de son patrimoine, ainsi que les efforts engagés face aux défis croissants liés au changement climatique.

    « Mieux protéger le patrimoine face aux risques, mais aussi reconnaître pleinement sa contribution à la résilience des communautés et les territoires. Le Congo possède un patrimoine d’une richesse exceptionnelle », a-t-elle déclaré.

    Des menaces documentées, un calendrier encore flou

    Les effets énumérés à Brazzaville sont connus : hausse des températures, inondations, sécheresses, incendies, érosions, montée du niveau de l’océan. Ondélé Dzalala Amboulou a cité le débarcadère du port d’embarquement des esclaves de Loango, exposé à l’érosion côtière, et l’humidité qui détruit des archives dans plusieurs départements.

    Plusieurs inconnues subsistent pourtant. Aucune liste de sites prioritaires n’a été rendue publique, alors que la hiérarchisation constitue le premier test d’une stratégie de gestion des risques appliquée à un patrimoine aussi étendu.

    Aucun calendrier de mise en œuvre n’a été communiqué non plus : ni entrée en vigueur des procédures opérationnelles, ni jalons de déploiement, ni précision sur l’autorité chargée d’en suivre l’exécution au quotidien.

    Ces silences ne retirent rien au travail accompli entre le 14 et le 18 septembre. Ils rappellent qu’un texte validé reste un point de départ, et que la suite se jugera aux moyens réellement engagés sur le terrain.

    Brazzaville Congo Brazzaville gestion des risques patrimoine national Résilience climatique UNESCO
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