Convergence diplomatique pour une industrialisation durable
À la faveur d’une séance de travail tenue à Brazzaville, le ministre du Développement industriel et de la Promotion du secteur privé, Antoine Nicéphore Fylla Saint-Eudes, a réaffirmé la détermination de l’exécutif congolais à structurer une trajectoire industrielle cohérente avec les ambitions nationales de diversification économique. Le coordonnateur résident des Nations unies, Abdourahamane Diallo, a saisi l’occasion pour réitérer l’engagement de la famille onusienne à fournir une expertise intégrée, preuve s’il en fallait du crédit accordé par la communauté internationale à la stabilité macroéconomique retrouvée du Congo-Brazzaville.
L’entretien s’inscrit dans une tradition de coopération qui transcende la simple assistance technique et épouse une dimension propriétariste : il s’agit moins d’importer des modèles que de coudre, avec du fil local, une politique industrielle sur mesure. « Notre appui restera calibré sur les priorités définies par le gouvernement congolais », a insisté Abdourahamane Diallo, rappelant que l’approche adoptée privilégiera la co-construction et la responsabilisation des institutions nationales.
Le triptyque PNUD-ONUDI-CEA au service du secteur privé
L’architecture de l’appui onusien repose sur un noyau technique formé par le PNUD, l’ONUDI et la Commission économique pour l’Afrique. Les trois entités ont déjà conduit un atelier de cadrage qui a permis d’esquisser la matrice d’actions prioritaires : amélioration de la compétitivité, structuration des chaînes de valeur et renforcement de la gouvernance industrielle. Selon une source diplomatique présente aux discussions, la méthodologie mêle benchmarking régional, consultations multipartites et modélisation économétrique afin d’aboutir à un document opérationnel dès le premier semestre 2024.
Cette mutualisation est d’autant plus stratégique qu’elle allie l’expertise normative de l’ONUDI, la capacité du PNUD à mobiliser des financements innovants et l’analyse macroéconomique de la CEA. À terme, le rôle catalyseur du secteur privé est appelé à se renforcer, l’État se positionnant en facilitateur plutôt qu’en opérateur direct, conformément aux meilleures pratiques prônées par la Zone de libre-échange continentale africaine.
Cartographie des potentialités : un outil de décision
Le ministre Nicéphore Fylla Saint-Eudes a sollicité un appui supplémentaire pour finaliser la cartographie fine des potentialités industrielles du pays. L’enjeu est double : disposer d’un diagnostic spatial des ressources – énergie hydraulique, gisements miniers, agro-écologie – et objectiver la localisation des futurs pôles de transformation. « Cette cartographie sera la boussole des investisseurs », confie un haut cadre de son cabinet, soulignant que l’exercice complètera le Plan national de développement 2022-2026.
En mobilisant des données géoréférencées et des analyses de compétitivité territoriale, l’outil devrait permettre de hiérarchiser les projets en fonction de leur rentabilité socio-économique et environnementale. Les partenaires techniques se disent prêts à transmettre au Congo l’expertise acquise au Maroc ou au Ghana, où des initiatives similaires ont réduit les asymétries régionales de développement.
Alignement avec l’Agenda 2063 et les ODD : cohérence stratégique
Le positionnement du Congo dans les feuilles de route continentale et mondiale demeure un paramètre central. L’industrie congolaise est appelée à répondre aux cibles 9 et 8 des Objectifs de développement durable, tout en épousant l’esprit de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, pour lequel la valeur ajoutée locale constitue un levier d’émancipation économique. L’intégration de critères de durabilité – efficacité énergétique, création d’emplois décents, respect de la biodiversité du bassin du Congo – confère au projet une dimension transversale qui va bien au-delà du simple indicateur de croissance du PIB.
L’Agence française de développement ou la Banque africaine de développement, déjà actives sur des corridors logistiques, observent avec attention cette articulation systémique, signe que la feuille de route pourra, le moment venu, fédérer des concours financiers diversifiés.
Vers un modèle inclusif et résilient d’industrialisation congolaise
Dans un contexte international marqué par la reconfiguration des chaînes de valeur post-pandémie, le Congo-Brazzaville fait le pari d’une industrialisation résiliente, inclusive et respectueuse de ses écosystèmes. La gouvernance, pierre angulaire du programme, s’appuiera sur des mécanismes d’évaluation trimestriels permettant de réajuster les priorités sans remettre en cause la visibilité recherchée par les investisseurs.
La dynamique engagée se veut aussi sociale. Le gouvernement a déjà esquissé des passerelles entre la feuille de route et les programmes de formation technique, afin de réduire le décalage compétences-emplois qui plombe souvent la montée en puissance des sites industriels africains. La Confédération patronale congolaise, jointe par nos soins, salue « une démarche graduelle, apte à sécuriser le capital-confiance ».
Au-delà des chiffres attendus – hausse de la valeur manufacturière, substitution partielle aux importations, création d’emplois pérennes – l’enjeu diplomatique est manifeste : montrer qu’un partenariat ONU-Congo, construit sur le long terme, peut constituer un modèle de coopération Sud-Sud élargie, réaffirmant la place de Brazzaville dans les forums économiques continentaux.
