Le Palais du parlement de Brazzaville a servi de théâtre à un exercice démocratique attendu. Réunis en séance de questions orales avec débat, sénateurs et ministres ont confronté leurs analyses sur les dossiers qui pèsent lourd dans le quotidien des Congolais.
Un hémicycle qui joue la carte de la transparence
Présidée par Pierre Ngolo, la rencontre a mobilisé quatorze ministres sur les seize attendus, face à seize sénateurs porteurs des doléances des territoires. Le président du Sénat y a vu « un signal d’une dynamique nouvelle », saluant un déroulement serein (lhorizonafricain.com).
L’exercice permet aux élus de la chambre haute d’interpeller directement l’exécutif. Cette fois, les préoccupations remontées du terrain ont dicté l’ordre du jour, des pensions aux pièces d’identité, en passant par l’électricité et l’eau courante.
Retraites : l’épineuse question du point d’indice
Le dossier des pensions a ouvert les hostilités. Le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a reconnu une revendication « légitime », rappelant l’objectif d’harmoniser le point d’indice à 300 FCFA, conformément à un protocole d’accord de 2013.
Sur le terrain, les écarts demeurent criants : certains retraités perçoivent 125 FCFA, d’autres entre 150 et 175 FCFA. Le chef du gouvernement a invoqué des difficultés macroéconomiques et des retards de paiements mensuels pour justifier la prudence (adiac-congo.com).
Pour les organisations de retraités, chaque report entretient un sentiment d’injustice. Le protocole de 2013 sert de boussole, mais son application intégrale se heurte à une trésorerie publique sous tension, entre recettes fragiles et engagements sociaux accumulés année après année.
Énergie : un déficit que l’État promet de combler
Le ministre de l’Énergie Bruno Jean Richard Itoua a dressé un tableau contrasté. La production nationale plafonne autour de 500 mégawatts, quand la demande frôle déjà les 3 000 mégawatts. Le fossé nourrit des coupures récurrentes.
Pour renverser la tendance, le gouvernement affiche des ambitions chiffrées : 3 000 mégawatts en 2028, 5 000 en 2030 et 10 000 en 2040. Des objectifs volontaristes que la réalité budgétaire devra confirmer dans la durée (adiac-congo.com).
Hydrocarbures et eau, des chantiers sous surveillance
Sur les carburants, le ministre des Hydrocarbures Stev Simplice Onanga a détaillé l’équation de l’approvisionnement : 60 % des besoins proviennent de la Congolaise de raffinage, les 40 % restants étant importés depuis l’étranger (adiac-congo.com).
Le volet eau, souvent relégué au second plan, a lui aussi été abordé. Les ministres concernés ont promis des améliorations adossées au soutien des partenaires, sans avancer devant les sénateurs de calendrier réellement précis.
Passeports : un scandale qui éclabousse l’administration
C’est pourtant le dossier des passeports qui a cristallisé l’attention. Le ministre de l’Intérieur Jean Olessongo Ondaye a levé le voile sur des réseaux mafieux vendant les documents « au plus offrant », entraînant l’arrestation de plusieurs fonctionnaires (lhorizonafricain.com).
Le chiffre glace : 50 000 passeports déjà payés par les usagers restaient introuvables, les fonds encaissés ayant purement disparu. Un aveu rare, qui traduit l’ampleur d’une gestion défaillante au cœur d’un service public particulièrement sensible.
Derrière les files d’attente interminables se cache un système grippé. Des citoyens, contraints de patienter des mois, ont financé un titre qui ne leur a jamais été délivré. La colère sociale que ce blocage alimente n’a rien d’abstrait.
Une commande allemande pour restaurer la confiance
Pour sortir de l’ornière, l’État s’appuie sur la société allemande Mühlbauer, chargée de livrer 100 000 carnets de passeport et 330 000 cartes d’identité. Un premier lot de 25 000 carnets est attendu début septembre 2026, le dernier avant fin décembre (adiac-congo.com, lhorizonafricain.com).
Afin d’éviter de nouveaux détournements, un compte séquestre a été ouvert dans une banque locale, assorti de guichets dédiés dans les administrations concernées. Une réponse technique à une crise avant tout politique et morale.
État-civil et Fonction publique dans le viseur
Le débat a aussi mis en lumière la falsification des documents d’état-civil, avec des agents accusés de brader « la nationalité congolaise au plus offrant ». La parade annoncée passe par une digitalisation complète, via le projet Sifet, Système intégré des frais d’état-civil (lhorizonafricain.com).
Le ministre d’État Pierre Mabiala a, lui, éteint la rumeur d’un recrutement massif à la Fonction publique, démentant toute campagne officielle malgré 32 150 dossiers déposés en juillet 2026. Les modalités du baccalauréat exigé aux candidats des élections locales ont aussi été précisées.
Ces révélations dessinent le portrait d’une administration où la fraude s’est installée à plusieurs étages. En reconnaissant publiquement ces dérives, l’exécutif mise sur la transparence pour désamorcer la défiance, un pari risqué mais assumé devant la représentation nationale.
Un pouvoir sommé de passer des mots aux actes
Au fil des échanges, un constat s’est imposé : l’administration publique reste minée par la corruption. En s’exposant à la question des sénateurs, le gouvernement a choisi la franchise. Reste à transformer ces aveux en résultats tangibles pour des citoyens lassés des promesses.
