Les finances de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale vacillent. À Brazzaville, le 13 juin, un avertissement sans détour a résonné : l’organisation régionale court désormais un risque réel de cessation de paiement.
Un budget communautaire au bord de l’asphyxie
Le constat est rude. Certaines institutions de la CEMAC cumulent déjà trois mois d’arriérés de salaires. Les dettes des États membres dépassent les 270 milliards de FCFA. Et le voyant le plus inquiétant clignote du côté des recettes attendues.
Le budget communautaire pour 2026 avait été arrêté à 85,9 milliards de FCFA. Sur ce total, 50,204 milliards devaient provenir de la seule Taxe communautaire d’intégration, soit 58,43 % des ressources prévues. Une part décisive, presque vitale, pour faire tourner la machine régionale.
Or les chiffres collectés racontent une autre histoire. Au 11 juin 2026, les recouvrements plafonnaient à 9,384 milliards de FCFA. Le taux d’exécution tombait à 17,70 %, très loin des objectifs. L’écart entre l’attendu et le perçu nourrit directement la menace de paralysie.
Ludovic Ngatsé hausse le ton à la clôture des travaux
C’est lors de la session de clôture de la 45e réunion ordinaire que l’alerte a été lancée. Ludovic Ngatsé, président du Conseil des ministres de l’Union monétaire de l’Afrique centrale, n’a pas cherché à arrondir les angles devant ses pairs.
Pour lui, la racine du problème est claire : le non-paiement de la Taxe communautaire d’intégration par les États. Cette taxe, a-t-il rappelé, n’est pas une faveur consentie au budget commun. Elle relève d’une obligation légale, et non d’une option laissée à l’appréciation de chacun.
Le responsable a donc invité les gouvernements membres à agir vite. Il leur a demandé d’installer sans délai des mécanismes de paiement automatique au sein de leurs systèmes financiers nationaux. L’idée : sécuriser le versement de la TCI à la source, plutôt que d’espérer des transferts tardifs.
Quand la solidarité régionale se mesure aux versements
Derrière la technicité comptable se joue une question plus politique. Une union monétaire ne tient que si chaque membre honore sa part. Lorsque les contributions manquent, c’est l’ensemble des institutions communes qui en subit le contrecoup, parfois jusqu’aux salaires de leurs agents.
Le tableau dressé à Brazzaville illustre cette fragilité. Avec moins d’un cinquième des recettes TCI mobilisées à la mi-juin, la CEMAC se retrouve à devoir fonctionner sur des bases financières incertaines. La cessation de paiement, longtemps théorique, prend ici des contours concrets.
Pour les agents concernés, l’enjeu n’a rien d’abstrait. Trois mois sans salaire dans certaines structures pèsent sur le quotidien et fragilisent le fonctionnement administratif. La crédibilité de l’organisation régionale, elle aussi, se joue dans sa capacité à payer ce qu’elle doit.
Des sanctions repoussées au nom du réalisme
Face à ce diagnostic, le Conseil n’a pas fermé les yeux. Il a reconnu la gravité de la situation et la nécessité d’une réaction rapide. Mais il a aussi choisi de ne pas brandir immédiatement l’arme des sanctions contre les États en retard.
Le Conseil a en effet estimé approprié de reporter les mécanismes de sanctions, dans l’attente d’une étude complémentaire. Cette prudence s’explique par les contraintes financières propres aux pays membres, eux-mêmes pris dans des arbitrages budgétaires serrés.
Ce choix traduit une équation délicate. Punir des États déjà en difficulté risquerait d’aggraver la spirale, sans pour autant renflouer les caisses communes. Le report ouvre donc une fenêtre, à condition que les engagements pris se traduisent rapidement en versements effectifs.
Une échéance qui se rapproche pour l’Afrique centrale
Reste une donnée têtue : le temps. Plus les recouvrements tardent, plus le risque de suspension des paiements se rapproche. L’avertissement de Ludovic Ngatsé sonne comme un appel à transformer les intentions affichées en décisions budgétaires concrètes dans chaque capitale.
Pour Brazzaville, qui accueillait ces travaux, le sujet dépasse la simple comptabilité régionale. La santé financière de la CEMAC conditionne la stabilité d’un espace économique partagé, où circulent monnaie, échanges et projets communs entre pays voisins.
La 45e réunion ordinaire aura au moins eu le mérite de la clarté. Les chiffres sont posés, l’obligation rappelée, les pistes esquissées. Il appartient désormais aux États membres de prouver, par leurs paiements, que l’alerte lancée à Brazzaville a bien été entendue.