Présenté le 22 juin 2026 devant l’Assemblée nationale, le Programme d’action du gouvernement (PAG) du Premier ministre Anatole Collinet Makosso suscite déjà la controverse. Inspiré du projet présidentiel de Denis Sassou Nguesso, il couvre le quinquennat 2026-2031 et promet une feuille de route ambitieuse.
Le texte s’articule autour de dix priorités, six axes et vingt missions. Une architecture chiffrée qui se veut méthodique. Mais derrière l’arithmétique gouvernementale, plusieurs voix s’interrogent sur la nouveauté réelle de ces engagements, à commencer par l’analyste Benjamin Bilombot Bitadys.
Un programme aux airs de déjà-vu
Pour le chroniqueur de Congopage, le PAG ne fait que prolonger une longue tradition de slogans. « Nouvelle espérance », « chemin d’avenir », « marche vers le développement » : les formules se succèdent au fil des mandats sans toujours changer la vie quotidienne des Congolais.
Le programme étant directement tiré du projet de société sur lequel le chef de l’État a été réélu, son ossature reprend des orientations connues. Cette continuité assumée peut rassurer les partisans du pouvoir. Elle nourrit aussi le scepticisme d’une partie de l’opinion.
Bilombot Bitadys résume sa lecture par une formule cinglante : ces vingt missions seraient « les missions qui cachent les batailles ». Une référence directe aux douze batailles affichées lors du quinquennat précédent, et dont le sort reste, selon lui, largement incertain.
Le bilan, grand absent du discours
Au cœur de la critique se trouve une question simple : combien des douze batailles annoncées hier ont-elles été remportées ? L’analyste estime que le Premier ministre élude cet examen, préférant tourner la page plutôt que de la commenter.
Or, pour de nombreux citoyens, la liste des chantiers inachevés est longue. Elle touche au quotidien le plus concret : eau, électricité, écoles et routes figurent parmi les promesses jugées non tenues. Autant de sujets qui pèsent sur la vie des familles à Brazzaville comme dans les départements.
À ces manques s’ajoutent les questions d’emplois, de bourses étudiantes et de retraites. Les pénuries de carburants, les difficultés des hôpitaux et l’inflation complètent un tableau social tendu, régulièrement évoqué par les habitants des grandes villes du pays.
Des maux structurels pointés du doigt
La critique ne s’arrête pas aux services publics. Bilombot Bitadys cite aussi des problèmes de gouvernance : malversations financières, clanisme, clientélisme, népotisme et corruption. Des termes lourds, qui reviennent fréquemment dans le débat public congolais depuis plusieurs années.
Selon l’analyste, on ne peut pas relever le défi du développement « avec les outils du passé ». La phrase sonne comme un avertissement adressé à l’équipe en place. Elle interroge la capacité des mêmes responsables à produire des résultats différents.
Il vise ainsi ce qu’il décrit comme le triptyque Sassou-Makosso-Yoka, entouré des acteurs gouvernementaux habituels. Pour lui, cette reconduction revient « avec de gros sabots », expression qui traduit sa méfiance face à un renouvellement qu’il juge plus apparent que réel.
Continuité ou rupture, le débat est ouvert
La présentation du PAG marque le point de départ d’un quinquennat. Du côté de l’exécutif, la cohérence avec le programme présidentiel est présentée comme un gage de stabilité et de mise en œuvre rapide des engagements pris devant les électeurs.
Du côté des observateurs critiques, l’absence de bilan détaillé sur le mandat écoulé alimente le doute. Comment juger l’avenir sans mesurer le passé ? La question structure désormais une partie des échanges autour de l’action du gouvernement.
Pour le lecteur, l’enjeu dépasse les querelles de mots. Derrière le vocabulaire des missions et des batailles se jouent des réalités tangibles : la facture d’électricité, l’état d’une route, l’accès à un emploi ou à une bourse. Autant de repères concrets pour évaluer les promesses.
Ce que les prochains mois diront
Le PAG fixe un cap pour 2026-2031. Sa traduction en actes constituera le véritable test, bien au-delà des chiffres annoncés à la tribune de l’Assemblée nationale. Les indicateurs sociaux et économiques serviront de juges de paix.
En attendant, l’analyse de Benjamin Bilombot Bitadys illustre une attente largement partagée : celle d’une action publique évaluable, transparente et tournée vers des résultats mesurables. Le quinquennat qui s’ouvre dira si les vingt missions parviennent à dépasser le procès des douze batailles (Congopage).
