Le cancer avance à bas bruit au Congo-Brazzaville, et les autorités sanitaires veulent reprendre la main. Le 4 juillet, à Brazzaville, le Programme national de lutte contre le cancer a rassemblé les forces vives de la société civile autour d’un objectif commun.
Une concertation pour fédérer la société civile
Baptisée « 90 jours contre le cancer », cette rencontre de préparation trimestrielle avait une ambition claire. Coordonner les associations, les organisations non gouvernementales et les acteurs de terrain avant les campagnes de sensibilisation prévues de septembre à novembre prochains.
L’enjeu n’est pas anodin. Isolées, les initiatives se dispersent et perdent en impact. Réunies sous une même bannière, elles peuvent toucher un public plus large et faire reculer les idées reçues qui entourent encore la maladie dans de nombreux foyers.
Pour Judith Nsondé Malanda, directrice générale du PNLC, cette démarche s’inscrit dans une continuité assumée. Elle dit s’inspirer du projet de société du chef de l’État ainsi que des orientations fixées par le ministre de la Santé et de la Population.
La campagne tricolore « Septembre en or, octobre rose, novembre bleu »
La rencontre s’est articulée en deux temps distincts. Le premier a permis de dévoiler le projet de la campagne tricolore « Septembre en or, octobre rose, novembre bleu » pour l’année 2026, véritable colonne vertébrale de la mobilisation à venir.
Chaque couleur porte une cause. Derrière ce code visuel, plusieurs thématiques structurent le message que le programme souhaite diffuser auprès de la population congolaise, dans les grandes villes comme dans les départements plus éloignés.
La lutte contre la stigmatisation des malades figure en tête des priorités. Trop souvent, le silence et la honte retardent le premier contact avec un soignant, alors même que le temps joue un rôle décisif dans l’issue de la maladie.
Vient ensuite la promotion du dépistage précoce, présenté comme un levier majeur. Repérer une tumeur tôt, c’est augmenter les chances de traitement et alléger un parcours de soins souvent long, coûteux et éprouvant pour les familles.
L’amélioration de l’accès aux soins et aux médicaments anticancéreux complète le tableau. Sur ce point, les difficultés d’approvisionnement et le coût des traitements restent des obstacles concrets pour de nombreux patients à travers le pays.
Enfin, l’accompagnement des familles et des personnes touchées par des maladies graves ferme la liste des axes retenus. Une manière de rappeler que la lutte ne se limite pas au geste médical, mais englobe aussi le soutien humain.
Un plan stratégique national en fin de cycle
La seconde phase de la journée a pris une tournure plus technique. Les participants ont identifié les axes prioritaires du Plan stratégique national de lutte contre le cancer 2022-2026, aujourd’hui proche de son terme.
Dans cet exercice de bilan et de projection, la société civile et les organisations non gouvernementales apparaissent comme des partenaires incontournables. Leur ancrage local en fait des relais précieux pour porter les messages jusqu’aux communautés qui échappent parfois aux circuits officiels.
Le représentant du ministre de la Santé et de la Population, François Libama, a donné le ton avec des mots sans détour. « Nous n’avons pas le droit d’échouer, de nous dérober et de nous diviser », a-t-il lancé devant l’assistance.
Cette formule résume l’esprit de la concertation. Face à une maladie qui frappe sans distinction, l’unité des acteurs est présentée comme une condition de réussite, davantage qu’une simple posture de circonstance.
Le cancer, troisième cause de mortalité au Congo
Les chiffres rappellent l’ampleur du défi. Le cancer demeure la troisième cause de mortalité au Congo, un rang qui traduit une pression réelle sur le système de santé et sur les familles concernées.
Les données disponibles donnent la mesure du phénomène. En 2020, le pays a enregistré 2 478 nouveaux cas et 1 595 décès liés à la maladie, deux nombres qui nourrissent l’urgence exprimée par les responsables du programme.
Derrière ces statistiques se dessine un travail de longue haleine. La campagne à venir n’effacera pas seule ces réalités, mais elle vise à installer des réflexes durables, du dépistage à l’accompagnement des patients.
En posant dès le mois de juillet les bases de sa campagne d’automne, le PNLC mise sur l’anticipation et la coordination. Reste désormais à transformer cette mobilisation d’intentions en actions concrètes, mesurables sur le terrain, au plus près des populations.
