Le port de Pointe-Noire, poumon économique du Congo-Brazzaville, s’apprête à changer de dimension. À partir de 2028, le groupe émirien Abu Dhabi Ports y bâtira un nouveau terminal, avec un engagement financier d’au moins 200 millions de dollars, soit plus de 100 milliards de FCFA.
Un terminal pour moderniser la façade atlantique congolaise
Située sur la côte atlantique, dans le golfe de Guinée, l’infrastructure portuaire de Pointe-Noire compte parmi les plus importantes de la sous-région. Le projet vise à la moderniser et à l’agrandir, dans la partie est du port, capitale économique du pays.
L’aventure n’est pas tout à fait nouvelle. Dès 2023, les responsables d’Abu Dhabi Ports avaient décroché l’accord des autorités congolaises pour ériger ce terminal. Deux années plus tard, le calendrier se précise enfin, signe d’un dossier qui sort de la phase des intentions pour entrer dans le concret.
Trois agréments pour lancer la machine
Récemment, le groupe a signé trois agréments destinés notamment à l’acquisition du matériel nécessaire au démarrage des travaux. Cette étape technique, souvent invisible du grand public, conditionne pourtant le respect des délais annoncés sur un chantier de cette ampleur.
Le directeur général d’Abu Dhabi Ports, Mohammed Menhali, détaille la répartition : « Nous avons signé trois accords. Le premier avec ZPMC pour environ 50 millions de dollars. Nous achetons des grues spécialisées pour recevoir des navires Supramax, parmi les plus grands du monde. »
Il poursuit : « Les deux autres contrats concernent les travaux maritimes et de superstructure pour 150 millions de dollars. » Ces grues, conçues pour des navires de grand gabarit, donnent la mesure des ambitions affichées par les Émiriens sur cette façade maritime.
Une capacité pensée pour le commerce continental
Au-delà des chiffres, c’est la philosophie du projet qui interpelle. Le groupe ADP entend construire ce terminal en respectant les normes environnementales, tout en cherchant à développer l’économie congolaise et à créer un nombre important d’emplois locaux.
Les dimensions envisagées sont parlantes. Le terminal pourrait atteindre jusqu’à 400 mètres de long et traiter 250 000 conteneurs par an. Une capacité qui n’a pas vocation à rester figée, mais à croître au fil des besoins.
Cette montée en puissance est explicitement liée à la Zone de libre-échange continentale africaine, la ZLECAf. En misant sur ce marché intégré, le port de Pointe-Noire se positionne comme une porte d’entrée potentielle des échanges régionaux, et non comme un simple point de passage.
Le tandem stratégique avec CMA-CGM
Abu Dhabi Ports ne s’engage pas seul. Le groupe s’associe à la compagnie maritime CMA-CGM, alliance qui pourrait peser sur l’organisation du trafic. La présence d’un armateur mondial change en effet la nature des flux que le terminal pourra capter.
Innocent Dimi, secrétaire permanent du Congo aux partenariats public-privé, salue cette dynamique. Selon lui, « ce partenariat stratégique avec CMA-CGM permettra au port de Pointe-Noire d’entrer dans une nouvelle ère technologique avec une capacité de traitement renforcée aux côtés des partenaires existants ».
Il y voit « un nouvel acteur dans l’écosystème ». La formule traduit une volonté politique d’enrichir le paysage portuaire sans écarter ceux qui y opèrent déjà, dans une logique de complémentarité plutôt que de rupture brutale.
Un pari dans un contexte logistique tendu
L’engagement d’ADP ne se lit pas hors sol. Il intervient alors que les chaînes d’approvisionnement mondiales subissent des perturbations, notamment liées aux fermetures du détroit d’Ormuz. Dans ce climat, sécuriser des capacités portuaires en Afrique centrale prend une résonance particulière.
Le Congo n’est par ailleurs pas un terrain vierge pour les investisseurs étrangers. Le groupe AGL-Bolloré participe à la modernisation du port depuis 2009, ayant injecté environ 450 millions d’euros jusqu’en 2025, preuve d’un intérêt ancien et continu.
L’arrivée des Émiriens vient donc s’ajouter à un écosystème déjà actif, plutôt que de le remplacer. La cohabitation de ces opérateurs dessine un port appelé à diversifier ses partenaires, ses technologies et, à terme, ses débouchés commerciaux.
Reste à transformer les engagements en réalisations. Si le calendrier de 2028 est tenu, Pointe-Noire pourrait gagner en attractivité face à la concurrence régionale. Pour une économie congolaise en quête de relais de croissance, ce terminal représente un pari logistique à surveiller de près (RFI).
