À Pointe-Noire, l’extension du Môle Est entre dans une phase décisive. Congo Terminal y mène des opérations de dragage que l’opérateur présente comme sans équivalent dans le secteur portuaire mondial, en raison de la nature particulière des sols rencontrés.
Des sables bitumineux au cœur du défi
Le chantier doit composer avec des sables bitumineux, une matière collante et lourde, difficile à extraire sans risque pour le plan d’eau. C’est cette spécificité qui rend l’opération inhabituelle pour des travaux portuaires, où le dragage relève d’ordinaire d’une routine bien rodée.
Pour adapter ses méthodes, l’entreprise a d’abord misé sur la connaissance fine du terrain. Avant la moindre intervention, une série d’études topographiques, bathymétriques, magnétométriques, géotechniques et géophysiques a été conduite, avec plus de 200 sondages réalisés sur la zone concernée.
Ces relevés ont nourri une modélisation en trois dimensions des couches de sables bitumineux. Cette cartographie a servi de boussole : elle a permis de calibrer la méthodologie de dragage et de choisir les équipements en fonction de la réalité observée sous la surface.
Un dispositif environnemental d’envergure
L’autre marqueur du chantier tient à son volet écologique. Depuis le début des travaux, Congo Terminal indique avoir mobilisé trois types de drague distincts, chacun répondant à une contrainte précise de l’opération et à la configuration des fonds à traiter.
Autour de ce noyau technique, un arsenal de protection a été déployé pour confiner toute pollution. L’opérateur évoque 5,5 km de barrage flottant et 4 km de jupe, deux navires de soutien, ainsi qu’un millier de kilos d’absorbant accompagné de spray dispersant.
La vigilance se veut permanente. Deux équipes de nettoyage interviennent en continu, dotées de vingt kits de collecte, tandis qu’une surveillance par drone est assurée d’heure en heure pour repérer le moindre incident sur le plan d’eau.
La parole de l’opérateur
Sur le sens de l’opération, le responsable du projet ne cache pas l’ampleur de la tâche. « Le dragage d’une telle quantité de sables bitumineux est sans précédent dans le secteur des travaux portuaires », affirme Pierre-Louis Sapin, Directeur Projet Congo Terminal Môle Est.
Il situe cet effort dans une logique de partenariat et de responsabilité. « Grâce à notre collaboration avec le Port Autonome de Pointe-Noire, nous sommes en train de relever ce défi environnemental et technique en respectant les normes environnementales les plus strictes », poursuit-il.
Le responsable insiste enfin sur l’enjeu local. Il dit assumer pleinement la responsabilité de l’entreprise « envers le milieu marin et les communautés riveraines de Pointe-Noire », deux dimensions présentées comme indissociables de la conduite du chantier.
Un port pensé pour l’après-ZLECAF
Au-delà des engins et des barrages, l’extension du Môle Est répond à une ambition de plus long terme. Congo Terminal la décrit comme la construction d’un port en eau profonde moderne, compétitif et soucieux de son environnement, au service de l’économie congolaise et de la sous-région.
Cette infrastructure de nouvelle génération est dimensionnée pour absorber la hausse attendue des volumes de marchandises dans les années à venir. L’opérateur table sur une croissance significative du trafic, qui justifierait l’investissement engagé aujourd’hui sur le site.
Le calendrier économique pèse aussi dans la balance. L’entrée en vigueur de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF) place Pointe-Noire en position de plateforme régionale, ce que l’extension du Môle Est entend précisément conforter.
Reste à mener le chantier à son terme dans le respect des exigences affichées. Entre prouesse technique et surveillance environnementale, Congo Terminal joue sur ce dossier une partie qui dépasse le seul cadre portuaire, à l’échelle du Congo-Brazzaville et de ses voisins.
