Le football congolais traverse une zone de fortes turbulences. À Brazzaville, l’interpellation de deux responsables administratifs de la Fédération congolaise de football a brutalement déplacé le terrain de jeu vers les prétoires, ravivant un conflit institutionnel installé depuis de longs mois.
Deux arrestations au petit matin à Brazzaville
Vendredi 27 février 2026, la justice congolaise a procédé à l’arrestation du secrétaire général de la Fécofoot, Badji Mombo Wantete, et du chef du département des finances, Raoul Kanda. Les deux hommes ont été interpellés à leurs domiciles respectifs vers cinq heures du matin.
Selon les éléments rendus publics, le président de la fédération, Jean-Guy Blaise Mayolas, serait pour sa part activement recherché. Son cas reste donc distinct de celui des deux dirigeants déjà placés entre les mains des autorités judiciaires de la capitale congolaise.
Une plainte du ministère des Sports à l’origine du dossier
L’affaire trouve sa source dans une plainte initiée par le ministère en charge des sports auprès du tribunal de grande instance de Brazzaville. Le dossier a ensuite été remonté à la Cour criminelle, signe de la gravité que les autorités accordent à ce contentieux financier.
Les chefs retenus sont lourds. La procédure vise des faits présumés de « blanchiment de capitaux, détournement de fonds, faux et usage de faux et prise illégale d’intérêts ». Ces qualifications dessinent le contour d’une enquête centrée sur la gestion des ressources de la fédération.
Au président Mayolas, il est plus précisément reproché d’avoir favorisé des entreprises liées à sa famille dans l’attribution des marchés de la Fécofoot. Cette accusation de conflit d’intérêts constitue, à ce stade, l’un des points névralgiques du dossier soumis à la justice.
Le Comex défend ses agents et invoque leur disponibilité
Face à ces interpellations, le Comité exécutif de la Fécofoot, le Comex, n’est pas resté silencieux. L’instance a diffusé un communiqué pour prendre la défense des deux responsables placés en garde des autorités, en insistant sur leur attitude coopérative passée.
« Les deux agents ont toujours manifesté leur entière disponibilité à répondre aux diverses convocations à eux adressées par la justice congolaise », souligne le texte du Comex. Le message vise à contester l’idée d’une quelconque dérobade des intéressés face aux convocations reçues.
La fédération est allée plus loin en dénonçant ouvertement le « caractère disproportionné de cette intervention ». Elle considère que la manière employée ne correspondait pas à la coopération dont ses cadres auraient, selon elle, fait preuve jusqu’à présent dans cette affaire.
Un appel à une procédure équitable et transparente
Sur le plan des principes, la Fécofoot a formulé une demande claire à l’égard des magistrats en charge du dossier. Elle appelle « les autorités judiciaires à garantir une procédure équitable et transparente, loin de toute pression ».
Cette insistance sur l’absence de pression traduit la crainte, exprimée par la fédération, d’un dossier qui dépasserait le strict cadre judiciaire. Le vocabulaire choisi place la question des garanties procédurales au cœur de sa réponse publique aux arrestations.
Un bras de fer institutionnel installé depuis 2024
Ces événements ne surgissent pas dans un ciel serein. Ils prolongent un affrontement persistant entre le ministre des sports, Hugues Ngoülöndélé, et le président de la Fécofoot, dont les racines remontent à l’épisode de la Commission ad hoc, en septembre 2024.
Ce contentieux, jusque-là administratif et politique, a produit une conséquence concrète et lourde pour les acteurs du ballon rond. Il a entraîné l’arrêt des activités du football au niveau national, privant joueurs, clubs et supporters d’un calendrier ordinaire de compétitions.
L’entrée en scène de la justice marque ainsi un changement d’échelle. Ce qui relevait d’un désaccord institutionnel se mue désormais en procédure pénale, avec des dirigeants entre les mains des magistrats et un président recherché par les autorités congolaises.
La FIFA et la CAF saisies par la fédération
Pour porter la contestation au-delà des frontières nationales, la Fécofoot a décidé d’internationaliser le différend. Elle a saisi la FIFA et la Confédération africaine de football, la CAF, afin de les informer de la situation qu’elle traverse à Brazzaville.
Cette démarche introduit une dimension supplémentaire, le football mondial étant attentif aux questions d’ingérence dans la gouvernance des fédérations. La suite dépendra autant des décisions de la Cour criminelle que des réactions éventuelles des instances internationales saisies par la fédération congolaise.
