L’élevage n’est plus un secteur d’appoint. À la Grande foire agricole du Congo, il s’affirme comme l’un des moteurs d’une économie agricole que le pays veut voir grandir. Éleveurs, coopératives et acheteurs y mesurent le potentiel d’un marché de la viande en pleine construction.
Une filière élevage qui affirme son poids économique
À Bambou-Mingali, dans le district d’Ignié, la deuxième édition de la Grande foire agricole du Congo (GFAC) se tient du 5 au 20 août. L’élevage y occupe une place centrale, aux côtés des autres filières agricoles présentées aux visiteurs.
Bovins, petits ruminants, porcs et volailles composent la vitrine d’un secteur pastoral en pleine vitalité. Pour l’économie congolaise, la dynamique dépasse le simple rendez-vous : elle esquisse les contours d’un marché intérieur de la viande à structurer.
Pour une économie en quête de diversification, l’agriculture d’élevage offre un relais crédible. Elle mobilise des acteurs privés, structure des territoires ruraux et répond à une demande intérieure constante, celle d’une population qui consomme de la viande au quotidien.
L’autosuffisance alimentaire, moteur d’un marché intérieur
Dans le pays, l’élevage s’impose peu à peu comme un pilier d’une agriculture pensée pour renforcer l’autosuffisance alimentaire. La foire assume ce cap tout en pointant les obstacles à lever pour accroître durablement la production de viande locale.
L’enjeu est économique autant qu’alimentaire. Chaque kilogramme produit sur le sol congolais réduit la dépendance aux importations et fixe de la valeur dans les territoires. Revenus ruraux et circuits commerciaux locaux se jouent dans cette bataille de la production.
Chaque animal élevé, engraissé et vendu au pays retient sur le territoire une valeur qui, autrement, s’évaporerait à l’étranger. C’est tout le sens d’une souveraineté alimentaire pensée comme une affaire de business, et non seulement comme un objectif de sécurité.
Ghislain Pongault, visage d’une nouvelle génération d’éleveurs
Ghislain Pongault dirige la Coopérative agropastorale d’Irebou (Capi). Issu de la diaspora, il a choisi l’élevage bovin à son retour au pays en 2017. Parti de dix bêtes, il conduit aujourd’hui un cheptel d’une centaine de têtes.
Sa progression illustre une trajectoire entrepreneuriale : montée en charge graduelle et croisements stratégiques pour améliorer le troupeau. Son équipe s’appuie sur le savoir-faire d’éleveurs expatriés venus des régions voisines, à l’image de Mahamat Cissé, producteur de bovins et d’ovins à Ngo.
Le profil de ce dirigeant en dit long. Le retour d’un membre de la diaspora, capital et compétences à l’appui, dessine un canal de réinvestissement dans l’économie réelle. L’élevage devient un terrain d’entrepreneuriat pour une génération en quête de débouchés.
Le prix de la viande, nerf de la compétitivité
Le marché bute encore sur ses prix. Chez les producteurs, le bétail s’échange entre 3 250 et 3 500 francs le kilogramme. Les bouchers le revendent ensuite autour de 4 000 francs, un écart qui pèse directement sur le pouvoir d’achat des ménages.
Cette structure de prix révèle une filière encore jeune, où la marge se construit maillon après maillon. Réduire les coûts de production et fluidifier la commercialisation conditionnent la capacité de l’élevage local à concurrencer la viande importée sur les étals.
Financement et espaces, les clés de l’expansion
Pour Chaibou Amadou, éleveur installé à Oyo, dans la Cuvette, l’essor du secteur repose sur trois leviers : une implication accrue des Congolais eux-mêmes, l’accès à des espaces adaptés et le financement des exploitations.
Ce diagnostic place le capital au cœur de l’équation. Sans terres disponibles ni ressources pour investir dans les troupeaux, les infrastructures et l’alimentation animale, la montée en puissance annoncée par la foire resterait un potentiel largement inexploité.
Le financement demeure le maillon sensible. Faute de moyens suffisants, nombre d’exploitations progressent lentement. Lever ce verrou conditionne le passage d’un élevage encore artisanal à une production capable de nourrir le marché national à grande échelle.
Une filière en structuration, des défis à lever
La GFAC donne à voir une filière bovine qui se structure : cheptels en hausse, amélioration génétique, campagnes de vaccination et circuits commerciaux qui s’organisent. Les fondations d’une production de plus grande ampleur commencent à se dessiner.
Les obstacles, eux, demeurent tenaces. Accès aux médicaments vétérinaires, alimentation du bétail, sécurité pastorale et financement des exploitations reviennent comme des freins récurrents. Autant de chantiers qui décideront du rythme de croissance de l’élevage congolais.
Entre ambitions affichées et réalités de terrain, la foire de Bambou-Mingali agit comme un révélateur. Elle mesure le chemin parcouru par une filière longtemps marginale, désormais candidate à un rôle de premier plan dans l’économie nationale.
