À Brazzaville, l’eau qui ne coule plus est devenue une routine éprouvante. Dans plusieurs quartiers de la capitale congolaise, les robinets restent muets depuis des années, contraignant les ménages à improviser des solutions de fortune au quotidien.
Soukissa, Sonacco, Mpissa : ces quartiers où le robinet s’est tu
Les quartiers Soukissa, Sonacco, Sadelmi, Mpissa et Nkombo-Casis figurent parmi les plus touchés par cette pénurie. Faute d’approvisionnement régulier, leurs habitants doivent recourir à l’eau de forage pour les tâches les plus banales de la vie domestique.
Le problème n’a rien d’épisodique. Il s’inscrit dans la durée et façonne désormais l’organisation des foyers, qui composent au jour le jour avec une ressource pourtant essentielle, mais devenue incertaine dans cette partie de Brazzaville.
Pour beaucoup de ménages, chaque matinée commence par la même question : où trouver de l’eau, et à quel prix. Une préoccupation qui pèse sur le budget comme sur le rythme des journées.
Le témoignage des habitants, lassés d’attendre
Installé à Soukissa depuis 2018, Bethel Bonissa raconte une attente qui n’en finit pas. « Depuis 2018 que nous sommes dans ce quartier, l’eau ne coule pas. Cette situation est invivable », confie-t-il, avant d’appeler les autorités à intervenir rapidement.
Son désarroi est partagé. Pour lui comme pour ses voisins, l’absence d’eau au robinet n’est plus un incident passager, mais une réalité installée qui mine la vie de quartier et nourrit un sentiment d’abandon.
Une autre résidente, Merveille, décrit des arrangements devenus indispensables. « Nous utilisons l’eau de forage, car nos pompes ne servent plus à rien », explique-t-elle, soulignant l’inutilité d’équipements censés assurer un approvisionnement normal.
Elle pointe aussi une mécanique des coûts particulièrement pesante. « Le prix du bidon augmente lors de coupure d’électricité », précise-t-elle. L’eau et le courant se trouvent ainsi liés, l’un renchérissant l’autre au détriment des familles.
Le forage, un recours coûteux et incertain
Dans ces conditions, le forage s’est imposé comme la principale alternative. Mais cette solution reste fragile : elle dépend de l’électricité pour fonctionner et expose les habitants à des hausses de prix dès que le réseau électrique connaît des interruptions.
Le bidon d’eau devient alors un indicateur sensible du quotidien. Quand l’électricité flanche, son coût grimpe, et les ménages les plus modestes se retrouvent en première ligne face à cette double contrainte difficile à anticiper.
Au-delà de la dépense, c’est l’effort qui marque les esprits. Se procurer de l’eau exige du temps, de la patience et une logistique répétée, là où l’ouverture d’un robinet devrait suffire à couvrir les besoins essentiels d’un foyer.
Cette dépendance au forage illustre une débrouillardise contrainte. Les habitants ne choisissent pas cette solution : ils s’y résignent, faute de mieux, en attendant un rétablissement durable du service d’eau dans leurs quartiers.
Un paradoxe au regard des ressources du pays
La situation interroge d’autant plus qu’elle contraste avec les ressources dont dispose la République du Congo. Dans un pays où l’eau ne manque pas à l’échelle nationale, l’accès quotidien reste, lui, défaillant dans plusieurs zones de la capitale.
Ce décalage entre potentiel et réalité du terrain alimente l’incompréhension des habitants. La ressource existe, mais elle n’arrive pas jusqu’aux foyers concernés, ce qui rend l’attente d’autant plus difficile à accepter pour les populations.
Cette défaillance entre par ailleurs en tension avec les engagements internationaux. Elle contrevient aux Objectifs de développement durable fixés par l’ONU pour 2030, qui prévoient un accès universel à l’eau potable pour l’ensemble des populations.
Une attente tournée vers les autorités
Face à ce constat, les habitants placent leurs espoirs dans une intervention des pouvoirs publics. L’appel lancé par Bethel Bonissa résume une demande largement partagée dans les quartiers concernés : voir l’eau revenir, durablement, au robinet.
Pour ces familles, la priorité est claire. Il ne s’agit pas seulement de confort, mais d’un besoin vital qui conditionne l’hygiène, la santé et le bon déroulement des activités quotidiennes au sein de chaque foyer brazzavillois.
En attendant une réponse, le forage demeure la béquille de tout un pan de la capitale. Les habitants continuent de s’adapter, partagés entre la lassitude d’une crise qui dure et l’espoir d’un service enfin rétabli.
Tant que la distribution ne sera pas rétablie, Soukissa, Sonacco, Sadelmi, Mpissa et Nkombo-Casis resteront le visage d’une capitale où l’eau potable, pourtant promise à tous, se conquiert encore au prix d’efforts répétés.
