À l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, le président Denis Sassou N’Guesso a inauguré, le 12 août 2026, le Centre d’insertion et de réinsertion sociales des jeunes d’Aubeville. Une infrastructure qui veut offrir une seconde chance à des centaines de jeunes en rupture.
Une inauguration présidentielle dans la Bouenza
C’est à Aubeville, localité située à environ treize kilomètres de Madingou, chef-lieu du département de la Bouenza, que s’est tenue la cérémonie. Le site se trouve à près de trois cents kilomètres au sud de Brazzaville, au pied de montagnes, sur une route d’accès difficile.
L’ouverture officielle a été programmée pour coïncider avec la Journée internationale de la jeunesse, célébrée le 12 août. Un choix symbolique qui place, le temps d’une journée au moins, la question des jeunes vulnérables au cœur du discours public congolais.
Après la coupure du ruban symbolique, le chef de l’État et sa suite ont procédé à un planting d’arbres, avant de visiter les installations. Le centre est placé sous la tutelle du ministère des Sports, de la Jeunesse et de l’Éducation civique.
Un site de treize hectares pensé pour l’accueil
Étendu sur une superficie de treize hectares ayant abrité, dans les années 1950, des activités agricoles, le centre compte plus d’une trentaine de bâtiments. On y trouve des salles de classe, quatre dortoirs de cent places, un réfectoire et un amphithéâtre de deux cent cinquante places.
L’établissement dispose aussi de deux centres de santé intégrés, ouverts aux populations voisines, d’un dispositif de désintoxication doté de trente-deux lits, d’un plateau technique dédié aux addictions, d’installations sportives et d’un système de traitement de l’eau.
S’y ajoutent un centre de désinfection à vocation nationale et régionale ainsi que deux chambres froides. L’ensemble a été conçu pour fonctionner en quasi-autonomie, tout en rendant certains services, notamment médicaux, accessibles aux habitants des environs.
Des formations pour retrouver le chemin du travail
Doté d’une capacité de quatre cents places à terme, Aubeville a accueilli une première cohorte de deux cents jeunes, vêtus d’uniformes bleus. Une deuxième vague est attendue dans les trois prochains mois, selon l’Agence congolaise d’information (aci).
La prise en charge s’étale sur environ une année, organisée en plusieurs phases. Une étape éducative mêle encadrement civique et moral, droits de l’homme, santé et techniques d’expression en français, lingala et kituba. Vient ensuite la formation qualifiante, puis l’entrée dans la vie active.
La première étape prévoit aussi, selon l’Agence d’information d’Afrique centrale (adiac), un encadrement militaire sans armes de trois mois. L’objectif est d’inculquer aux jeunes le respect des institutions avant d’aborder l’apprentissage d’un métier et le retour à la vie active.
Les apprentissages couvrent la soudure, la menuiserie, les métiers agro-pastoraux, la boulangerie et la pâtisserie. À la sortie, les plans d’affaires des pensionnaires bénéficieront d’un accompagnement de l’État, indique le directeur de l’agence nationale, Emery Patrick Akondzo Olandzobo (RFI).
Réinsérer les jeunes en rupture et prévenir la délinquance
Le centre s’adresse d’abord à des jeunes en conflit avec la loi, déscolarisés et désocialisés, parfois d’anciens délinquants surnommés « Kulunas ». Beaucoup ont, par le passé, consommé ou vendu des stupéfiants. Ils étaient suivis depuis près d’un an par la garde présidentielle.
« Ce centre constitue une réponse à la délinquance juvénile due au décrochage scolaire et à la consommation de substances narcotiques », a déclaré le ministre Hugues Ngouélondélé. Le chef du centre, Séraphin Okoko, défend une approche multidisciplinaire, du respect des institutions à l’insertion professionnelle.
Parmi les pensionnaires, Luc Ntsoumou dit sa reconnaissance : « Je remercie le président de nous avoir donné une seconde chance d’avoir du travail, car nous étions vraiment invalides. On était dans la délinquance, à vendre des stupéfiants et à fumer de la drogue » (aci).
Un dispositif appelé à s’étendre
Aubeville n’est qu’un premier maillon. D’autres centres sont annoncés, dont celui d’Otsendé, destiné aux jeunes filles. La mise en œuvre a bénéficié de l’appui de partenaires techniques publics et d’agences des Nations unies, notamment l’Unesco, le Pnud et l’Unicef.
Les autorités présentent Aubeville comme un modèle reproductible, articulant santé, éducation et formation. Le pari est de traiter à la racine un phénomène urbain, celui des bandes de jeunes, longtemps abordé sous le seul angle sécuritaire.
Au-delà de la cérémonie, l’enjeu affiché reste social : transformer des parcours marqués par l’exclusion en trajectoires de formation et d’autonomie. Reste à mesurer, sur la durée, la capacité du centre à tenir cette promesse pour les centaines de jeunes attendus.
