À Brazzaville, une salle de l’Hôtel Saphir a servi de cadre, samedi 11 juillet 2026, à un geste longtemps attendu. Les objets et documents téké conservés par feu le professeur Fidèle Yala ont retrouvé l’Association la Cité.
Cinq ans après la disparition de cet ancien premier vice-président du mouvement Civilisation, culture et identité téké, ses dernières volontés ont enfin été honorées. La cérémonie a scellé un legs resté en attente d’exécution.
Une promesse tenue cinq ans après le décès du professeur Yala
La restitution ne doit rien au hasard. Elle applique à la lettre le testament du défunt, qui avait souhaité voir revenir à l’association les biens qu’il avait patiemment gardés de son vivant.
Ce délai de cinq années raconte à sa manière le poids d’une succession culturelle. Entre le décès et la remise effective, il aura fallu du temps pour formaliser le transfert et réunir les acteurs concernés.
L’ancien député José Cyr Ebina, membre de l’association, a rappelé le sens de cette démarche. Selon lui, l’événement traduit un esprit de continuité et de cohésion au sein du groupe, fidèle à la parole donnée par le disparu.
Des instruments folkloriques au cœur d’un patrimoine vivant
Le contenu de la restitution dépasse la simple valeur matérielle. On y trouve quatre tam-tams, deux calebasses et des cornes, autant d’instruments qui rythment les cérémonies téké depuis des générations.
À ces pièces s’ajoutent des tissus traditionnels, deux documents historiques et divers objets d’origine téké. Chaque élément porte une part de la mémoire d’un peuple attaché à ses rites et à ses récits fondateurs.
Pour donner corps à cette symbolique, le groupe folklorique téké Cœur volonté Odzi-ya a animé la rencontre. Ses percussions ont rappelé que ces objets ne sont pas des reliques figées, mais des outils encore vibrants d’usages culturels.
Un acte de restitution scellé par le notaire de la famille
La dimension juridique a occupé une place centrale dans la cérémonie. Maître Ado Patricia Marlène Matissa, notaire mandatée pour la succession, a authentifié l’acte de restitution devant les participants.
Cette formalité protège l’association et sécurise l’origine des biens. En validant le transfert, le notaire a confirmé qu’il s’inscrivait dans l’exécution stricte des dernières volontés du professeur Yala.
José Cyr Ebina a insisté sur ce point en précisant que la cérémonie répondait à la volonté explicitement consignée dans le testament du défunt. Le cadre légal a ainsi ancré un geste avant tout culturel dans une réalité administrative claire.
Brazzaville, théâtre d’une transmission encadrée
Le choix de l’Hôtel Saphir, en plein cœur de la capitale, n’est pas anodin. Il a offert à cette restitution une visibilité que peu de transmissions patrimoniales connaissent au Congo-Brazzaville.
La présidence de la cérémonie est revenue au docteur Daniel Mbéri, actuel responsable de l’association. Sa présence a donné à la remise une solennité à la hauteur de l’enjeu identitaire pour la communauté téké.
Autour de lui, responsables, membres et danseurs ont formé un cercle attentif. La photographie du groupe posant devant les objets restitués résume l’esprit du moment : un patrimoine rendu à ceux qui doivent le faire vivre.
Ce que l’Association la Cité compte faire de ces biens
Recevoir ces objets engage désormais l’association. Le docteur Daniel Mbéri a assuré qu’ils seraient utilisés conformément à la mission de promotion de la civilisation, de la culture et de l’identité téké.
Le président a détaillé un programme tourné vers l’avenir. L’objectif consiste à protéger, faire vivre et promouvoir la richesse de la culture téké, sans la cantonner à un simple conservatoire d’objets anciens.
Il a aussi évoqué une ambition plus large, celle de bâtir des ponts culturels à travers le territoire national. Les instruments récupérés pourraient donc rayonner au-delà du seul cercle téké, vers d’autres communautés du pays.
Un précédent pour la sauvegarde des identités locales
Au-delà du cas Yala, cette restitution interroge la manière dont les héritages culturels circulent au Congo-Brazzaville. Beaucoup de biens sensibles reposent encore entre des mains privées, faute de cadre clair.
En passant par un testament et un notaire, la démarche téké propose un modèle reproductible. Elle montre qu’une transmission peut être à la fois respectueuse des volontés individuelles et bénéfique à toute une communauté.
Reste à voir comment l’association tiendra ses engagements dans la durée. La cérémonie de l’Hôtel Saphir n’est qu’un point de départ, celui d’une mémoire téké désormais confiée à des mains collectives.
Publié : https://brazza-24.com/teke-le-testament-du-pr-yala-rend-ses-tresors/ · Catégorie : Culture · Tags : Congo-Brazzaville, patrimoine téké, Association la Cité, Fidèle Yala, Brazzaville, culture · Auteur : Jean Mabiala (#3) · Image #13380 · 2026-07-12
