Une audience stratégique au Plateau
Mardi 28 octobre, Denis Sassou Nguesso a reçu Marie-Laure Akin Olougbade dans le salon boisé de sa résidence du Plateau. La vice-présidente de la Banque africaine de développement menait une mission de travail à Brazzaville, trois mois après sa promotion au sein de l’institution panafricaine.
Au terme de quarante-cinq minutes d’entretien, les deux parties ont salué « l’excellente collaboration » entre le Congo et la BAD. Les dossiers ouverts concernent l’énergie, l’agriculture, les transports et l’intégration régionale, quatre piliers présentés comme essentiels par le chef de l’État pour consolider la croissance.
Énergie : vers une capacité accrue
Selon Marie-Laure Akin Olougbade, la BAD financera dès 2026 plusieurs études de faisabilité visant à augmenter la production électrique nationale. Ces travaux doivent identifier les meilleures solutions hydroélectriques, solaires ou gazières afin d’acheminer un courant fiable jusque dans les villes secondaires.
Le gouvernement mise sur ces études pour réduire le déficit de desserte, estimé par le ministère de l’Énergie à plus de 40 % aux heures de pointe. « Une offre électrique solide soutiendra la diversification industrielle et l’accès des ménages au numérique », rappelle un haut cadre du ministère.
En parallèle, la BAD appuie la modernisation des réseaux de transport et de distribution. Des diagnostics seront lancés sur les lignes Brazzaville-Pointe-Noire et Dolisie-Ouesso, segments jugés critiques pour connecter les bassins de production à la clientèle urbaine.
La vice-présidente a souligné que ces initiatives s’alignent sur la Stratégie nationale de développement 2022-2026, qui cible un taux d’accès à l’électricité de 85 % en milieu urbain et 60 % dans le rural d’ici la fin de la décennie.
Agriculture : un pari de 80 milliards USD
Le cœur de la visite réside toutefois dans l’annonce d’un engagement financier colossal : 80 milliards de dollars pour relancer l’agriculture congolaise. L’enveloppe servira à mécaniser les cultures, moderniser les routes rurales et installer des pôles agro-industriels dans la Cuvette, la Bouenza et le Niari.
Le président Sassou Nguesso voit dans cette manne un levier pour la sécurité alimentaire. « Chaque franc investi doit accroître la valeur ajoutée locale », aurait-il insisté devant ses interlocuteurs, selon une source proche du dossier.
La BAD prévoit aussi un guichet de garantie pour les PME agroalimentaires. L’objectif est de faciliter l’accès au crédit à des taux préférentiels et de soutenir des chaînes de valeur comme le manioc, le cacao et l’aviculture, créatrices d’emplois pour la jeunesse rurale.
De premières décaissements sont attendus au second semestre 2026, après la finalisation des études environnementales et sociales. Les autorités entendent ainsi réduire la facture annuelle des importations alimentaires, évaluée à deux milliards de dollars.
Intégration régionale et libre-échange
Au-delà des frontières nationales, Brazzaville et la BAD veulent accélérer la connectivité en Afrique centrale. Les discussions ont porté sur la route Ouesso-Sangmélima, maillon manquant entre le Congo et le Cameroun, et sur la modernisation du corridor Pointe-Noire-Cabinda.
Ces infrastructures visent à fluidifier la circulation des marchandises dans la zone de libre-échange continentale africaine. « L’intégration régionale reste un pilier du développement durable », a martelé la vice-présidente, rappelant que 14 % seulement des échanges du Congo s’effectuent encore avec ses voisins.
L’institution appuiera également la création de postes frontaliers à guichet unique et la dématérialisation des procédures douanières. À terme, les autorités tablent sur une réduction de 25 % du temps de passage aux frontières, un gain jugé décisif pour la compétitivité des exportateurs.
Une vision commune BAD-Congo
Marie-Laure Akin Olougbade était chargée de transmettre un message verbal du nouveau président de la BAD, Sidi Ould Tah, entré en fonction en mai 2025. Ce dernier réitère la volonté de « poursuivre l’appui à la lutte contre la pauvreté et à la croissance inclusive ».
La responsable, forte de 34 ans de carrière, rappelle que l’institution a déjà engagé 1,5 milliard de dollars au Congo depuis 2000. Les projets en cours, du pont route-rail Brazzaville-Kinshasa à l’appui budgétaire post-Covid, montrent une confiance mutuelle renforcée.
À l’issue de l’audience, la vice-présidente a salué « la vision claire » du chef de l’État et indiqué que les équipes techniques poursuivraient les échanges dès novembre. Le calendrier prévoit la signature d’un nouveau cadre-pays avant la fin de l’année, afin d’aligner chaque projet sur les priorités nationales.
